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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212708

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212708

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCRABIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2022, M. B A, représenté en dernier lieu par Me Cloarec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office ou tout pays vers lequel il est légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet de Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Cloarec sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'incompétence et il n'est pas établi que l'agent notificateur disposait d'une délégation régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, les actes d'état civil versés n'étant pas contrefaits ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne peut être regardé comme s'étant soustrait à une précédente mesure d'éloignement à raison de l'abrogation par la préfecture de la précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale/ par une décision du 7 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 10 janvier 2003 à Bamako (Mali), déclare être entré en France le 14 ou le 15 mai 2018. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Sarthe dans le cadre d'une ordonnance de placement provisoire le 8 juin 2018, puis dans le cadre d'une mesure de tutelle à compter du 3 septembre 2018. Il a, le 19 novembre 2020, sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des dispositions, alors applicables, du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrête du 12 janvier 2021 par lequel le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français a été annulé par un jugement n° 2111337 du 12 juillet 2022 aux termes duquel le tribunal administratif de Nantes a enjoint le préfet de la Sarthe à procéder au réexamen de la demande de M. A. A la suite de ce réexamen, le préfet de la Sarthe a, par arrêté du 27 septembre 2022, refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office ou tout pays vers lequel il est légalement admissible. Par la présente requête, M. A en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Enfin, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'un acte d'état civil étranger, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit, en conséquence, se fonder sur l'ensemble des éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. Pour refuser à M. A la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Sarthe a estimé, sur le fondement de trois séries de rapports de la police aux frontières des 24 novembre 2020, 12 mai 2021 et 9 septembre 2022 que les actes d'état civil, jugement supplétif et carte d'identité consulaire produit à l'appui de la demande étaient contrefaits et frauduleux.

6. D'une part, les trois rapports simplifiés d'analyse documentaire de la police aux frontières du 24 novembre 2020 indiquent que l'acte de naissance présente des mentions pré-imprimées en mode toner en lieu et place du mode sécurisé offset, qu'il est dépourvu du numéro d'identification nationale (NINA) dont il devrait être revêtu, qu'il est dépourvu de numérotation de souche par procédé typographique, et qu'il ne respecte pas les dispositions des articles 126 et 124 du code de la personne et de la famille malien, ni les dispositions du décret 99-254 du 15 septembre 1999 portant code de la procédure civile, commerciale et sociale sur les délais de recours, et que le jugement supplétif et la carte d'identité consulaire ne sont pas recevables. Toutefois, le préfet n'explicite pas en quoi le mode d'impression de mentions pré-imprimées de ces documents et l'absence de " numérotation de souche par procédé typographique " sont propres à établir l'irrégularité, l'insincérité ou l'inexactitude des documents présentés à l'appui de sa demande par M. A à l'effet de justifier de son identité. La teneur des articles 124 et 126 du code de la personne et de la famille malien ne ressort pas du dossier, non plus que celle de ce décret du 15 septembre 1999. Il n'incombe pas au tribunal de rechercher d'office cette teneur. Par ailleurs, M. A justifie disposer d'un n° NINA et le préfet n'explicite pas en quoi la circonstance que l'acte de naissance dressé le 7 mai 2018 n'en comporte pas la mention permet de tenir cet acte pour irrégulier, falsifié ou inexact.

7. D'autre part, les trois rapports simplifiés d'analyse documentaire de la police aux frontières du 12 mai 2021 portent sur les mêmes actes que ceux analysés par les rapports du 24 novembre 2020 et mentionnent que les acte de naissance et jugement supplétif contiennent une mention de légalisation non requise effectuée par l'officier d'état civil de la commune III de Bamako alors que le jugement et l'acte qui est issu de sa transcription a été pris par le tribunal de grande instance de la commune V de Bamako. Toutefois, la légalisation a pour seul objet d'attester la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu donc d'attester la seule régularité formelle de l'acte. Elle n'a pas pour objet de permettre un contrôle de l'authenticité du contenu et des mentions mêmes des actes.

8. Enfin, le rapport d'analyse documentaire de la police aux frontières du 9 septembre 2022 mentionne qu'il porte sur un extrait d'acte de naissance établi sur la base d'un précédent acte analysé comme illégal et présente des mentions biographiques inscrites par procédé informatisé et des mentions pré-imprimées par laser toner au lieu d'offset. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, l'acte d'état civil sur la base duquel un extrait a été produit ne présente pas les caractères de contrefaçon prêtés par le préfet ainsi qu'il a été dit au point 6. En outre, le préfet n'explicite toujours pas en quoi le mode d'impression de mentions pré-imprimées de ce document sont propres à établir le caractère falsifié, contrefait ou frauduleux de l'acte de naissance de M. A. Dans ces conditions, en l'absence de critiques nouvelles des actes d'état civil versés aux débats, M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a estimé qu'il ne justifiait pas de son identité dans les conditions prévues à l'article R. 432-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour et par voie de conséquence des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant à l'intéressé un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Sarthe délivre à M. A un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait propres à sa situation.

Sur les frais liés au litige :

11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Cloarec, sous réserve que cette dernière renonce au versement la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Sarthe du 27 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à préfet de la Sarthe de délivrer à M. A un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait propres à sa situation.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cloarec la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Sarthe et à Me Cloarec.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. HUIN

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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