vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212710 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - 96h - Eloignement |
| Avocat requérant | DANSET-VERGOTEN |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président du tribunal a désigné M. B H pour statuer sur les litiges visés aux articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
L'audience publique, à laquelle aucune partie n'était présente ou représentée, s'est tenue le 3 octobre 2022 à partir de 15h05.
La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Le rapport de M. Labouysse, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le requérant indique s'appeler M. F D, être un ressortissant algérien, et être né le 14 avril 1996. Il est également connu sous l'identité suivante : M. F I, ressortissant marocain né le 14 avril 2001. Sous cette seconde identité, le requérant a, par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 25 septembre 2020, été condamné à une peine d'emprisonnement de quatre mois assortie d'une peine d'interdiction du territoire français pour une durée de trois ans, prononcée sur le fondement de l'article 131-30 du code pénal. Par un arrêté du 15 décembre 2020, le préfet de Haute-Garonne a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'intéressé en cas d'exécution d'office de cette mesure judiciaire d'éloignement. Par un arrêté du 6 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a, en vue de procéder à cette exécution, assigné le requérant à résidence, pour une durée de 45 jours, dans le département du Maine-et-Loire. Cette autorité a, par le même arrêté, assorti cette mesure d'une obligation de présentation quotidienne, sauf les dimanches et les jours fériés à 9h00, au commissariat de police d'Angers. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.
2. La procédure de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 614-7 à L. 614-13 du même code, relative à l'intervention d'un magistrat désigné par le président du tribunal, est applicable, à l'égard des décisions qui y sont mentionnées, quelle que soit la mesure d'éloignement, autre qu'un arrêté d'expulsion, en vue de l'exécution de laquelle une assignation à résidence pour une durée de 45 jours a été prise. Ainsi, dans le cas où un ressortissant étranger est assigné à résidence en vue de son éloignement à raison d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire, il appartient au magistrat désigné de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision d'assignation à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Selon l'article 19-1 de la même loi : " () l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle (), s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance () : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ".
4. Le requérant ne justifie pas que son avocate aurait été commise ou désignée d'office au titre de la présente instance relative à l'éloignement d'un ressortissant étranger faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté au sens des dispositions précitées de l'article 19-1 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il ne justifie pas davantage avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. En conséquence, l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle ne peut être prononcée.
Sur les conclusions à fin d'annulation et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ". Selon l'article L. 732-2 du même code : " L'étranger qui fait l'objet () d'une peine d'interdiction du territoire français () peut, quel que soit l'endroit où il se trouve, être assigné à résidence dans des lieux choisis par l'autorité administrative sur l'ensemble du territoire de la République. ". En vertu de de l'article R. 733-1 de ce code, l'autorité qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application de l'article L. 731-1 définit les modalités d'application de la mesure en désignant, d'une part, le service auquel l'intéressé doit se présenter, selon une fréquence qu'il fixe dans la limite d'une présentation par jour, et en précisant, d'autre part, si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés.
6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 est le préfet de département où se situe le lieu d'assignation à résidence ".
7. L'arrêté attaqué a été signé par Mme G C de Lanessan, adjointe au directeur de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de cette préfecture du même jour, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer les arrêtés formalisant les mesures d'assignation à résidence, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est même pas allégué, que M. E n'aurait pas été absent ou empêché le 6 septembre 2022, date de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation régulière de la signataire de cet arrêté doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Selon l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ".
9. En adoptant les dispositions inscrites aux articles L. 614-1 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention des décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement autre qu'une expulsion. Ces dispositions instaurent ainsi une procédure contradictoire particulière au sens du 3° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration de sorte que M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du même code.
10. En troisième lieu, en vertu de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision d'assignation à résidence prise pour permettre l'exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire français doit être motivée. Selon l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
11. La décision attaquée vise l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français dont il est rappelé la date du prononcé ainsi que la juridiction qui l'a infligée, et indique que l'intéressé est dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine ou tout autre pays, qu'il ne justifie pas d'un domicile et qu'il se trouve à Angers. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée comporte une motivation. Dès lors que la motivation constitue une exigence formelle consistant à énoncer, dans une décision, les considérations de droit et de fait qui la fondent, l'intéressé ne peut utilement soutenir, à l'appui de son moyen relatif à la motivation de la décision attaquée, qu'il justifierait d'une adresse à Tours ou que sa situation n'aurait pas été prise en considération. Par suite, le moyen, tel qu'il est soulevé, tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
12. En quatrième lieu, la lecture de l'arrêté du 6 septembre 2022 fait ressortir que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à un examen de la situation du requérant avant de prononcer l'assignation à résidence et de fixer la fréquence et le lieu d'exécution de l'obligation de présentation. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des termes de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lille du 6 septembre 2022, annulant l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire relatif au placement en rétention de l'intéressé en vue de l'exécution de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français, que M. D justifierait d'un domicile à Tours. Ainsi, l'absence de référence à un tel domicile ne traduit, en tout état de cause, aucun défaut d'examen de la situation du requérant. Le moyen tiré d'un tel défaut d'examen ne peut, par suite, qu'être écarté.
13. En dernier lieu, M. D n'apporte, à l'appui de sa requête, aucun élément tendant à montrer qu'il serait en couple avec une personne domiciliée à Tours et qu'il serait le père de l'enfant dont elle serait enceinte. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'existence de ces faits ne ressort pas des termes de l'ordonnance précitée du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lille du 6 septembre 2022, laquelle se borne, s'agissant de la relation de M. D avec cette personne et de sa paternité alléguée, à faire état des déclarations de l'intéressé lors de son audition dans le cadre de la garde à vue dont il a fait l'objet à la suite de son interpellation le 2 septembre 2022. Par suite, la mesure d'assignation à résidence en litige et les décisions fixant le lieu et la fréquence de l'obligation de présentation ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. Les conditions de la notification d'une décision administrative sont en principe sans incidence sur sa légalité. Aucune disposition ne vient déroger expressément à ce principe concernant l'assignation à résidence liée à l'exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire français. Par suite, la circonstance que la notification de la décision en litige aurait été effectuée en méconnaissance des dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans influence sur la légalité de la décision attaquée.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2022 pris par le préfet de Maine-et-Loire à l'encontre du requérant doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent également qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : Les conclusions présentées par M. D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Sophie Danset-Vergoten.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
D. HLe greffier
M-C. MINARD
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le greffier
No 2212710
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026