vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212794 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | TAELMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 septembre 2022 et le 4 mai 2023, M. A E et M. B D, représentés par Me Taelman, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2022 par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'ambassade de France en République démocratique du Congo (RDC) qui a refusé de délivrer à M. A E un visa de long séjour en qualité d'enfant étranger d'un ressortissant français ;
2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo de délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la régularité de la composition de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'est pas établie ;
- la décision de la commission n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- la décision de la commission est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'acte de notoriété comporte toutes les mentions et a été homologué par décision du tribunal de paix de Lodja lequel est complété par les autres documents produits pour attester de l'identité et de la filiation du demandeur de visa ;
- la décision consulaire méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisque sa filiation est établie par les éléments de possession d'état produits et alors que le demandeur de visa se trouve isolé et qu'aucune intention frauduleuse n'est établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus à l'audience publique du 12 mai 2023 :
- le rapport de M. Rosier, rapporteur,
- et les observations de Me Le Floch, substituant Me Taelman, avocate des requérants.
Considérant ce qui suit :
1.M. B D a obtenu le statut de réfugié en 2003 puis sa naturalisation française. De son union avec Mme C sont nés cinq enfants dont le demandeur de visa, M. A E, ressortissant congolais. Son épouse et trois de ses enfants l'ont rejoint en France dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. M. A E a sollicité auprès de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo un visa de long séjour en qualité de descendant à charge de ressortissant français, demande qui a été rejetée par l'autorité consulaire française. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision du 20 juillet 2022, dont les requérants demandent l'annulation, rejeté le recours formé contre cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2.En premier lieu, la décision de la commission de recours, qui se réfère aux articles L. 311-1, R. 311-2 et L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est fondée sur le motif tiré de ce que l'acte de notoriété supplétif à un acte de naissance produit par l'intéressé n'est pas conforme au droit local faute d'homologation et révèle une intention frauduleuse ne permettant pas d'établir son identité et par là son lien de filiation avec M. D. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
3.En deuxième lieu, d'une part, les autorités administratives chargées de l'examen des demandes de visa ne peuvent refuser la délivrance d'un visa de long séjour au descendant de moins de vingt-et-un ans d'un ressortissant français que pour un motif d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation allégué ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.
4.D'autre part, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
5.Ainsi qu'il vient d'être exposé au point 3, pour rejeter le recours formé par les requérants, la commission s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'acte produit par M. E ne permettait pas d'établir son identité et par là son lien de filiation avec M. D.
6.Il ressort des pièces du dossier que pour établir son identité et sa filiation, M. E a produit un acte de notoriété supplétif à un acte de naissance dressé le 23 novembre 2019 par l'officier d'état civil de la province du Sankuru, territoire de Lodja faisant état de la naissance de l'intéressé le 3 mai 1982 et de son lien de filiation avec M. D et Mme C ainsi qu'une ordonnance du 3 mars 2020 émanant du tribunal de paix de Lodja et homologuant l'acte de notoriété, supplétif à un acte de naissance, n° 004/2019 du 23 novembre 2019. L'article 153 du code de la famille congolais, issu de la loi du 1er août 1987 portant code de la famille, ouvre aux personnes nées avant l'entrée en vigueur de cette loi et dont la naissance n'a pas été déclarée à l'état civil la possibilité de se faire établir un acte de notoriété par un officier d'état civil. L'article 155 du même code dispose que " Tout acte de notoriété doit être homologué, à la requête de la partie qui le demande, par le Président du Tribunal de paix ou celui de Tribunal pour enfants où cet acte a été établi. Avant l'homologation, l'acte de notoriété n'a de valeur que celle d'un simple renseignement ". Cet acte de notoriété et le jugement l'homologuant, établis conformément au droit local et dont l'authenticité ni de l'un ni de l'autre n'est contestée, et dont les mentions sont identiques à celles figurant sur le passeport du demandeur de visa, apportent la preuve de son identité et de son lien de filiation avec M. D. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer reconnait au demeurant que ce motif est erroné. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
7.L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8.Dans son mémoire en défense communiqué aux requérants, le ministre fait valoir que si M. D soutient avoir transféré près de10 500 euros à son fils, né le 3 mai 1982, sur la période du 4 mars 2016 au 26 mars 2022, il n'apporte pas la preuve de ces versements qui ne ressortent pas par ailleurs de ses avis d'imposition, ni que ces sommes seraient bien destinées à M. E et n'établit pas davantage que ces sommes seraient en lien avec l'état d'indigence temporaire de ce dernier constaté par procès-verbal du 8 avril 2021 établi par la division urbaine des affaires sociales et solidarité nationale de Kinshasa.
9.Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité de descendant à charge de ressortissant français, les autorités consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son ascendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son ascendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire
10.En l'espèce, les requérants ont produit dans la présente instance des preuves de transferts d'argent pour l'année 2014 pour un montant de 39 euros, pour l'année 2016 pour une somme globale de 1 065,51 euros, pour l'année 2017 pour un montant total de 333,42 euros, pour l'année 2018 pour une somme globale de 767,85 euros, pour l'année 2019 pour une somme globale d'environ 5 503,36 euros, pour l'année 2020 pour un montant total de 1 277,55 euros, pour l'année 2021 pour une somme globale de 1 757,82 euros et pour l'année 2022 pour une somme globale de 765,88 euros. Ces éléments sont suffisants pour établir que M. E est effectivement pris en charge par son père de nationalité française. La circonstance que ces versements ne ressortent pas des avis d'imposition M. D ne remet pas en cause l'absence de ressources du demandeur de visa à la date de la décision attaquée, constaté par procès-verbal du 8 avril 2021. Dès lors, le nouveau motif invoqué par le ministre n'est pas de nature à fonder légalement la décision contestée.
11.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. E et M. D sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12.L'exécution du présent jugement implique nécessairement eu égard au motif d'annulation retenu que le ministre de l'intérieur délivre le visa sollicité pour M. E. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de faire délivrer à l'intéressé ce visa dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
13.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement aux requérants d'une somme globale de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 20 juillet 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à la délivrance du visa de long séjour d'enfant étranger à charge de ressortissant français dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. E et M. D la somme globale de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
S. VALAIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026