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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212932

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212932

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBERTHET-LE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2022, M. F D, représenté par Me Berthet-Le Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 en tant que le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de la Mayenne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité compétente ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- la décision attaquée portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale.

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, est un ressortissant de nationalité malienne qui soutient être né le 31 décembre 2002. Il est entré en France au cours du mois d'octobre 2018. Considéré comme mineur non accompagné, il a été pris en charge par le département de la Mayenne, au titre de l'aide sociale à l'enfance et a bénéficié d'un jugement en assistance éducative prononcé le 25 mars 2019 par le tribunal pour enfants de C. Le 30 novembre 2021, il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er juillet 2022, le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, M. A E, directeur de la citoyenneté et signataire de l'arrêté attaqué, disposait d'une délégation de signature en date du 3 mai 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Mayenne en date du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les éléments de fait, notamment la mention des documents d'état civil produits par l'intéressé et des éléments de droit qui le fonde. Quand bien même celui-ci comporte une erreur de plume en faisant mention des autorités guinéennes au lieu des autorités maliennes, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :/ 1° Les documents justifiants de son état civil ; (..) ". Et aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

6. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

7. Il résulte des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. D a présenté l'original d'un extrait de jugement supplétif d'acte de naissance n°5060 du 21 novembre 2018 du tribunal de grande instance de Kayes, un acte de naissance n°124 du 28 novembre 2021 délivré par la commune de Falémé et une carte d'identité consulaire n°1738/CGML/21 délivrée le 27 septembre 2021 par le consulat général du Mali à Lyon. Toutefois, cet acte de naissance ne comporte ni numérotation de souche ni numéro d'identification personnelle dit B ni référence à un jugement supplétif. En outre, il n'est pas contesté que le requérant avait précédemment produit auprès de l'administration un extrait d'acte de naissance n°492 du 20 septembre 2018 délivré par la commune de Falémé qui ne fait aucune référence à une déclaration tardive de naissance ou à un jugement supplétif, et qui ne comportait ni numérotation de souche ni numéro B. Ainsi, cette succession d'actes de naissance pour une même personne est de nature à les priver de caractère probant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la consultation du fichier Visabio le 13 décembre 2021 a permis au préfet de la Mayenne de constater, en se fondant sur la correspondance des empreintes digitales, que l'intéressé avait précédemment sollicité un visa sous une autre identité, celle de M. F G, ressortissant sénégalais né le 16 mai 2002 à Dakar, et qu'il avait présenté sous cette identité un passeport délivré le 2 janvier 2018 par les autorités sénégalaises, valide jusqu'au 1er janvier 2023, et dont l'authenticité n'a pas été remise en cause par les autorités consulaires françaises à Dakar. Le requérant n'apporte pas d'éléments sérieux pour contester cette correspondance de ses empreintes avec une autre identité. Ces constatations suffisent à permettre au préfet de la Mayenne de renverser la présomption de validité des actes d'état civil instituée par l'article 47 du code civil et à justifier le refus de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que l'administration ait été tenue de vérifier si les autres conditions prévues par ces dispositions étaient satisfaites. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-5 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. D n'était présent en France que depuis l'année 2018, son séjour n'étant, ainsi, pas ancien. S'il fait valoir qu'il a suivi une formation professionnalisante jusqu'à l'obtention d'un CAP " boulangerie " en juin 2021 et qu'il justifie d'une proposition d'apprentissage pour la période du 1er octobre 2021 au 31 août 2022, il ne justifie pas avoir noué des relations socio-professionnelles ou personnelles d'une particulière intensité, ancienneté et stabilité en France, ni être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France du requérant, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et pour les mêmes motifs de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus d'admission au séjour. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, au préfet de laMayenne et à Me Berthet-Le Floch.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

S. THOMASLe président,

A. DURUP DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°221293

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