mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212959 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DIZIER ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 octobre 2022, le 28 octobre 2023 et le 16 novembre 2023, la société Nature et Compagnie, représentée par Me Seychal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Vallet a délivré un permis d'aménager modificatif à la communauté de communes Sèvre et Loire en vue de l'extension de la zone d'activités des Dorices sur un terrain situé rue des ajusteurs à Vallet, ainsi que la décision du 3 août 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vallet la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir, le permis d'aménager prévoyant la compensation de zones humides sur des parcelles dont elle est propriétaire ;
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- la demande de permis d'aménager méconnaît les dispositions de l'article R. 441-1 du code de l'urbanisme, car elle ne mentionne pas que les travaux portent sur un projet soumis à autorisation environnementale ;
- le dossier de demande est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 441-3 du code de l'urbanisme sur le contenu de la notice ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 181-1 du code de l'environnement et de la loi sur l'eau, aucune compensation de zone humide n'étant prévue sur le site d'extension ;
- l'arrêté est entaché d'un détournement de procédure, le permis modificatif ayant été déposé pour régulariser non pas le permis initial du 12 juillet 2018 mais la décision postérieure de la communauté de communes Sèvre et Loire d'autoriser l'aménagement en 2019-2020 de la parcelle occupée par une entreprise tierce avec destruction précisée d'une surface de zones humides de 6.367 m2 ;
- la motivation de l'arrêté est inexacte ;
- l'arrêté est entaché d'une inexactitude matérielle des faits, les parcelles AK 416 et AK 418 n'étant pas la propriété de la communauté de communes Sèvre et Loire mais de la requérante ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit : l'arrêté du 26 janvier 2017 par lequel la communauté de communes Sèvre et Loire a vendu à la requérante les parcelles AK 416 et AK 418 est définitif, aucune condition suspensive n'ayant été convenue ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 544 du Code Civil, ainsi que les stipulations de l'article 17 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et de l'article premier du protocole numéro un à la Convention Européenne des Droits de l'Homme concernant le droit de propriété ;
- l'existence d'une zone humide sur le secteur concerné et la nécessité de compenser ne sont pas établies ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 1 AUF 3 et de l'article 1 AUF 12 du règlement écrit du PLU de Vallet ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'OAP 7 du PLU de Vallet sur l'intégration paysagère.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 novembre 2022, la commune de Vallet, représentée par Me Allioux, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, la société Nature et Compagnie ne justifiant pas de la propriété de l'immeuble situé 7 rue des Potiers, zone d'activités des Dorices à Vallet ;
- la société ne justifie pas d'un intérêt à agir, en ce qu'elle se borne à contester le projet de valorisation des zones humides envisagé par la communauté de communes Sèvre et Loire sur les parcelles nouvellement cadastrées AK 416 et AK 418, qui ne sont pas dans le périmètre du lotissement autorisé ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, la communauté de communes Sèvre et Loire, représentée par Me Allioux, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la société requérante le versement de la somme de 500 euros au titre de l'article L.'761-1 du code de justice administrative
Elle fait valoir que la requête est irrecevable, la société Nature et Compagnie ne justifiant pas d'un intérêt à agir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Brémond, premier conseiller
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Seychal, avocat de la société Nature et Compagnie,
- et les observations de Me Allioux, avocat de la commune de Vallet et de la communauté de communes Sèvre et Loire.
Considérant ce qui suit :
1. La société Nature et Compagnie est locataire d'un immeuble situé 7 rue des Potiers, zone d'activité des Dorices, à Vallet (Loire-Atlantique), au sein duquel elle exerce sous le nom commercial " Nature gourmande, Nature et Cie " l'activité de distribution et commercialisation de produits agro-alimentaires, ainsi que la conception et la fabrication de ces mêmes produits. Le 30 mars 2018, la communauté de communes Sèvre et Loire a déposé une demande de permis d'aménager en vue de l'aménagement de l'extension de la zone d'activités des Dorices à Vallet. Par un arrêté du 12 juillet 2018, le maire de la commune de Vallet a autorisé la communauté de communes Sèvre et Loire à aménager un ensemble de parcelles d'une superficie de 97 718 m² situées rue des Ajusteurs et rue des Ferroniers à Vallet. Par un arrêté du 9 septembre 2021, le maire de Vallet a prorogé la durée de validité de cette autorisation. Le 15 décembre 2021, la communauté de communes a déposé une demande de modification du permis d'aménager incluant une réduction de la superficie totale à 91 481 m2, une réduction du nombre de lots autorisés et une modification du tracé de la voirie interne du lotissement. Par un arrêté du 3 mars 2022, le maire de Vallet a délivré un permis d'aménager modificatif. La société Nature et Compagnie a formé un recours gracieux à l'encontre de ce permis modificatif, rejeté par une décision du 3 août 2022. La société Nature et Compagnie demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis d'aménager modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet d'aménagement initialement autorisé.
3. Il ressort des pièces du dossier que le permis d'aménager modificatif attaqué vise à réduire le périmètre de l'opération d'extension de la zone d'activité des Dorices, pour laquelle un permis d'aménager a été délivré le 12 juillet 2018, ainsi qu'à diminuer le nombre de lots autorisés et à modifier le tracé de la voirie interne du lotissement. La société Nature et Compagnie, locataire d'un immeuble situé à proximité du projet d'extension, a formé un recours contre le permis d'aménager modificatif délivré le 3 mars 2022, sans avoir contesté le permis initial devenu définitif. Dès lors, son intérêt à agir s'apprécie uniquement au regard des atteintes résultant des modifications apportées par le permis modificatif contesté. La requérante soutient qu'elle a intérêt à agir, le permis d'aménager prévoyant selon elle la compensation de zones humides sur les parcelles cadastrées section AK n°s 416 418, contiguës à l'immeuble sis 7 rue des Potiers dont elle est locataire, parcelles dont elle revendique la propriété. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que ces parcelles n'ont jamais été comprises dans le périmètre du lotissement autorisé. En outre, la propriété de ces parcelles fait l'objet d'un litige devant la juridiction judiciaire, toujours pendant à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, le permis d'aménager modificatif réduit le périmètre du lotissement de 97 718 m² à 91 481 m², et celui-ci est désormais plus éloigné de l'immeuble de la requérante que ce qui résultait du permis d'aménager initial du 12 juillet 2018. Dans ces conditions, la société Nature et Compagnie ne justifie pas en quoi les modifications apportées par le permis modificatif attaqué affecteraient directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien. Il en résulte qu'elle ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité à demander l'annulation du permis d'aménager modificatif en litige.
Sur les frais liés au litige :
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vallet, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la requérante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Nature et Compagnie la somme de 1000 euros au titre des frais exposés par la commune de Vallet et la somme de 500 euros demandée par la communauté de communes Sèvre et Loire au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Nature et Compagnie est rejetée.
Article 2 : La société Nature et Compagnie versera la somme de 1 000 euros à la commune de Vallet et la somme de 500 euros à la communauté de communes Sèvre et Loire au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Nature et Compagnie, à la commune de Vallet et à la communauté de communes Sèvre et Loire.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
Le rapporteur,
E. BRÉMOND
Le président,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026