vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212991 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | KOUAMO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 octobre 2022 et le 9 mars 2023, Mme A C, représentée par Me Kouamo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française au Cameroun refusant de lui délivrer un visa de long séjour pour études ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de lui délivrer le visa de long séjour sollicité dans un délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande de visa dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-648.
Elle soutient que :
- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnaît la directive 2004/114/CE de l'Union européenne dès lors qu'elle satisfait aux conditions de délivrance du visa pour études et que cette directive ne permet pas à l'administration de refuser la délivrance d'un visa au motif d'une absence de sérieux du projet d'études ;
- la décision méconnaît la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;
- la décision est en tout état de cause entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que son parcours est excellent et son projet professionnel cohérent et que la formation envisagée n'est pas une réplique de celle déjà suivie au Cameroun ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il n'appartenait pas à l'autorité consulaire de porter une appréciation pédagogique sur son projet d'études, que la décision contrevient aux orientations du gouvernement en matière de mobilité académique et d'attractivité de l'enseignement supérieur français à l'international, et qu'elle crée une différence de traitement entre étudiants français et africains ;
- le motif de la décision tiré de l'insuffisance de ses ressources est entaché d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 avril 2023 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Kouamo, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante camerounaise née en 1997, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 15 septembre 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française au Cameroun refusant de lui délivrer un visa de long séjour pour études.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que la commission est réputée s'être fondée sur les motifs tirés, d'une part, du défaut de sérieux et de cohérence du projet d'études de Mme C, et d'autre part, de l'insuffisance de ses ressources.
3. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle () ". La directive 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair, prévoit, à son article 5 que l'admission d'un ressortissant de pays tiers à l'Union européenne à des fins d'études est soumise à des conditions générales fixées à l'article 7 de la directive telles que la preuve de ressources suffisantes pour couvrir les frais de subsistance pendant le séjour et les frais de retour, et à des conditions particulières, fixées par l'article 11, telles que l'admission dans un établissement d'enseignement supérieur et le paiement des droits d'inscription dans l'établissement. L'article 20 de la même directive, qui définit précisément les motifs de rejet d'une demande d'admission, prévoit qu'un Etat membre rejette une demande d'admission si ces conditions ne sont pas remplies ou encore, peut rejeter la demande, selon le f) du 2, " s'il possède des preuves ou des motifs sérieux et objectifs pour établir que l'auteur de la demande souhaite séjourner sur son territoire à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande son admission ".
En ce qui concerne le sérieux et la cohérence du projet d'études :
4. Il résulte des dispositions citées au point précédent, combinées avec celles de l'instruction interministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801, que l'autorité administrative peut, sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que la personne intéressée sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.
5. Pour justifier le rejet du recours de Mme C, le ministre relève notamment que l'intéressée est déjà titulaire d'un master professionnel en contrôle et gestion de la qualité, délivré par une université camerounaise, que ses résultats académiques sont moyens et que la formation envisagée ne délivre pas l'enseignement que la requérante prétend suivre. Il s'appuie sur l'avis rendu par le service de coopération et d'action culturelle (SCAC) au mois de mai 2022, qui considère le projet d'études inadéquat au motif que le parcours d'études supérieures de l'intéressée serait " passable " et que le projet d'études serait répétitif au vu des diplômes déjà obtenus. Mme C verse au dossier les relevés de notes attestant de la validation en 2020 et 2021, avec la mention assez bien et avec mention bien, des deux années d'un master professionnel en contrôle et gestion de la qualité au sein de l'université de Ngaoudere. La requérante explique avoir pour projet de devenir responsable QHSE (qualité hygiène, sécurité, environnement) et justifie de son admission à compter du mois de septembre 2022 dans un " master of science " en management de la qualité hygiène, sécurité environnement d'une durée de deux ans à l'Institut des métiers de l'environnement et de la transition écologique (IET) de Nantes. La requérante explique qu'à la différence du master professionnel qu'elle a obtenu au Cameroun, l'ensemble de la formation en France se déroule en alternance et permet ainsi l'acquisition d'une première expérience professionnelle. Elle précise que cette formation comprend des modules de cours portant sur le pilotage de stratégies en matière d'hygiène, de sécurité et d'environnement au sein des organisations, permettant l'acquisition de compétences spécialisées et opérationnelles, tandis que sa formation précédente était plus généraliste et ne portait pas sur le management de projets. La requérante produisant le livret descriptif des enseignements dispensés dans la formation en France, la circonstance que celle-ci permette la délivrance d'une certification professionnelle classée dans le répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) dans la rubrique " manager de projets nationaux et internationaux des organisations ", ne permet pas d'en déduire que les enseignements du master ne porteraient pas sur le management de la qualité hygiène, sécurité, environnement. Dans ces conditions, la requérante est bien fondée à soutenir qu'en rejetant son recours au motif que son projet d'études serait dépourvu de sérieux et de cohérence, la commission a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le caractère suffisant des ressources :
6. L'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801, prévoit au point 2.2. que " l'étranger doit apporter la preuve qu'il dispose de moyens d'existence suffisants pour la durée de validité du visa de long séjour pour études. Ces ressources doivent être équivalentes, pour l'ensemble de la période concernée, au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français, soit 615 euros en 2019. "
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a fait bloquer sur un compte bancaire ouvert en France la somme de 7 380 euros sur laquelle elle établit que la somme mensuelle de 615 euros sera débloquée en sa faveur pendant douze mois. La requérante produit en outre la pièce d'identité de M. B D, qu'elle présente comme son frère, et une attestation de celui-ci s'engageant à la prendre en charge financièrement pendant son séjour en France, ainsi que l'avis d'impôt sur les revenus de 2021 de M. D faisant apparaître un revenu fiscal de référence de plus de 50 000 euros pour trois parts fiscales et trois bulletins de paie des mois d'avril à juin 2022 montrant un revenu net mensuel de plus de 4 000 euros. Il résulte de ces éléments que la requérante est bien fondée à soutenir qu'en lui opposant l'insuffisance de ses ressources, la commission a entaché a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours de Mme C.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme C le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme C ne justifiant pas de la présentation d'une demande d'aide juridictionnelle, ses conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision refusant la délivrance d'un visa de long séjour à Mme C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme C le visa de long séjour sollicité dans un délai maximal de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 avril 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023 .
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026