vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212996 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 octobre 2022 et le 18 janvier 2023 sous le n° 2212996, Mme A N H, Mme I H, Mme O H, M. P H, Mme Q K, Mme G K, Mme F K, Mme E K et M. C B, représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision implicite de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) leur refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour, en vue de solliciter l'asile en France ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leur situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de la situation des demandeurs ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il n'y a pas de droit absolu à la délivrance d'un visa en vue de solliciter l'asile mais le pouvoir discrétionnaire de l'administration est encadré par le droit conventionnel ; le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 prévoit des dérogations ; le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil oblige dans certains cas l'administration à délivrer un visa à validité territoriale limitée ; ils pourront alors bénéficier du statut de réfugiés au vu notamment de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ; le caractère exceptionnel de leur situation et l'existence de motifs humanitaire légitimes et manifestes sont connus de l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Mme A N H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 novembre 2022 et le 18 janvier 2023 sous le n° 2215441, Mme A N H, Mme I H, Mme O H, M. P H, Mme Q K, Mme G K, Mme F K, Mme E K et M. C B, représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2022, prise sur injonction de réexamen prononcée le 20 octobre 2022 par le juge des référés du tribunal administratif de Nantes, par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé le refus de leur délivrer un visa d'entrée et de long séjour, en vue de solliciter l'asile en France ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leur situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision du ministre est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de la situation des demandeurs ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il n'y a pas de droit absolu à la délivrance d'un visa en vue de solliciter l'asile mais le pouvoir discrétionnaire de l'administration est encadré par le droit conventionnel ; le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 prévoit des dérogations ; le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil oblige dans certains cas l'administration à délivrer un visa à validité territoriale limitée ; ils pourront bénéficier du statut de réfugiés au vu notamment de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ; le caractère exceptionnel de leur situation et l'existence de motifs humanitaire légitimes et manifestes sont connus de l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mai 2022 :
- le rapport de M. Rosier, rapporteur,
- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public,
- et les observations de Me Guilbaud, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. M D et son épouse Mme J K, ressortissants afghans, ont quitté l'Afghanistan avec leurs trois enfants mineurs en raison des risques auxquels ils étaient exposés du fait des activités professionnelles de journaliste de M. D. Ils se sont vu reconnaître la qualité de réfugiés par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 19 juillet 2021. Mme A N H, Mme I H, Mme O H et M. L, mère, sœurs et frère de M. D, ainsi que Mme F K, Mme Q K, Mme G K, Mme E K et M. C B, mère, sœurs et frère de Mme K, ont quitté l'Afghanistan pour l'Iran au mois d'août 2021 et ont sollicité le 28 mars 2022 la délivrance de visas de long séjour, afin de demander l'asile en France, auprès de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) qui a rejeté leur demande par une décision implicite. Le 21 juillet 2022, les intéressés ont saisi la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France qui a rejeté par une décision implicite leur recours. Par une ordonnance n°2213080 du 20 octobre 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la situation des requérants. En exécution de cette ordonnance, le ministre, par une décision du 9 novembre 2022, a confirmé le refus opposé aux requérants. Par ces deux requêtes, les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et la décision du ministre de l'intérieur du 9 novembre 2022.
Sur la jonction :
2.Les requêtes enregistrées sous les numéros 2212966 et 2215441 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que pour rejeter le recours dirigé contre la décision des autorités consulaires refusant la délivrance des visas sollicités, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, l'éventuelle délivrance de visas en vue de déposer une demande d'asile en France relevant d'une mesure de faveur liée à la spécificité de la situation personnelle des demandeurs dans le cadre d'orientations générales arrêtées par les autorités françaises, l'examen du recours n'a pas fait apparaître que la situation des demandeurs de visas entrait dans ce cadre et, à titre subsidiaire, de ce que les éléments présentés aux services consulaires, ou dans la présente instance, par les familles requérantes, ne permettent pas d'établir de manière formelle les difficultés qu'ils rencontrent à titre personnel, dès lors qu'ils ont trouvé refuge en Iran et n'établissent pas que ce pays ne serait pas en mesure de leur offrir une solution plus pérenne.
4Si le droit constitutionnel d'asile a pour corollaire le droit de solliciter en France la qualité de réfugié, les garanties attachées à ce droit reconnu aux étrangers se trouvant sur le territoire de la République n'emportent aucun droit à la délivrance d'un visa en vue de déposer une demande d'asile en France ou pour y demander le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans les cas où l'administration peut légalement disposer d'un large pouvoir d'appréciation pour prendre une mesure au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, il est loisible à l'autorité compétente de définir des orientations générales pour l'octroi de ce type de mesures sans que les intéressés ne puissent se prévaloir de telles orientations à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif. Ils peuvent toutefois, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision refusant de leur délivrer des visas de long séjour aux fins de demander l'asile, soutenir que la décision de l'administration, compte tenu de l'ensemble des éléments de leur situation personnelle, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
5.Il ressort des pièces du dossier que M. M D a travaillé en tant que journaliste en Afghanistan pour différents médias étrangers, qu'il avait manifesté son engagement en faveur des droits des minorités sexuelles et religieuses et du droit des femmes afghanes, et qu'il a été menacé par les forces talibanes pour ces motifs. Les requérants soutiennent que les menaces dont M. D a fait l'objet et qui ont conduit à ce qu'il soit protégé en France sont susceptibles de rejaillir sur les membres de sa famille et de celle de son épouse, ce qui les a encouragés à déposer le 28 mars 2022 une demande de visa d'entrée et de long séjour auprès de l'ambassade de France à Téhéran en vue de solliciter l'asile en France. Les requérants affirment, sans pour autant l'établir, que Mme F K, Mme Q K, Mme G K, Mme E K et M. C B ont été victimes d'une escroquerie alors qu'ils pensaient avoir obtenu le renouvellement de leurs visas iraniens. Ils soutiennent avoir été éloignés tous les cinq vers l'Afghanistan et se cacher à Herat, à la frontière entre l'Iran et l'Afghanistan, en attendant de pouvoir rejoindre le reste de leur famille en Iran. En outre, ils exposent que le frère de M. D, M. P H, en qualité d'ancien militaire, a reçu des menaces de la part des talibans, de même que sa sœur, Mme O H, en sa qualité de journaliste stagiaire. Par ailleurs, ils indiquent que le père de Mme K a été assassiné en juillet 2021 par les talibans. Enfin, il ressort des pièces produites que le risque d'expulsion des ressortissants afghans résidant en Iran vers leur pays d'origine est croissant.
6.L'administration ne conteste aucun de ces éléments et se borne à faire valoir que les intéressés sont en Iran, pays dans lequel ils n'établissent pas avoir reçu des menaces personnelles ou être dans une situation de grande vulnérabilité, et que certains d'entre eux se sont vu délivrer auparavant des passeports par les autorités afghanes. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les visas iraniens dont les requérants ont bénéficié ont expiré à la date de la décision contestée, exposant ces derniers à un risque imminent d'expulsion vers leur pays d'origine comme en attestent les différents rapports produits dont celui du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) afghans en Iran. Au surplus, les requérants seraient effectivement exposés à des risques graves pour leur sécurité et leur intégrité physique en cas de retour en Afghanistan. Dès lors, compte-tenu des faits ainsi établis, de la précarité de leur situation en Iran et de leur situation personnelle, les requérants sont fondés à soutenir qu'en fondant sa décision sur le motif cité au point 3, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
7.Il résulte de ce qui précède que les décisions implicites par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions implicites de l'autorité consulaire française à Téhéran et la décision du 9 novembre 2022 du ministre de l'intérieur refusant aux requérants la délivrance des visa d'entrée et de long séjour, en vue de solliciter l'asile en France, doivent être annulées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A N H a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Guilbaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions implicites par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions implicites de l'autorité consulaire française à Téhéran et la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 9 novembre 2022 refusant la délivrance de visas d'entrée et de long séjour, en vue de solliciter l'asile en France, aux requérants des visas de long séjour en vue de déposer des demandes d'asile en France sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer un visa de long séjour à Mme A N H, Mme I H, Mme O H, M. P H, Mme Q K, Mme G K, Mme F K, Mme E K et M. C B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Guilbaud une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A N H, Mme I H, Mme O H, M. P H, Mme Q K, Mme G K, Mme F K, Mme E K et M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2212996,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026