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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213008

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213008

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPAUGAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2022, M. F E, représenté par Me Paugam, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du préfet de Maine-et-Loire du 23 août 2022 fixant le pays de renvoi et d'enjoindre à ce préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il excipe de l'illégalité de l'arrêté du 23 juin 2022 lui refusant le bénéfice de la protection temporaire ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence ;

- elle n'est pas régulièrement motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. E a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2011/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;

- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durup de Baleine, président,

- les observations de Me Paugam, avocate de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant arménien né le 18 février 1993, déclare être entré en France le 7 avril 2022. Il a, le 11 avril 2022, sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire prévue à l'article L. 581-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 juin 2022, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande d'autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " et lui a seulement délivré une autorisation provisoire de séjour d'une durée d'un mois. Par une ordonnance n° 2211797 du 12 octobre 2022, la juge des référés du tribunal administratif de Nantes, statuant au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de cet arrêté et a enjoint au préfet de procéder à un nouvel examen de la demande de M. E, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. L'intéressé a ainsi été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 20 octobre au 19 novembre 2022. Par l'arrêté attaqué du 23 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire a fait à M. E obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. L'intéressé a été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est sans objet.

Sur l'étendue du litige :

2. Une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Par suite, cette décision n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions tenant à l'annulation de cet acte.

3. Il ressort des pièces du dossier que, si, postérieurement à l'enregistrement de la requête, le préfet de Maine-et-Loire a délivré à M. E une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 19 novembre 2022 puis, le 30 janvier 2023, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 26 février 2023, ces autorisations n'ont été délivrées à l'intéressé qu'en exécution des injonctions prononcées par le juge des référés le 12 octobre 2022 et le 18 janvier 2023. Il en résulte que, contrairement à ce que fait valoir le préfet, la délivrance de ces autorisations n'a, en tout état de cause, pas eu pour effet de priver d'objet les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 août 2022, faisant obligation à M. E de quitter le territoire français et fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

4. Par un arrêté du 7 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire du 9 septembre, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

6. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a décidé de faire obligation au requérant de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours. Il en résulte que cette décision est régulièrement motivée. Cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que M. E est de nationalité arménienne et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

7. Par l'arrêté du 23 juin 2022 dont M. E excipe de l'illégalité, le préfet de Maine-et-Loire lui a refusé le bénéfice de la protection temporaire prévue par la décision d'exécution du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire ainsi qu'à l'article L. 581-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. L'arrêté du 23 juin 2022 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, pour prendre l'arrêté du 23 juin 2022, le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E.

10. Aux termes de l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil : " 1. L'existence d'un afflux massif de personnes déplacées est constatée par une décision du Conseil () / () / 3. La décision du Conseil a pour effet d'entraîner, à l'égard des personnes déplacées qu'elle vise, la mise en œuvre dans tous les États membres de la protection temporaire conformément aux dispositions de la présente directive. La décision contient au moins : / a) une description des groupes spécifiques de personnes auxquels s'applique la protection temporaire / b) la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur/ () ".

11. Pour assurer la transposition de cette directive, l'article L. 581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le bénéfice du régime de la protection temporaire " est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire () ". Selon l'article L. 581-3 du même code : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire () ". Aux termes de l'article L. 581-8 de ce même code : " L'étranger exclu du bénéfice de la protection temporaire ou qui, ayant bénéficié de cette protection, cesse d'y avoir droit, et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre, doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

12. Aux termes de l'article 1er de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire : " L'existence d'un afflux massif dans l'Union de personnes déplacées qui ont dû quitter l'Ukraine en raison d'un conflit armé est constatée. ". Aux termes de l'article 2 de cette même décision : " 1. La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : / a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 ; / () / c) les membres de la famille des personnes visées aux points a) et b). / 2. Les États membres appliquent la présente décision ou une protection adéquate en vertu de leur droit national à l'égard des apatrides, et des ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui peuvent établir qu'ils étaient en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou leur région d'origine dans des conditions sûres et durables. / () / 4. Aux fins du paragraphe 1, point c), les personnes suivantes sont considérées comme membres de la famille, dans la mesure où la famille était déjà présente et résidait en Ukraine avant le 24 février 2022 : / a) le conjoint d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b), ou le partenaire non marié engagé dans une relation stable, lorsque la législation ou la pratique en vigueur dans l'État membre concerné traite les couples non mariés de manière comparable aux couples mariés dans le cadre de son droit national sur les étrangers ; / () ".

13. L'arrêté du 23 juin 2022 a été pris sur le fondement du 2 de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382. Le requérant soutient qu'il est arrivé en France avec sa concubine, Mme A, ressortissante ukrainienne, et le fils de celle-ci et qu'il aurait dû obtenir le document sollicité sur le fondement du c) du 1 de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382, dès lors qu'il est un membre de la famille de Mme A qui a obtenu une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ". En défense, le préfet fait valoir que son arrêté trouve son fondement dans le 1 de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382.

14. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

15. Le requérant soutient être en relation de concubinage avec Mme A depuis le mois d'avril 2020, soit depuis plus de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Il produit la traduction seulement partielle d'un contrat de bail, daté du 18 avril 2020, pour la location d'une chambre, dont les trois locataires seraient un M. A, le requérant lui-même et Mme D le document original en ukrainien le nom de Mme A a été rajouté et la fin du contrat ne reprend pas le nom de Mme A qui serait pourtant également titulaire du bail. Le requérant produit également deux témoignages attestant, en termes quasi identiques, " qu'il a habité depuis le 18 avril 2020 () avec son épouse Mme A ". Toutefois, en l'absence, dans la présente instance, de quelconques autres éléments de preuve, ces seuls éléments sont insuffisants à caractériser la réalité du concubinage, se définissant comme une union de fait caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, allégué entre le requérant et Mme C n'est, ainsi, pas établi que le requérant aurait en Ukraine et avant le 24 février 2022, été engagé dans une relation stable avec Mme C en résulte que c'est par une exacte application du a) du paragraphe 4 de l'article 2 de la décision du 4 mars 2022 et sans erreur d'appréciation que le préfet de Maine-et-Loire a estimé que M. E n'est pas, au sens du c) du paragraphe 1 de cet article, membre de la famille d'un ressortissant ukrainien résidant en Ukraine avant le 24 février 2022. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que, faute pour le requérant d'établir qu'il était en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, les dispositions du paragraphe 2 du même article 2 ne lui ouvrent pas droit au bénéfice de la protection temporaire.

16. M. E ne se prévaut que de son concubinage avec Mme B l'absence de communauté de vie établie en Ukraine entre ces deux personnes et alors que l'intéressé a bénéficié par l'arrêté du 23 juin 2022 d'une autorisation provisoire de séjour valable un mois, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ne peuvent, eu égard en outre à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, qu'être écartés.

17. Dès lors que c'est légalement que le préfet de Maine-et-Loire a refusé le bénéfice de la protection temporaire à M. E, ce dernier se trouve dans le cas, prévu au 3° de l'article L. 611-1 et à l'article L. 581-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut obliger l'étranger à quitter le territoire français.

18. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.

19. Il ressort des pièces du dossier que le séjour du requérant en France, remontant au 7 avril 2022, est très récent. Non marié, il est célibataire et il ne ressort pas du dossier qu'une tierce personne serait à sa charge. S'il fait état d'un concubinage avec Mme A, en compagnie de laquelle il séjourne en France, la réalité d'un concubinage antérieur à son entrée en France n'est pas établie. Si le requérant fait également état de la présence en France de son frère, ressortissant arménien né en 1997, il ne ressort pas du dossier que le requérant serait à la charge de son frère qui, à la date de l'arrêté attaqué, avait seulement présenté une demande d'asile, qui a d'ailleurs été ultérieurement rejetée. Le requérant, âgé de près de trente ans, ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où, d'après ses déclarations, il a vécu jusqu'en 2019, ni d'une impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions du séjour du requérant en France, comme aux effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet, en refusant au requérant le bénéfice de la protection temporaire et en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, comme en fixant la destination en cas d'éloignement d'office, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises ces décisions. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. Si le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français procède d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il ne ressort toutefois pas de la requête que ce moyen se distinguerait de celui tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni en quoi il s'en distinguerait. Il résulte de ce qui a été dit au point 19 ci-dessus qu'il doit être écarté et il ne ressort pas du dossier que le préfet de Maine-et-Loire aurait, eu égard à la durée et aux conditions du séjour du requérant en France comme aux effets d'une obligation de quitter le territoire français, commis une erreur dans l'appréciation des conséquences d'une telle obligation sur la situation personnelle de l'intéressé.

21. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à soutenir que celle fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

22. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 2 de ce traité : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. / () ".

23. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie ou la liberté du requérant seraient menacées en Arménie ou qu'il serait exposé dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de cette méconnaissance n'étant, au demeurant, assorti d'aucune précision ni appuyé par aucun élément de démonstration.

24. Les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne confèrent pas à l'administration un pouvoir discrétionnaire pour désigner le pays de renvoi d'une personne faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée en l'espèce la décision désignant ce pays, moyen qui n'est assorti d'aucune précision, doit être écarté.

25. Si le requérant soutient que la décision fixant le pays destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision en se bornant à renvoyer " à l'ensemble des éléments ci-dessus mentionnés ", dont ceux tirés la méconnaissance de cet article par la décision, toutefois distincte, portant obligation de quitter le territoire français. Le requérant ne justifie pas qu'il ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale en Arménie ou dans un autre pays où, le cas échéant, il serait légalement admissible. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

26. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ces titres.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Paugam.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMASLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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