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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213253

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213253

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBOIDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 octobre 2022 et 31 mars 2023, la société Free mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le maire d'Arnage s'est opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration préalable déposée le 12 juillet 2022 en vue de l'installation d'une station relais de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée AX 288 ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Arnage de prendre une décision de non-opposition à sa déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Arnage la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que le motif tiré de l'absence de cohérence des implantations des antennes relais et de l'exigence de mutualisation n'a aucun fondement juridique, qu'à supposer que les articles L. 34-9-1 et D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques constituent ce fondement, ils sont inapplicables en l'espèce et qu'en tout état de cause, la mutualisation avec l'antenne relais la plus proche n'aurait pas permis de résorber le trou de couverture constaté ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que le motif tiré de l'absence d'information préalable du public, qui ne relève pas de la législation relative à l'urbanisme, ne pouvait être opposé et qu'en tout état de cause, elle a transmis le dossier d'information prévu à l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques au maire d'Arnage à qui incombait la responsabilité de mener une concertation avec le public ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet d'intérêt public invoqué ne concerne qu'une partie de la parcelle d'assiette du projet qui ne présente qu'une emprise limitée.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2022, la commune d'Arnage, représentée par Me Boidin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Free mobile sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sainquain-Rigollé,

- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 juillet 2022, la société Free mobile a déposé un dossier de demande préalable auprès de la mairie d'Arnage pour l'installation d'une station relais de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée AX 288. Par l'arrêté attaqué du 8 août 2022, le maire s'est opposé à cette déclaration préalable au motif que le projet ne s'intégrant pas au regard des paysages avoisinants, il ne respecte pas le chapitre " qualité urbaine, architecturale, environnement et paysage " et la disposition relative à l'aspect extérieur des constructions du plan local d'urbanisme communautaire, que l'absence d'échanges avec les opérateurs ne permet pas d'obtenir une cohérence des implantations créées alors qu'une mutualisation des équipements est demandée, que l'information du public en amont a été absente et que le projet est contraire au projet d'intérêt public à moyen/long terme portant sur la desserte des territoires périurbains et l'irrigation ferroviaire au sud de la métropole du Mans. L'exécution de cet arrêté a été suspendue par l'ordonnance de référé-suspension n° 2215029 du 5 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes des dispositions relatives à l'aspect extérieur des constructions du point " Qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère " du règlement du plan local d'urbanisme communautaire, applicable en l'espèce et cité par l'arrêté attaqué : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Ces dernières dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de l'arrêté attaqué alors même que la commune d'Arnage n'évoque que la méconnaissance de l'article R. 111-27 précité dans son mémoire en défense.

3. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'implantation du projet litigieux, située en zone " U infrastructures " du plan local d'urbanisme communautaire, est située entre la ligne ferroviaire et un entrepôt d'une taille très importante, donnant à l'environnement immédiat un aspect très industriel. Si des maisons individuelles sont situées de l'autre côté de la ligne ferroviaire et une école à 500 mètres du lieu d'implantation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles présenteraient une harmonie ou un intérêt architectural particuliers, ce qui n'est d'ailleurs pas même allégué par la commune d'Arnage. D'autre part, l'antenne relais composé d'un tube de trente mètres de haut ne porte pas atteinte à la qualité de ce site compte tenu de la configuration des lieux, notamment du caractère industriel des lieux les plus proches et des poteaux électriques plantés le long de la rue de la gare, et du volume limité de la construction. Dans ces conditions, la commune d'Arnage a commis une erreur d'appréciation en s'opposant à la déclaration préalable litigieuse au motif que le projet portait atteinte aux dispositions relatives à l'aspect extérieur des constructions du point " Qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère " du règlement du plan local d'urbanisme communautaire.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la parcelle AX 288 est concernée par un projet d'orientation et d'action (POA) mobilités, approuvé le 30 janvier 2020, du plan local d'urbanisme communautaire de Le Mans métropole dont l'action n° 11 porte sur la transformation des haltes et gares en de véritables pôles multimodaux. Ces dispositions ne sont néanmoins pas opposables aux autorisations d'urbanisme. En tout état de cause, conformément au plan compris dans la fiche de cette action, une partie de cette parcelle, la plus proche de la rue de la gare sans occuper l'intégralité de la largeur de la parcelle, correspond à l'" extension possible du stationnement ". Il ressort des pièces du dossier que le pylône ne sera pas implanté dans l'emplacement prévu pour cette extension du parking de la gare d'Arnage. La commune d'Arnage n'apporte aucun élément permettant de justifier que les autres infrastructures techniques du projet ne sont pas situées en-dehors de cet emplacement ou ferait obstacle à la création de places de stationnement.

6. En troisième lieu, l'autorité administrative peut légalement s'opposer à la réalisation de travaux qui font l'objet d'une déclaration sur le fondement des articles L. 422-1 et R. 422-2 du même code si des dispositions ou servitudes d'urbanisme font obstacle à leur réalisation. En revanche, elle ne peut s'y opposer pour des motifs tenant à l'application d'autres législations.

7. Aux termes de l'article L. 34-9-1 du code des postes et communications électroniques : " () D. Le dossier d'information mentionné au B et au C du présent II comprend, à la demande du maire, une simulation de l'exposition aux champs électromagnétiques générée par l'installation. Dans les zones rurales et à faible densité d'habitation et de population définies par un décret pris après avis de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse, il comprend également, pour information et à la demande du maire, la justification du choix de ne pas recourir à une solution de partage de site ou de pylône. () ". Aux termes de l'article D. 98-6-1 de ce code : " () II. - L'opérateur fait en sorte, dans la mesure du possible, de partager les sites radioélectriques avec les autres utilisateurs de ces sites. Lorsque l'opérateur envisage d'établir un site ou un pylône et sous réserve de faisabilité technique, il doit à la fois : - privilégier toute solution de partage avec un site ou un pylône existant ; - veiller à ce que les conditions d'établissement de chacun des sites ou pylônes rendent possible, sur ces mêmes sites et sous réserve de compatibilité technique, l'accueil ultérieur d'infrastructures d'autres opérateurs ; - répondre aux demandes raisonnables de partage de ses sites ou pylônes émanant d'autres opérateurs. () ".

8. A supposer que les motifs tirés de l'absence de mutualisation des sites entre opérateurs et l'absence d'information du public en amont soient fondés sur la méconnaissance des articles L. 34-9-1, D et D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques, ces dispositions ne sont pas applicables à l'instruction des déclarations ou demandes d'autorisation d'urbanisme. Par suite, la commune d'Arnage a commis une erreur de droit en opposant ces motifs.

9. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Free mobile est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 août 2018 par lequel le maire d'Arnage s'est opposé à la réalisation des travaux objet de sa déclaration préalable en vue de l'installation d'une station relais de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée AX 288.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

11. Le présent jugement annule l'arrêté portant opposition à la déclaration préalable présentée par la société requérante après avoir censuré l'ensemble des motifs que la commune d'Arnage a énoncés dans sa décision sans que la commune d'Arnage ne sollicite de substitution de l'un de ces motifs. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté annulé interdisent de prescrire l'édiction d'une décision de non-opposition pour un motif que l'administration n'a pas relevé. Il n'en résulte pas non plus que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fasse obstacle. Il y a lieu dès lors d'enjoindre à la commune d'Arnage de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable présentée par la société Free mobile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Arnage demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Arnage une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Free mobile et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 8 août 2022 par lequel le maire d'Arnage s'est opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration préalable déposée le 12 juillet 2022 par la société Free mobile en vue de l'installation d'une station relais de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée AX 288 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint à la commune d'Arnage de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile pour l'installation de cette antenne-relais dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune d'Arnage versera à la société Free Mobile une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Free mobile et à la commune d'Arnage.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

H. SAINQUAIN-RIGOLLÉ

Le président,

T. GIRAUD

Le greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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