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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213260

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213260

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2213260, enregistrée le 6 octobre 2022, Mme A C et M. B C, représentés par Me Tourbier , demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 1er octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre les décisions du 20 mai 2022 des autorités consulaires françaises à Conakry (Guinée) refusant de délivrer à Baba C et à A Kaba des visas d'entrée en qualité de membres de famille de citoyens de l'Union européenne, ainsi que ces décisions consulaires ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur délivrer ces visas dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée et les décisions consulaires sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'ils n'ont pas été invités à compléter leurs dossiers par la production des pièces manquantes, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, dès lors que les documents sont authentiques et permettent d'établir le lien de filiation avec les demandeurs de visas.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

II. Par une requête n° 2215366, enregistrée le 21 novembre 2022, Mme A C et M. B C, représentés par Me Tourbier , demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 8 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre les décisions du 20 juillet 2022 des autorités consulaires françaises à Conakry (Guinée) refusant de délivrer à Baba C et A Kaba des visas d'entrée en qualité de membres de famille de citoyens de l'Union européenne, ainsi que ces décisions consulaires ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur délivrer ces visas dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée et les décisions consulaires sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'ils n'ont pas été invités à compléter leurs dossiers par la production des pièces manquantes, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, dès lors que les documents sont authentiques et permettent d'établir le lien de filiation avec les demandeurs de visas.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas (code des visas) ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme André a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants néerlandais, ont présenté des demandes de visas d'entrée pour Baba C et A Kaba, présentés comme leurs enfants, auprès des autorités consulaires françaises à Conakry. Par des décisions en date du 20 mai 2022 et du 20 juillet 2022, ces autorités ont refusé de leur délivrer les visas sollicités. Par des décisions implicites nées le 1er octobre 2022 et le 8 octobre 2022, dont M. et Mme C demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre ces décisions consulaires.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2213260 et 2215366 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions consulaires du 20 mai 2022 et du 20 juillet 2022 :

3. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire que les décisions de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substituent à celles qui ont été prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, les décisions implicites de cette commission se sont substituées aux décisions des 20 mai 2022 et 20 juillet 2022 des autorités consulaires françaises en Guinée. Il en résulte, d'une part, que les conclusions des requêtes doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre les décisions de la commission de recours, d'autre part, que les moyens soulevés à l'encontre des décisions consulaires doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites nées le 1er octobre 2022 et le 8 octobre 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

4. Il ressort des pièces des dossiers que, pour rejeter les demandes de visas de court séjour présentées pour Baba C et A Kaba, la commission de recours s'est appropriée à deux reprises le motif opposé par l'autorité consulaire française en Guinée tiré de ce que les documents d'état civil remis en vue d'établir le lien familial présentent les caractéristiques d'un document qui n'est pas authentique et/ou ne constitue pas une preuve suffisante de l'existence d'un lien familial.

5. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne () a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / () ". Aux termes de l'article L. 232-1 du même code : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale, les citoyens de l'Union européenne, les ressortissants d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, ainsi que les membres de leur famille tels que définis aux 4° et 5° de l'article L. 133-1, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français ".

6. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

7. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

8. D'une part, pour justifier de l'identité de Baba C et de son lien de filiation avec eux, M. et Mme C produisent un jugement supplétif n°6288 tenant lieu d'acte de naissance du tribunal de première instance de Conakry III, établi le 8 juin 2022, annulant un précédent jugement supplétif. Ils produisent également sa transcription dans les registres de l'état civil sous le numéro 7790, établie le 29 juin 2022 par un officier d'état civil de la commune de Matoto. La commission de recours contre les décisions de refus de visa n'apporte pas d'éléments précis et concordants de nature à remettre en cause l'authenticité de ces actes. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour Baba C.

9. D'autre part, pour justifier de l'identité A Kaba et de son lien de filiation avec eux, M. et Mme C produisent un jugement supplétif n°3424 tenant lieu d'acte de naissance du tribunal de première instance de Conakry III-Mafanco, établi le 11 mai 2020, ainsi qu'une photocopie certifiée conforme d'un extrait du registre de transcription mentionnant que ce jugement a été transcrit le 3 juillet 2020 sous le numéro 5019 par un officier d'état civil de la commune de Matoto. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour A Kaba.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que M. et Mme C sont fondés à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités, au profit de Baba C et A Kaba, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. et Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, nées le 1er octobre 2022 et le 8 octobre 2022, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Baba C et A Kaba des visas d'entrée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme C la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

La rapporteure,

M. ANDRE

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,, 2215366

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