lundi 5 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2213289 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | MATRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2022, M. D E, agissant pour M. C E et en qualité de représentant légal de l'enfant mineur B E, représenté par Me Matrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 28 avril 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre les décisions du 26 décembre 2021 des autorités consulaires françaises en Iran refusant de délivrer à C et B E des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision consulaire est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 et de l'article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Le ministre de l'intérieur n'a pas produit de mémoire en défense
M. D E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.
Une note en délibéré, produite par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, a été enregistrée le 16 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant afghan admis à la qualité de réfugié suite à une décision du 18 février 2010 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, a présenté des demandes de visas de long séjour au profit de ses deux enfants mineurs C et B, nés respectivement le 2 avril 2004 et le 1er août 2010 auprès des autorités consulaires françaises en Iran. Par deux décisions en date du 26 décembre 2021, ces autorités ont refusé de leur délivrer les visas sollicités. Par une décision implicite née le 28 avril 2022, dont M. E demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.
2. L'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire indique : " En l'absence d'une réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois à compter de la date de réception du recours mentionnée ci-dessus, le recours est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée (CAA de Nantes, 17 novembre 2020, n°20NT00588). ". Les décisions consulaires comportent toutes deux une case cochée portant le numéro 10 et la mention " Vos déclarations conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale. " et une case cochée portant le numéro 11 et la mention " votre demande de visa a été déposée dans le cadre d'une demande de réunification partielle qui porte atteinte à l'intérêt des enfants de la personne placée sous la protection de l'OFPRA ou de son conjoint ".
3. En premier lieu, dès lors que la décision implicite de la commission s'est substituée au refus consulaire, le moyen tiré de ce que ce refus serait entaché d'un défaut de motivation doit être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement codifié à l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ".
5. Pour justifier des identités et du lien de filiation allégués, M. E a produit, à l'appui des demandes de visas, des copies de leur tazkera établies le 3 avril 2018 comportant les nom, prénom, filiation, date et lieu de naissance de C et B, ainsi que leurs actes de naissance légalisés par les autorités afghanes ainsi que la copie de leurs passeports. Tous ces documents comportent des mentions identiques en ce qui concerne l'identité et la filiation paternelle des deux enfants. Ces différents documents permettent d'établir, de manière suffisante, l'identité et les liens familiaux de C et B E avec le réunifiant. Dans ces conditions, et alors que le ministre de l'intérieur qui n'a pas produit de mémoire en défense n'apporte aucune explication sur la tentative de fraude alléguée, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à ces deux enfants des visas de long séjour pour le premier motif exposé au point 2.
6. En troisième lieu, en application des dispositions du premier alinéa de l'article L. 561-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article L. 434-1 de ce code est applicable en matière de réunification familiale. Aux termes de l'article L. 434-1 de ce code : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ".
7. M. E explique le caractère partiel de la demande de réunification familiale au motif que ses deux filles, F née en 2006 et Razia née en 2018, ne possèdent pas de document d'identité et que réfugiées en Iran avec leurs frères aux côtés de leur mère, elles ne peuvent retourner en Afghanistan pour effectuer les démarches nécessaires. La circonstance que les deux filles étaient dépourvues de carte d'identité à la date de la demande de visa n'est pas de nature à justifier qu'il était dans l'intérêt des deux garçons du requérant d'être séparés de leur mère avec laquelle ils vivent depuis son départ aux côtés de leurs sœurs. Dès lors, la commission de recours a pu, sans commettre d'erreur de droit et d'appréciation, rejeter les demandes de visas au motif que la réunification familiale présentait un caractère partiel injustifié. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
8. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté pour les motifs énoncés au point 7.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. La décision contestée n'a pas pour objet, en elle-même, d'interdire la réunification familiale souhaitée par le requérant qui a la possibilité de déposer un dossier pour son épouse et l'ensemble des enfants âgés au plus de dix-neuf ans. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Matrand et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Beyls, conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.
La présidente rapporteure,
M.-P. G
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. A
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026