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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213391

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213391

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le même délai, et dans cette attente de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens communs :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signée par une autorité habilitée ;

- les décisions qu'il comporte sont insuffisamment motivées ;

- l'arrêté n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle est entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour ;

- elle méconnaît l'article 7-b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 17 juin 1995, est entrée en France le 31 décembre 2021 sous le couvert d'un visa de court séjour portant la mention " famille de français - carte de séjour à solliciter ", à la suite de son mariage le 6 septembre 2021 avec un ressortissant français. Elle a déposé le 23 mai 2022 auprès des services de la préfecture de la Vendée une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le 22 juillet 2022, Mme A a complété sa demande en sollicitant la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 15 septembre 2022, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée, qui disposait d'une délégation, consentie par un arrêté du préfet de la Vendée du 8 avril 2022, régulièrement publié le 11 avril suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer " toutes les décisions en matière de droit au séjour et d'éloignement des étrangers pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

4. La décision en litige portant refus de délivrance de titre de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet de la Vendée à refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour, notamment la procédure de divorce dont fait l'objet l'intéressée, la rupture de communauté de vie commune avec son ancien conjoint et le fait qu'elle ne justifie pas de l'obtention d'un visa de long séjour. Dès lors, cette décision est motivée comme, en conséquence des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui l'accompagne. Enfin, l'arrêté vise notamment les dispositions des articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est fait obligation à la requérante de quitter le territoire français, qu'elle est de nationalité algérienne et qu'elle ne produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de renvoi est, dès lors, régulièrement motivée, le préfet n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement Mme A en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

5. En dernier lieu, il résulte de la motivation circonstanciée de l'arrêté litigieux que les décisions attaquées ont été prises à l'issue d'un examen particulier de la situation personnelle et familiale de Mme A. Le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ". Il résulte des stipulations précitées que l'obtention d'un visa de long séjour et la production d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi sont cumulativement nécessaires pour la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France munie d'un visa de court séjour de type C valable 90 jours délivré le 9 novembre 2021 par l'autorité consulaire française à Annaba (Algérie). Ainsi, Mme A ne justifie pas être titulaire du visa de long séjour exigé par les stipulations précitées. Par suite, le préfet de la Vendée n'a pas méconnu les stipulations précitées en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité au motif qu'elle était dépourvue d'un visa de long séjour. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur de fait.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A résidait en France depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée. En tout état de cause, elle ne justifie pas avoir noué sur le territoire des liens personnels intenses et stables. La circonstance que ses demi-frères et ses demi-sœurs vivent en France ne saurait permettre de la regarder comme ayant transféré de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire, alors que l'intéressée a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie où elle n'établit pas ne plus disposer d'attaches. Enfin, la courte période d'activité salariée dont se prévaut la requérante ne suffit pas à considérer qu'elle serait insérée professionnellement en France. Dans ces conditions, la décision du préfet de la Vendée refusant l'admission au séjour de Mme A n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, les circonstances invoquées par la requérante, concernant la durée de son séjour et son insertion sociale et professionnelle en France, ne permettent pas de considérer que le préfet de la Vendée, qui dispose en la matière d'une large pouvoir d'appréciation, aurait commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences du refus d'admission de l'intéressée au séjour sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision préfectorale portant refus de séjour pour contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 9 et 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne saurait être accueilli.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761 1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Renard et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

Mme Delohen, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

C. CANTIÉ

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

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