vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2213403 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 octobre 2022 et le 15 mai 2023, M. H D, Mme F D, M. I A et Mme G D, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) rejetant les demandes de visas d'entrée et de long séjour présentées pour Mme F D, M. I A et Mme G D au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que la commission s'est estimée à tort en situation de compétence liée pour rejeter les demandes de visas au seul motif que les liens familiaux ne correspondait pas à l'un des cas permettant d'obtenir un visa dans le cadre d'une procédure de réunification familiale alors qu'elle pouvait délivrer un visa au regard du droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article 12 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés et de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le lien de concubinage entre le réunifiant et Mme G D est établi par la possession d'état ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du 17 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mai 2023 :
- le rapport de Mme Roncière, rapporteure,
- et les observations de Me Neve, substituant Me Pollono, représentant les requérants et de M. D lui-même.
Considérant ce qui suit :
1. M. H D, ressortissant afghan, 8 décembre 1993, s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 11 juin 2018. Mme F D, née le 1er septembre 1964, qu'il présente comme sa mère, ainsi que M. I A, né le 30 juillet 1995, son frère allégué, et Mme G D, née le 5 juin 1999, qu'il présente comme sa fiancée, ont déposé des demandes de visas de long séjour auprès des autorités consulaires françaises à Téhéran (Iran), en qualité de membres de famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Ces autorités consulaires ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision implicite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable formé contre ces refus de visas, réceptionné le 10 août 2022. Par la présente requête, M. H D, Mme F D, M. I A et Mme G D demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En cas de décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et compte tenu des mentions indiquées sur l'accusé de réception transmis par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aux requérants, la commission, dont la décision se substitue à celle des autorités consulaires, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par ces autorités soit, en l'espèce, du fait que le lien familial entre le bénéficiaire de la protection subsidiaire et les demandeurs de visas " ne correspond pas à l'un des cas permettant d'obtenir un visa dans le cadre de la procédure de réunification familiale ".
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 12 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Le statut personnel de tout réfugié sera régi par la loi du pays de son domicile ou, à défaut de son domicile, par la loi du pays de sa résidence. 2. Les droits, précédemment acquis par le réfugié et découlant du statut personnel, et notamment ceux qui résultent du mariage, seront respectés par tout Etat contractant, sous réserve, le cas échéant, de l'accomplissement des formalités prévues par la législation dudit Etat, étant entendu, toutefois, que le droit en cause doit être de ceux qui auraient été reconnus par la législation dudit Etat si l'intéressé n'était devenu un réfugié. () ". Le principe d'unité de la famille, principe général du droit applicable aux réfugiés résultant notamment des stipulations de la convention de Genève du 28 juillet 1951, impose, en vue d'assurer pleinement au réfugié la protection prévue par cette convention, que la même qualité soit reconnue à la personne de même nationalité qui était unie par le mariage à un réfugié à la date à laquelle celui-ci a demandé son admission au statut, ou qui avait alors avec lui une liaison suffisamment stable et continue pour former une famille, ainsi qu'aux enfants mineurs de ce réfugié. Si les principes généraux du droit applicables aux réfugiés n'imposent pas que le même statut soit reconnu à l'ensemble des personnes qui se trouvent, ou se trouvaient dans le pays d'origine, à la charge du réfugié, ils peuvent cependant être invoqués par un ascendant incapable, dépendant matériellement et moralement d'un réfugié à la double condition que cette situation particulière de dépendance ait existé dans le pays d'origine du réfugié avant l'arrivée de celui-ci en France et qu'elle ait donné lieu à une mesure de tutelle plaçant l'intéressé sous la responsabilité du réfugié.
4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et suivants du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale () 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; () Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.". Il résulte de ces dispositions que les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés, le cas échéant, par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.
En ce qui concerne Mme G D :
5. Les requérants soutiennent que M. D " a toujours mentionné être uni à Mme G D depuis son arrivée en France " et que Mme D " peut bénéficier de la réunification familiale en qualité de concubine ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier de la demande d'asile de M. D et de la fiche familiale de référence que le réunifiant s'est déclaré marié puis " concubin de Mme L née le 12 mai 1992 à Kapissa de M. B J et de Mme K " alors que Mme G D, la demandeuse de visa, présente un document d'identité afghan (tazkera) mentionnant son nom " Mme G ", le nom de son père " C " et une année de naissance correspondant à l'année 1999. Si les requérants soutiennent qu'il s'agirait de la même personne en alléguant que le réunifiant " aurais appris récemment que le surnom de sa concubine alléguée qu'il lui donnait depuis l'enfance ne correspondait pas à son prénom " et que " Najrabi " serait en réalité le district de naissance de sa mère, la production d'un courrier en date du 22 novembre 2021 de M. D à l'OFPRA mentionnant ces erreurs, d'attestations non circonstanciées, de transfert d'argent à compter de l'année 2021, d'échanges par messagerie et des photographies de fiançailles non identifiables ne suffisent pas à expliquer ces incohérences et à établir que le lien familial entre la demandeuse de visa et M. D à la date de la demande d'asile de ce dernier. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu, sans faire une inexacte application des dispositions précitées, rejeter la demande de visa litigieuse.
6. Pour les motifs énoncés ci-dessus, la décision attaquée n'a pas méconnu le principe d'unité de la famille résultant notamment des stipulations de la convention de Genève du 28 juillet 1951.
En ce qui concerne Mme F D et M. I A :
7. Mme F D, mère de M. D, réfugié majeur, ainsi que M. I A, frère du réfugié, n'entrent pas dans le champ des articles précités relatifs aux conditions d'attribution des visas au titre de la réunification familiale. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les demandeurs de visas aient été, dans le pays d'origine de M. D, dans une situation de dépendance avant l'arrivée de celui-ci en France et fait l'objet d'une mesure de tutelle les plaçant sous la responsabilité de l'intéressé. Il résulte de ce qui précède qu'en rejetant le recours de Mme F D et M. I A, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni méconnu le principe d'unité familiale des réfugiés.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Les requérants soutiennent qu'il existe un risque d'éloignement de l'Iran vers l'Afghanistan, où Mme D serait menacée, ainsi qu'en Iran, dès lors qu'elle reçoit depuis le mois de juillet 2022 des messages électroniques menaçants et manipulateurs, qui lui seraient envoyés par un agent des services secrets afghans, par un haut dirigeant taliban et par un inconnu. Mme D fait également état de ce qu'elle était, en Afghanistan, menacée d'être mariée de force à un cousin, fils d'un commandant taliban.
10. Toutefois, les documents produits pour justifier de ces craintes de mauvais traitements en cas de retour en Afghanistan ou de maintien en Iran, à savoir un compte-rendu du contenu et de la teneur des messages électroniques sus-évoqués, rédigé pour les besoins de la cause par les requérants, et des copies d'écran du téléphone portable de Mme D, faisant apparaître des messages non traduits ou des suppressions de messages émanant des trois expéditeurs susmentionnés, ne permettent pas d'établir la réalité des craintes de Mme D en cas de maintien en Iran ou de retour en Afghanistan, à supposer même que les autorités iraniennes entreprennent de l'éloigner de leur territoire, à destination de son pays d'origine, compte tenu de l'expiration de son visa. Par ailleurs, Mme D, M. A et Mme D qui résident en Iran dans un appartement loué par M. D et qui ne sont pas isolés dans ce pays où résident un cousin de la famille, l'épouse et les enfants de celui-ci ne font pas état de conditions matérielles dégradées, que ce soit en Iran ou en Afghanistan. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée au regard de ses conséquences sur la situation personnelle des intéressés doit être écarté.
11. En examinant le lien familial allégué entre les demandeurs de visas et le réunifiant, en se fondant sur les articles L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'administration se serait cru en situation de compétence liée pour refuser aux intéressés les visas sollicités.
12. En troisième et dernier lieu, M. H D, Mme F D, M. I A et Mme G D étant majeurs à la date de la décision attaquée, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D et autres est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H D, Mme F D, M. I A, Mme G D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026