mercredi 19 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2213665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GALLOT LAVALLEE IFRAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022, M. F A E, représenté par Me Ifrah, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, ainsi que les décisions par lesquelles ce même préfet a retenu son passeport et son permis de conduire ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui restituer son passeport et son permis de conduire ;
4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision attaquée a été prise en violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne le refus de départ volontaire :
- il n'a pas été informé de la possibilité d'avertir un conseil, son consulat ou toute autre personne de son choix, en méconnaissance des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée est illégale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est illégale.
Une mise en demeure a été adressée le 3 février 2023 au préfet des Yvelines.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant marocain né le 1er janvier 1963 a fait l'objet le
11 février 2021 d'un refus de titre assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour par arrêté du préfet de la Sarthe du 3 mars 2021. Par sa requête, M. A E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ainsi que les décisions par lesquelles ce même préfet a retenu son passeport et son permis de conduire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2022-05-12-00005 du 12 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2022-097 du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme B D, cheffe du bureau de l'accueil et du séjour, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 611-1 (3°) et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. A E n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement et déclaré qu'il n'envisageait pas de retourner dans son pays d'origine ainsi qu'il l'a indiqué lors de son audition par les services de police. La décision attaquée mentionnant de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A E, qui faisait déjà l'objet d'une mesure d'éloignement, a été entendu par les services de police le 16 août 2022 et mis à même de présenter ses observations avant que le préfet des Yvelines ne prenne à son encontre l'obligation de quitter le territoire français litigieuse. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le requérant a été privée du droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, comme d'ailleurs à l'article L.122-1 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A E a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré par décision du préfet de la Sarthe du 3 mars 2021. Par ailleurs, le requérant a indiqué être célibataire et sans enfant et ne justifie d'aucune attache sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines a pu, sans commettre ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, l'obliger à quitter le territoire français.
7. En cinquième lieu, M. A E est célibataire et sans enfants et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment ses parents. S'il fait valoir être présent en France depuis dix ans, les éléments qu'il produit à l'appui de sa requête ne permettent pas d'établir la continuité de sa présence en France. Dans ces conditions, en dépit de ce qu'il a exercé diverses activités professionnelles pendant la durée de sa présence en France, le préfet des Yvelines n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale tel qu'il est garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En dernier lieu, la décision attaquée, qui n'a par elle-même ni pour objet ni pour effet de contraindre M. A E à retourner dans son pays d'origine, ne peut être regardée comme exposant le requérant à un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office () ". L'article L. 613-4 du même code dispose que : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II ".
10. Les conditions de notification d'un acte administratif étant sans incidence sur la légalité de ce dernier, M. A E ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la méconnaissance des dispositions des articles
L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 612-1 à L. 612-3 et mentionne que M. A E s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et à déclarer qu'il ne se rendrait pas au Maroc. La décision attaquée mentionnant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. A E s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et a indiqué qu'il ne se rendrait pas dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en dépit de l'antériorité de la présence en France de l'intéressé, le préfet a pu, sans commettre ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
14. La décision attaquée vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que M. E n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Les termes de la décision, qui indiquent la nationalité marocaine du requérant, permettent d'établir que le préfet a entendu renvoyer M. A E vers le Maroc. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
16. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. A E ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.
17. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Yvelines a pris en compte les éléments relatifs à la situation personnelle de M. E. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi invoqué doit être écarté comme non-fondé.
18. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. E s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et a indiqué aux services de police qu'il n'avait pas l'intention de retourner dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la durée d'un an d'interdiction de retour sur le territoire français retenue par le préfet présenterait un caractère disproportionné.
En ce qui concerne la rétention du passeport et du permis de conduire :
19. Aux termes de l'article L. 721-8 de ce code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité () ".
20. M. A E ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont relatives à la situation d'étrangers auxquels un délai de départ volontaire a été accordé et ne lui sont pas applicables.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A E à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Ifrah et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Simon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.
Le rapporteur,
P-E. C
La présidente,
C. LOIRAT La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026