jeudi 31 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2213827 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | NGUIYAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, Mme J G F A et Mme I D E A, représentées par Me Nguiyan, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les deux décisions de l'autorité diplomatique française au Cameroun refusant de leur délivrer des visas de long séjour en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de leur délivrer des visas de long séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer leur situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les motifs de la décision implicite de la commission ne leur ont pas été communiqués en dépit d'une demande présentée en ce sens ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de leur situation ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que les documents d'état civil produits permettent d'établir leur filiation ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens des requérantes sont dépourvus de fondement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juillet 2023 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Nguiyan, représentant les requérantes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante camerounaise née en 1977, séjournant régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident, a déposé le 15 mars 2021 une demande de regroupement familial en faveur des enfants J G F A et I D E A, nées le 21 août 2003, de nationalité camerounaise. Le préfet de la Haute-Savoie a délivré l'autorisation de regroupement familial sollicitée le 8 novembre 2021. Par leur requête, Mme F A et Mme E A demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 8 juillet 2022, contre les deux décisions de l'autorité diplomatique française au Cameroun refusant de leur délivrer des visas de long séjour en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. En l'espèce, postérieurement à la naissance d'une décision implicite de rejet du recours réceptionné par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le 8 juillet 2022, cette commission s'est réunie et a rejeté le recours par une décision explicite du 9 novembre 2022. Cette décision se substituant à la décision implicite initiale, il y a lieu de rediriger les conclusions de la requête contre la décision explicite du 9 novembre 2022 et d'écarter comme inopérant le moyen tiré de l'absence de communication des motifs de la décision implicite de la commission.
3. La commission a rejeté le recours au motif, d'une part que les actes de naissance dont les copies ont été produites à l'appui des demandes de visa étaient revêtus d'une fausse signature à la place de la signature de l'officier d'état civil et que ces actes ont été dressés un samedi, jour chômé au Cameroun, et d'autre part que Mme B ne justifie pas de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation des deux enfants, de son soutien affectif à leur égard et de communications régulières avec elles.
4. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".
5. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de lien conjugal ou de lien de filiation entre le demandeur de visa et le membre de famille que celui-ci entend rejoindre.
6. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil qui dispose : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
7. Les requérantes joignent à leurs écritures deux actes de naissance dressés par l'officier de l'état civil du centre de Yaoundé au Cameroun le 30 août 2003, sur déclaration, dont il ressort que les enfants I D E A et J G F A sont nées le 21 août 2003 à Yaoundé de l'union de M. H A et Mme C B. Si la commission dans sa décision et le ministre, dans son mémoire en défense, relèvent que l'autorité consulaire française au Cameroun a sollicité les autorités locales camerounaises pour vérification de la régularité des actes de naissance des demanderesses de visa et qu'il en serait ressorti que les signatures apposées sur les actes ne seraient pas celles de l'officier d'état civil, le ministre ne produit aucune pièce justifiant d'une telle procédure. S'il ressort de la lecture des actes de naissance qu'ils ont été dressés un samedi alors que l'article 2 du décret n° 93/320 du 24 novembre 1993 portant réaménagement des horaires de travail dans les administrations publiques, publié au journal officiel du Cameroun, prévoit que la durée du travail dans les administrations publiques est répartie du lundi au vendredi, l'article 3 de ce décret prévoit également des possibilités d'aménagement d'horaires " en raison des spécificités inhérentes à certains services publics ". Dans ces conditions, les requérantes sont bien fondées à soutenir qu'en considérant leurs actes de naissance comme irréguliers, la commission a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
8. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le second motif de la décision attaquée.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 9 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions de refus de visas.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire procéder au réexamen des demandes de visas de long séjour de Mmes F A et E A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros à verser aux requérantes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 9 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions de refus de visas opposées à Mme F A et à Mme E A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire procéder au réexamen des demandes de visas de long séjour de Mme F A et Mme E A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera aux requérantes une somme globale de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme J G F A, à Mme I D E A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026