vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2213830 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | NGUIYAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, Mme C B épouse A, représentée par Me Nguiyan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 27 juillet 2022, contre la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) refusant de délivrer à l'enfant Françoise Pascale Mbarga Zambo un visa de long séjour pour adoption ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer à l'enfant Françoise Pascale Mbarga Zambo un visa de long séjour pour adoption dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser ainsi qu'à son époux M. A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les motifs de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'ont pas été communiqués en dépit d'une demande présentée en ce sens ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'adoption est bien intra-familiale, qu'elle a été décidée dans le respect du principe de subsidiarité et dans l'intérêt supérieur de l'enfant et que les parents biologiques de l'enfant ont consenti à son adoption ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont dépourvus de fondement.
Par une ordonnance du 31 mars 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 28 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B épouse A, ressortissante française née en 1950, résidant en France, soutient s'être vu confier avec son époux, M. A, par adoption plénière, l'enfant Françoise Pascale Mbarga Zambo, née le 29 mars 2006, de nationalité camerounaise. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française au Cameroun refusant de délivrer un visa de long séjour à l'enfant Françoise Pascale Mbarga Zambo.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. En l'espèce, quelques jours après la naissance d'une décision implicite de rejet du recours formé contre la décision refusant la délivrance d'un visa à l'enfant Françoise Pascale Mbarga Zambo, le 29 septembre 2022, la commission s'est réunie et a rejeté ce recours. Il y a donc lieu de rediriger les conclusions de la requête contre la décision explicite du 29 septembre 2022.
3. La décision explicite du 29 septembre 2022 s'étant substituée à la décision implicite de rejet de la commission, le moyen de la requête tiré de l'absence de motivation de cette décision doit être écarté comme inopérant.
4. La commission a rejeté le recours au motif que l'adoption de l'enfant Françoise Pascale Mbarga Zambo est contraire à l'éthique de l'adoption internationale telle qu'elle résulte de l'article 21 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 4 de la convention de La Haye du 29 mai 1993, dès lors que la procédure d'adoption méconnaît le principe de vérification de l'adoptabilité de l'enfant par les autorités compétentes du pays d'origine et le principe de subsidiarité de l'adoption internationale d'un enfant.
5. L'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. L'adoptant, bénéficiaire d'un jugement d'adoption, est seul investi à l'égard de l'adopté de tous les droits d'autorité parentale. Dès lors, dans le cas où un visa d'entrée et de long séjour en France est sollicité en vue de permettre à l'adopté de rejoindre sa famille d'adoption, ce visa ne peut en règle générale, eu égard notamment aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant, être refusé pour un motif tiré de ce que l'intérêt de l'enfant serait au contraire de demeurer auprès de ses parents ou d'autres membres de sa famille. En revanche, et sous réserve de ne pas porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, l'autorité chargée de la délivrance des visas peut se fonder, pour rejeter la demande dont elle est saisie, non seulement sur l'atteinte à l'ordre public qui pourrait résulter de l'accès de l'enfant au territoire national, mais aussi sur le motif tiré de ce que les conditions d'accueil de celui-ci en France seraient, compte tenu notamment des ressources et des conditions de logement de l'adoptant, contraires à son intérêt.
6. Si les jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes produisent, sauf dans la mesure où ils impliquent des actes d'exécution matérielle sur des biens ou de coercition sur des personnes, leurs effets en France indépendamment de toute déclaration d'exequatur, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de ne pas fonder sa décision sur des éléments issus d'un jugement étranger qui révélerait l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
7. Aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 7, paragraphe 1, de la même convention : " L'enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux. " Aux termes de l'article 21 de la même convention : " Les États parties qui admettent et/ou autorisent l'adoption s'assurent que l'intérêt supérieur de l'enfant est la considération primordiale en la matière et : / a - veillent à ce que l'adoption d'un enfant ne soit autorisée que par les autorités compétentes, qui vérifient, conformément à la loi et aux procédures applicables et sur la base de tous les renseignements fiables relatifs au cas considéré, que l'adoption peut avoir lieu eu égard à la situation de l'enfant par rapport à ses père et mère, parents et représentants légaux et que, le cas échéant, les personnes intéressées ont donné leur consentement à l'adoption en connaissance de cause, après s'être entourées des avis nécessaires ; / b - reconnaissent que l'adoption à l'étranger peut être envisagée comme un autre moyen d'assurer les soins nécessaires à l'enfant, si celui-ci ne peut, dans son pays d'origine, être placé dans une famille nourricière ou adoptive ou être convenablement élevé ; / c - veillent, en cas d'adoption à l'étranger, à ce que l'enfant ait le bénéfice de garanties et de normes équivalant à celles existant en cas d'adoption nationale ; / d - prennent toutes les mesures appropriées pour veiller à ce que, en cas d'adoption à l'étranger, le placement de l'enfant ne se traduise pas par un profit matériel indu pour les personnes qui en sont responsables ; / e - poursuivent les objectifs du présent article en concluant des arrangements ou des accords bilatéraux ou multilatéraux, selon les cas, et s'efforcent dans ce cadre de veiller à ce que les placements d'enfants à l'étranger soient effectués par des autorités ou des organes compétent ".
8. La conception française de l'ordre public international suppose que le consentement à l'adoption d'un enfant soit donné par son représentant légal. Or il ressort des mentions du jugement du 24 février 2021 du tribunal de grande instance de Nyong et So'O au Cameroun, prononçant l'adoption plénière de l'enfant Françoise Pascale Mbarga Zambo par M. D A et Mme C B épouse A, que les parents biologiques de l'enfant ont donné leur consentement par acte notarié à l'adoption plénière de leur fille par les époux A. Dès lors, c'est par une inexacte appréciation des faits de l'espèce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fondé sa décision sur l'absence de déclaration d'adoptabilité de l'enfant.
9. Le principe de subsidiarité, énoncé au b de l'article 21 précité de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, relève également de la conception française de l'ordre public international. Ce principe de subsidiarité n'exclut pas qu'une adoption internationale soit conforme à l'intérêt supérieur de l'enfant, alors même qu'une famille appropriée serait susceptible de l'accueillir dans son pays d'origine, lorsque l'adoption est demandée par des parents de l'enfant. Si la requérante soutient être la tante du père de l'enfant Françoise Pascale Mbarga Zambo, avant de préciser que le père de celui-ci, grand-père de l'enfant, était son cousin, à supposer que ce lien de filiation soit établi, il ressort des mentions du jugement du 24 février 2021 que les époux A, seuls requérants à l'instance, ont justifié leur demande en précisant qu'ils sont mariés depuis l'année 2020, qu'ils sont âgés de 81 ans et 70 ans et n'ont pas eu d'enfant ensemble, que Mme A " a voulu que l'élue soit sa nièce " et que les parents de l'enfant ont donné leur consentement à cette adoption. Si le jugement procède ensuite à la vérification des ressources matérielles des époux A, il ne ressort d'aucune de ses mentions que la décision de confier l'enfant à des tiers serait née du constat que l'enfant ne pourrait être convenablement élevée dans son pays d'origine auprès de sa famille et qu'il serait dans son intérêt supérieur, au vu de sa situation et de celle de ses parents au Cameroun, de quitter sa famille et son pays pour se rendre à l'étranger auprès d'une parente. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission a opposé la méconnaissance par la décision d'adoption du principe de subsidiarité de l'adoption internationale, et a, par suite, considéré cette décision d'adoption contraire à la conception française de l'ordre public international.
10. Il ressort des pièces du dossier que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de la méconnaissance du principe de subsidiarité de l'adoption internationale. Il s'ensuit que les moyens de la requête tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur d'appréciation entachant la décision litigieuse doivent être écartés.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
12. Si la requérante soutient que la décision de refus de délivrance d'un visa à l'enfant Françoise Pascale Mbarga Zambo porte une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au sens des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents, que la venue en France de l'enfant dans le cadre de l'adoption plénière décidée par la justice camerounaise est contraire à la conception française de l'ordre public international. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant, âgée de seize ans à la date de la décision litigieuse et résidant au Cameroun depuis sa naissance, entretiendrait avec Mme A des liens familiaux anciens, intenses et stables. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 29 septembre 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions accessoires :
14. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter par voie de conséquence les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026