jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2213848 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées les 21 octobre et 3 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Renard, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 16 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de procéder à un nouvel examen de sa situation aux fins notamment de délivrance d'un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée l'empêche de poursuivre sa formation professionnelle au sein de la MFR Saint-Michel-Mont-Mercure initiée en septembre 2022 qui doit se dérouler en une année et l'empêche d'exécuter le contrat d'apprentissage dont il dispose au sein de la société St Gilles Sud afin d'occuper un poste de boulanger, société qui sera contrainte de suspendre son contrat ; elle a, pour le moment, placé le requérant en congés, mais elle sera contrainte de suspendre l'exécution du contrat d'apprentissage si la situation administrative de Monsieur A ne se résout pas rapidement. Il ne pourra pas obtenir son diplôme faute de réussir son apprentissage ; c'est avec cet apprentissage qu'il dispose de moyens d'existence suffisants et d'un logement alors que de nombreux témoignages démontrent qu'il suit sa formation avec sérieux ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* l'autorité signataire était incompétente pour la prendre ;
* elle est insuffisamment motivée ;
* la procédure qui a été suivie est irrégulière dès lors que l'autorité préfectorale n'a pas saisi pour avis la commission du titre de séjour ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressé concernant ses documents d'état civil et concernant son jugement supplétif alors que son état civil et sa minorité n'ont été remis en cause ni par le procureur de la République ni par le juge aux affaires familiales ni par les services de l'aide sociale à l'enfance ; il démontre le caractère réel et sérieux de sa formation ; il démontre avoir fixé sur le territoire français le centre de ses attaches personnelles et matérielles qui sont suffisamment intenses, stables et anciennes et faire preuve d'une grande volonté d'insertion dans la société française ;
* elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'administration ne démontre pas le caractère irrégulier ou frauduleux des actes qu'il a produits ; elle ne démontre pas l'irrecevabilité du jugement supplétif ;
* elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions posées par les dispositions précitées pour se voir délivrer le titre qu'il sollicite : il l'a sollicité l'année de son dix-huitième anniversaire, il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à l'âge de quinze ans ; il démontre le caractère réel et sérieux de sa formation ; il démontre l'intensité, la stabilité, l'ancienneté des attaches personnelles qu'il a développées en France, ainsi que sa volonté d'intégration ;
* elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il dispose sur le territoire français du centre de ses attaches personnelles et qui ne sont pas de même nature que celles de son pays d'origine ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation scolaire, sociale et professionnelle compte tenu notamment du fait qu'il est entré en France à l'âge de quinze ans, qu'il a été pris en charge par l'ASE avant ses seize ans, qu'il démontre le suivi de ses études, qu'il dispose d'un réseau dense de relations sociales alors qu'il n'a plus aucune attache dans son pays d'origine, qu'il est intégré en France avec une maitrise de la langue française, et ce sans constituer une menace pour l'ordre public ;
Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : le contrat d'apprentissage de M. A est récent et fait suite à un échec en CAP de maçonnerie. Il ressort par ailleurs de l'ensemble du dossier que l'intéressé a présenté à deux reprises des documents contrefaits, en 2020 et 2022 ; tous les éléments qui dérivent de ces documents ne peuvent être tenus pour établis et en particulier son âge ;
- aucun des moyens soulevés par M. A n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 octobre 2022 sous le numéro 2213853 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2022 à 14 heures :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- et les observations de Me Lejosne, substituant Me Renard, avocat de M. A, en sa présence.
La clôture de l'instruction a été reportée au 8 novembre 2022 à 10h00.
Une note en délibéré, présentée pour le requérant, a été enregistrée le 7 novembre 2022 à 18h36 et a été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 3 juin 2004, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 2 janvier 2020. Par un jugement du 7 février 2020, le juge des enfants du tribunal judiciaire de La Roche-sur-Yon l'a confié au conseil départemental de la Vendée. Par la suite, il a sollicité auprès du préfet de la Vendée la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 16 septembre 2022, le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
5. Il résulte de l'instruction que le refus de titre de séjour opposé à M. A le place en situation irrégulière et dans une grande précarité matérielle alors qu'il a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance depuis son arrivée en France, et fait obstacle à la poursuite de son intégration scolaire et professionnelle, l'intéressé, actuellement en deuxième année de CAP Boulangerie, ayant signé un contrat d'apprentissage avec une entreprise de Saint-Gilles-Croix-de-vie (Vendée) jusqu'au 18 juillet 2023. Ainsi, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, telle que rappelée au point 4 doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
6. En l'état de l'instruction et au vu des éléments apportés à l'audience, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont procèderait la décision litigieuse au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
7. Il résulte de tout ce qui précède que, les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 16 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. La présente décision implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la situation administrative de M. A et que lui soit délivrée, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision à la suite de ce réexamen ou jusqu'à ce qu'il ait été statué par le tribunal sur la requête au fond. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Vendée d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Renard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à son profit d'une somme de 800 euros (huit cents euros).
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2r : L'exécution de la décision du 16 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de réexaminer la situation administrative de M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Article 4 : L'Etat versera à Me Renard, avocat de M. A, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Renard.
Copie en sera adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 10 novembre 2022.
Le juge des référés,
L. Bouchardon
Le greffier,
J-F. MerceronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026