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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213884

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213884

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Asile - 15 jours
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, Mme A D, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2022 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a décidé de son transfert aux autorités autrichiennes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Roulleau en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision de transfert a été prise en méconnaissance du §1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, à tout le moins, elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard tant de la situation médicale des différents membres de sa famille, qu'à raison de l'absence de traitement de sa demande d'asile par les autorités autrichiennes pendant huit ans ;

- elle méconnaît l'article 3-2 du règlement UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Le préfet de Maine-et-Loire a communiqué des pièces enregistrées le 7 novembre 2022.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Martel, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 572-6 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport H Martel, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 7 novembre 2022 à 14 heures 30.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante arménienne née le 17 septembre 1969, déclare être entrée irrégulièrement en France le 23 août 2022. Le 26 août 2022, elle a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture du Maine-et-Loire. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé que l'intéressée avait précédemment sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes, le préfet a, le 5 septembre 2022, saisi les autorités autrichiennes d'une demande de reprise en charge H D. Ces autorités ont, le 12 septembre 2022, explicitement fait connaître leur accord à une reprise en charge de l'intéressée. Par un arrêté du 5 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de remettre Mme D aux autorités autrichiennes. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté a été signé par M. C E, adjoint à la cheffe du pôle régional Dublin. D'autre part, le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 31 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à M. C E, adjoint à la cheffe du pôle régional Dublin à la direction de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers et H F, cheffe du pôle, dont il n'est pas établi qu'ils n'étaient pas absents ou empêchés, à l'effet de signer les décisions d'application du règlement " Dublin III " prises à l'égard des ressortissants étrangers, notamment les décisions de transfert. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 2, du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17, paragraphe 1, du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

4. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

6. L'Autriche est un pays partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités autrichiennes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

7. Pour soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait dû faire usage de la clause humanitaire prévue au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, Mme D se prévaut de l'état de santé de son fils qui souffre d'une affection psychiatrique nécessitant des soins, de sa fille mineure qui souffre d'un stress post-traumatique, d'une phobie scolaire et d'une anxiété majeure à l'évocation d'un retour en Autriche, ainsi que de sa mère qui souffre d'une arthrose rachidienne sévère entraînant des troubles de la marche. Elle ajoute qu'en dépit d'une durée de présence de huit années en Autriche sa demande d'asile n'a pas été traitée. Toutefois, d'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le fils majeur H D ainsi que sa mère font également l'objet d'une procédure de transfert vers l'Autriche. En outre, par un jugement du 27 octobre 2022, le tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté de transfert pris à son encontre. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que Anna, la fille H D, souffre d'anxiété et de phobie scolaire, elle produit de nombreux certificats médicaux établissant qu'elle a fait l'objet d'une prise en charge médicale adaptée en Autriche. Enfin, alors que sa demande d'asile a été formée dans ce pays le 11 décembre 2014, elle n'établit pas qu'elle n'aurait pas été instruite conformément aux exigences de la convention de Genève et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que sa fille ne pourrait bénéficiait, dans ce pays, d'une prise en charge médicale dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. La requérante n'est dans ces conditions, pas fondée à soutenir que l'arrêté ordonnant son transfert vers l'Autriche serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des article 3 et 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête H D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête H D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G, à Me Roulleau et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022 .

La magistrate désignée,

C. MARTELLa greffière,

M.C. MINARD

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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