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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213886

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213886

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Asile - 15 jours
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, Mme B D, représentée par Me Roulleau, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert vers l'Autriche ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que le versement à Me Roulleau, son avocat, de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité compétente ;

- il a été pris en méconnaissance des articles 3 et 17 du règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

Le préfet de Maine-et-Loire a produit des pièces, enregistrées le 4 novembre 2022 à 8h38.

Par une décision du 25 octobre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle (section administrative) près le Tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme D à l'aide juridictionnelle totale.

Le président du tribunal a désigné M. Huin, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 4 novembre 2022 à 14 heures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante arménienne née le 18 décembre 1949, déclare être entrée en France le 23 août 2022. Le 26 août 2022, elle a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de Maine-et-Loire. Suite au relevé de ses empreintes décadactylaires, il a été constaté qu'elle avait, le 11 décembre 2014, demandé la protection internationale aux autorités autrichiennes. Consécutivement à leur saisine par le préfet, les autorités autrichiennes ont accepté le 14 septembre 2022 de reprendre en charge Mme D. Par un arrêté du 5 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de remettre Mme D à ces autorités. Par sa requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E F, adjoint à la cheffe du pôle régional Dublin de la préfecture de Maine-et-Loire, qui bénéficie d'une délégation du préfet de ce département du 31 aout 2022, régulièrement publiée le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer les décisions prises en application du règlement (UE) n° 604/2013, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du pôle. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 2, du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne disposent que : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

4. Si Mme D soutient que sa demande d'asile déposée en 2014 en Autriche n'a jamais été complément étudiée et qu'elle ne bénéficie pas d'une prise en charge adaptée de cette demande, elle n'apporte toutefois aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ces allégations. D'autre part, si elle soutient qu'elle souffre d'une arthrose rachidienne limitant ses facultés de déplacements ainsi que d'une pancréatite chronique et d'une problématique gynécologique nécessitant un suivi spécialisé, elle n'établit toutefois pas que son état de santé serait incompatible avec son transfert en Autriche ni qu'elle ne pourrait y bénéficier d'un suivi médical adapté. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que les petits-enfants de la requérante qui ont également déposé une demande d'asile en Autriche puis en France, bénéficient d'un suivi médical, il n'est toutefois pas établi qu'ils ne pourraient pourrait y bénéficier d'un suivi médical adapté en Autriche. Par suite, cette circonstance ne permet pas d'établir qu'en désignant l'Autriche comme Etat responsable de sa demande, le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3-2 et 17 du règlement " Dublin III " doit, par suite, être écarté.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. En vertu de ces dispositions, le juge ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme D doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme B D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. C

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies

de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à

l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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