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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213938

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213938

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I -Par une requête, enregistrée sous le numéro 2213938 le 21 octobre 2022, et un mémoire en réplique enregistré le 20 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois, et à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour, dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2023.

II -Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2213940 le 21 octobre 2022 et le 13 juin 2023, Mme F épouse A, représentée par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois, et à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour, dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de Mme A.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant faute de demande sur ce fondement ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour Mme A a été enregistré le 20 juillet 2023.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant kosovar né en 1979, et Mme D C épouse A, ressortissante serbe née en 1982, déclarent être entrés irrégulièrement en France le 26 septembre 2014. Leurs demandes de reconnaissance du statut de réfugié ont été rejetées par deux décisions du 20 mars 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Leurs recours contre ces décisions ont été rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 16 octobre 2015. Le 24 décembre 2015, M. et Mme A ont fait l'objet de deux arrêtés leur faisant obligation de quitter le territoire français. Le 14 décembre 2017, M. A a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'une carte de séjour pour raison de santé sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Il a été fait droit à sa demande et M. A a bénéficié d'un titre de séjour sur ce fondement valable jusqu'au 21 février 2018. Le 6 mars 2018, Mme A a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le double fondement des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 28 juin 2018, puis, par un deuxième arrêté, édicté le 27 septembre 2019, le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. En parallèle, M. A a sollicité, le 22 mai 2018, le renouvellement de son titre de séjour pour raison de santé. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 27 septembre 2019, portant, en outre, obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 4 novembre 2020, le tribunal administratif de Nantes a annulé les arrêtés du 28 juin 2018 et 27 septembre 2019 pris à l'encontre de Mme A, et a annulé la décision faisant obligation de quitter le territoire français pris à l'encontre de M. A par un arrêté du 27 septembre 2019, au motif que ces décisions portaient une atteinte disproportionnée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale et méconnaissaient l'intérêt supérieur de leur enfant, E A, née au mois de mars 2018. Il a ainsi été enjoint au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de leur situation. Le préfet a, à la suite de ce réexamen, délivré à M. et Mme A des cartes de séjour temporaires portant la mention " vie privée et familiale " valables jusqu'au 10 mai 2022. Le 22 avril 2022, M. et Mme A ont sollicité du préfet le renouvellement de leurs deux titres de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Leurs demandes ont été rejetées par deux arrêtés du 6 octobre 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré. M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés du 6 octobre 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2213938 et n° 2213940 concernent les membres d'un même couple, portent sur des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

4. Si les intéressés soutiennent que le préfet de Maine-et-Loire aurait dû examiner leurs demandes de renouvellement de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils ne produisent toutefois pas leurs demandes de titre de séjour et ne démontrent pas avoir déposé une demande sur un tel fondement. Par ailleurs, il ressort des motifs des arrêtés attaqués que le préfet n'a pas examiné spontanément si les intéressés pouvaient prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de cet article. Les requérants ne peuvent, par suite, utilement soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu ces dispositions en refusant de les admettre exceptionnellement au séjour, en application des dispositions de cet article.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. M. et Mme A se prévalent de leur présence en France depuis huit ans à la date de la décision attaquée, ainsi que de la scolarisation de leur fille, E A née au mois de mars 2018, et produisent au soutien de leurs dires le certificat de scolarité de leur enfant en classe de moyenne section de maternelle au titre de l'année 2022-2023. Toutefois, les deux membres du couple faisant l'objet d'un refus de titre assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la famille n'a pas vocation à rester sur le territoire français. En outre, eu égard au jeune âge de leur enfant, dont la garde leur a désormais été rendue, et du caractère encore récent de sa scolarisation, rien ne s'oppose à ce que leur vie familiale se poursuive hors de France. Enfin, si les requérants se prévalent de leur réelle intégration par le biais notamment de l'activité professionnelle de Mme A et de l'activité associative de M. A, et produisent au soutien de leurs dires en particulier les bulletins de salaire de Mme A pour les mois de février à septembre 2022, et l'avenant, en date du 1er juin 2022, au contrat de travail à durée déterminée d'insertion du 7 février 2022 renouvelant son contrat de travail pour une durée de six mois au sein de l'association " régie de quartiers d'Angers ", ainsi qu'une attestation, au demeurant non-circonstanciée, de participation de M. A aux activités de l'association Fabrik Café, ni l'insertion professionnelle récente et précaire de Mme A, ni l'engagement associatif de M. A ne sauraient suffire à établir l'existence de liens intenses, stables et anciens en France tels qu'il serait portée une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale des intéressés. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui a été dit, les moyens tirés par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, que M. et Mme A invoquent à l'encontre des décisions les obligeant à quitter le territoire français, ne peuvent qu'être écartés.

8. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement.

9. En dernier lieu, compte tenu du jeune âge de la fille de G et Mme A et de la circonstance que les deux membres du couple font l'objet d'une mesure d'éloignement, la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français ne méconnait pas l'intérêt supérieur de l'enfant du couple et ne méconnait donc pas les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que les décisions fixant le pays de destination devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et des décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la circonstance que M. A et son épouse soient de nationalités différentes n'implique pas, par elle-même, que la cellule familiale ne puisse se reconstituer hors de France, notamment en Serbie ou au Kosovo, dès lors qu'il n'est nullement établi ni même allégué que les intéressés ne pourraient y être légalement admissibles ou qu'ils y encouraient des risques. En outre, il n'est fait état d'aucun obstacle à la scolarisation de leur jeune fille dans l'un ou l'autre des pays mentionnés par les arrêtés contestés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 12 du jugement.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A et de Mme A doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2213938 et n° 2213940 de M. A et Mme C épouse A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme D C épouse A, à Me Seguin et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2213940

cnd

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