mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2213955 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 octobre 2022, 17 mars 2023 et 22 mars 2023, M. A D, représenté par Me Renard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durup de Baleine, président-rapporteur,
- les observations de Me Lejosne, avocate de M. D, substituant Me Renard,
- les observations de M. D.
Une note en délibéré, enregistrée le 31 mai 2023, a été présentée par M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant arménien né le 1er septembre 1995, est entré sur le territoire français au mois de février 2013, dans des conditions irrégulières. La demande d'asile qu'il avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 février 2017 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 14 mai 2018. Avant comme après l'intervention de ces décisions, M. D a fait l'objet de mesures d'obligation de quitter le territoire français prises à son encontre par le préfet de la Loire-Atlantique ou de la Vendée, en dépit desquelles il s'est maintenu sur ce territoire. Il est le père d'un enfant né à Saint-Herblain le 22 juillet 2020, dont la mère est une ressortissante française née en 1999 et qu'il a reconnu le 13 février 2020. Se prévalant de cette circonstance, il a, le 10 juin 2022, sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté du 16 septembre 2022 dont il demande l'annulation, ce préfet a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue de ce délai.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 5 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département le même jour, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi des étrangers en situation irrégulière et portant interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour au requérant, ce dont résulte que cette décision est régulièrement motivée. Conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est, par suite, régulièrement motivée. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 721-3 de ce code, constate que l'intéressé est de nationalité arménienne et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office est, de ce seul fait, régulièrement motivée.
4. Il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique se serait abstenu d'examiner la situation personnelle de M. D et aurait, ce faisant, méconnu l'étendue de sa compétence d'appréciation.
5. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur ". Enfin, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, le 2 janvier 2017, le tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon a condamné le requérant à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans en répression de faits de violence par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis du 1er avril 2016 au 14 août 2016, de menace de crime contre les personnes pendant la même période et de violence aggravée le 15 août 2017. Cette peine a été exécutée le 21 août 2017 et, le 18 juillet 2019, le juge de l'application des peines a prononcé une révocation totale du sursis avec mise à l'épreuve. Par un jugement du 5 septembre 2017, le tribunal correctionnel de Nantes a condamné le requérant à une peine de quatre mois d'emprisonnement en répression d'une infraction de vol en réunion commise le 26 mars 2016. Par un arrêt du 28 avril 2021, la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Poitiers l'a condamné à une peine de trois ans d'emprisonnement en répression d'infractions commises le 2 janvier 2021 de conduite d'un véhicule sans permis, de violence aggravée en récidive et de refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité. Le requérant, qui est détenu au centre pénitentiaire de Nantes depuis le 7 janvier 2021, a également été condamné le 27 septembre 2018 à une peine de suspension de permis de conduire en répression de faits de délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre à moteur commis le 28 avril 2018 et, le 29 octobre 2018, à une peine d'amende en répression du refus, le 15 août 2018, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter. Compte tenu de la nature, de la gravité et du caractère réitéré des infractions commises par le requérant, comme du caractère encore récent de certaines dont en particulier celles ayant donné lieu à l'arrêt susmentionné du 28 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a pu légalement, sans commettre d'erreur d'appréciation et par une exacte application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public et, pour cette raison, lui refuser la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 423-7 de ce code et ce, alors même que l'intéressé s'est bien comporté en détention et s'est acquitté ou continue de s'acquitter des condamnations pécuniaires mises à sa charge, un tel comportement étant celui normalement attendu d'une personne condamnée à une telle peine d'emprisonnement et à une telle obligation de réparation et ne suffisant pas, eu égard en particulier à la réitération des infractions commises par l'intéressé, à écarter toute menace pour l'ordre public. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur le motif tiré de ce que cette présence constitue une menace pour l'ordre public. Par suite et en particulier, n'est pas de nature à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué la circonstance que le préfet a estimé, à tort selon le requérant, que ce dernier déclare être présent sur le territoire depuis neuf ans et demi mais n'en apporte pas la preuve.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé sur le territoire français au début de l'année 2013 et que son séjour en France, d'une durée d'environ neuf ans et demi à la date de l'arrêté attaqué, y est ancien. Toutefois, il a fait l'objet les 15 avril 2014, 11 septembre 2015 et 17 juillet 2018, de mesures portant obligation de quitter le territoire français, en dépit desquelles il s'est irrégulièrement maintenu sur ce territoire. Il en résulte qu'il ne peut se prévaloir d'une situation de séjour stable en France. Si, comme il a été dit, il est le père d'un enfant né en France le 22 juillet 2020 et dont la mère est une ressortissante française, de sorte que cet enfant est de nationalité française, la réalité d'une communauté de vie habituelle avec cet enfant et sa mère avant l'incarcération de l'intéressé au mois de janvier 2021 ne ressort pas du dossier, une éventuelle communauté de vie ayant nécessairement pris fin du fait de cette incarcération, plus d'un an et demi avant l'intervention de l'arrêté attaqué. Si cette ressortissante française rendait visite au requérant à la maison d'arrêt de la Roche-sur-Yon ou au centre pénitentiaire de Nantes jusqu'au mois d'octobre 2021, il ressort des pièces présentées que ces visites ont cessé après le 9 octobre 2021, les visites de son fils, accompagné par un ou des membres de la famille du requérant mais non la mère, s'étant ensuite poursuivies. Le requérant établit participer effectivement à l'entretien de son fils en prenant en charge depuis le début de l'année 2021 diverses dépenses exposées dans l'intérêt de cet enfant ainsi qu'en versant mensuellement la somme de 150 euros à sa mère depuis le mois de décembre 2021. Toutefois, l'enfant réside avec sa mère, qui en assure à titre habituel l'entretien, la garde et l'éducation. L'arrêté attaqué ne place pas l'enfant et sa mère dans l'impossibilité de rendre visite au requérant ailleurs qu'en France comme de conserver des contacts fréquents et réguliers avec lui. N'étant pas assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français, il ne fait pas non plus obstacle à ce que le requérant sollicite des visas de court séjour pour se rendre sur ce territoire. En outre, si le requérant se prévaut de la présence en France de ses parents ainsi que de ses frères et sœurs, il ressort toutefois du dossier que son père, ressortissant arménien né en 1961, a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 16 octobre 2020 et qu'il en va de même de sa mère, ressortissante arménienne née en 1972. Sa sœur, ressortissante arménienne née en 1998, a fait l'objet d'une décision de même nature le 16 octobre 2020 et il en va de même de son frère majeur, ressortissant arménien né en 2000. Il en résulte que le requérant ne peut valablement se prévaloir d'attaches familiales anciennes, intenses et stables en France. Comme il a été dit, le préfet a pu valablement estimer que la présence du requérant dans ce pays constitue une menace pour l'ordre public. Si M. D fait état d'un bon comportement de sa part en détention, un tel comportement est, toutefois, celui normalement attendu de toute personne incarcérée. Compte tenu de l'ignorance par M. D des mesures d'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet en 2014, 2015 et 2018, des infractions dont il a été l'auteur en 2016, 2018 et 2021, comme de l'absence d'établissement régulier et stable en France de membres de sa famille arménienne, il n'est pas fondé à se prévaloir d'une insertion satisfaisante dans ce pays, en dépit des circonstances qu'il y est arrivé étant mineur, dans sa dix-huitième année néanmoins, et qu'il y séjourne depuis de nombreuses années. Enfin, le requérant ne justifie pas d'une impossibilité de poursuivre son existence dans le pays dont il est le ressortissant et où il a vécu pendant près de dix-huit ans. Dès lors, au regard de l'ensemble des circonstances caractérisant la situation personnelle de M. D en France, le préfet de la Loire-Atlantique, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces mesures ont été prises. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à prétendre que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".
10. Si le requérant justifie contribuer effectivement à l'entretien de son fils de nationalité française né le 22 juillet 2020, c'est, néanmoins, seulement depuis le début de l'année 2021, mais non depuis la naissance de cet enfant, ni depuis au moins deux ans à la date de l'arrêté attaqué. En outre et dès lors en particulier que ne ressort pas du dossier la réalité d'une communauté de vie avec la mère de l'enfant dont notamment l'acte de naissance fait mention d'un domicile de cette femme différent de celui du requérant, il n'établit pas contribuer effectivement à l'éducation de cet enfant depuis le 22 juillet 2020 ou au moins depuis le 26 septembre 2020, deux ans avant cet arrêté. Il en résulte que les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne faisaient pas obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.
11. Si le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale, il se borne, à l'appui ce moyen, à faire état de diverses circonstances dont il se prévaut à l'appui des moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens devant être écartés, il en va de même de celui tiré de l'erreur d'appréciation ainsi invoquée.
12. Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
13. La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. D, décision qui n'est pas une mesure d'éloignement, ne remet pas en cause les conditions d'existence de son fils né le 22 juillet 2020, telles que ces conditions peuvent être constatées à l'époque de l'arrêté attaqué. Cet enfant réside avec sa mère au domicile de cette dernière, qui en assure à titre habituel l'entretien, la garde et l'éducation. Si le requérant participe financièrement à l'entretien de son fils, cette décision ne fait pas obstacle à la poursuite de cette participation, qui a débuté alors même que le requérant ne détenait pas de titre de séjour mais faisait l'objet de trois obligations de quitter le territoire français. Elle ne fait pas davantage obstacle à ce que l'enfant continue à rendre visite à son père dans l'établissement où il est détenu, ainsi d'ailleurs qu'il a continué de le faire après l'intervention de l'arrêté attaqué. Dès lors, cette décision, qui n'expose pas cet enfant à un risque particulier pour sa santé, sa sécurité, son éducation ou sa moralité, n'en méconnaît pas l'intérêt supérieur.
14. L'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. Toutefois, à la date de l'arrêté attaqué, aucune décision de justice n'est intervenue confiant au requérant l'enfant né le 22 juillet 2020 au titre de l'autorité parentale que M. D détient, d'ailleurs de droit, sur cet enfant, ou déterminant les conditions et modalités de l'exercice de cette autorité. A cet égard, le requérant ne peut utilement se prévaloir du jugement de la juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Nantes du 16 mars 2023 rendu sur la requête de la mère de cet enfant, décision de justice postérieure à l'arrêté attaqué.
15. A l'époque de l'arrêté attaqué, en l'absence, compte tenu de l'emprisonnement du requérant, de communauté de vie avec la mère de l'enfant et ce dernier, cet enfant réside au domicile de sa mère, qui en assure quotidiennement l'entretien, la garde et l'éducation. Le requérant participe effectivement à l'entretien de cet enfant, en versant en principe mensuellement à la mère une somme de 150 euros, mais la poursuite d'une telle contribution n'est pas subordonnée à une présence de M. D sur le territoire français, ni ne nécessite une telle présence. Il ressort néanmoins du dossier que, depuis le début de la détention du requérant au mois de janvier 2021, l'enfant, accompagné de sa mère ou de membres de la famille arménienne du requérant, lui rend visite à l'occasion de parloirs au moins une fois par semaine. Ce faisant, le requérant participe effectivement et habituellement à l'éducation de son enfant, avec lequel il conserve des liens étroits. Compte tenu de la nationalité française de cet enfant comme de la nationalité et de la situation personnelle de sa mère, il ne peut accompagner le requérant hors de France, en particulier en Arménie, et le préfet n'est pas fondé, en fait, à faire valoir qu'il n'existe aucun obstacle à ce que l'enfant vienne rendre visite à son père en Arménie. Il en résulte que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ferait obstacle au maintien de liens effectifs et habituels entre cet enfant et son père comme à toute participation de ce dernier à l'éducation de son fils. Dès lors, cette obligation méconnaît l'intérêt supérieur de cet enfant et le requérant est fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet a méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office. Conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'enjoindre au préfet de statuer à nouveau sur le cas du requérant, dans un délai qu'il y lieu de fixer en l'espèce à deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Renard de la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 16 septembre 2022 est annulé en tant qu'il fait obligation à M. A D de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de statuer à nouveau sur le cas de M. A D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant, dès cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Renard la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Renard.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
Le président-rapporteur,
A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMASLa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026