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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214252

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214252

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL BENGONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022, Mme A D, représentée par Me Bengono, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens communs :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît des articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne née le 8 février 1987, déclare être entrée irrégulièrement en France le 18 décembre 2019. Elle a été définitivement déboutée du droit d'asile par une décision en date du 9 mars 2021 de la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande de réexamen a également été rejetée. Par un courrier du 29 juin 2021, elle a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou, à défaut, d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de cet accord. Par un arrêté du 30 septembre 2022, dont Mme D demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré.

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

2. L'arrêté contesté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire et fixation du pays de renvoi a été signé par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. A la date de cet arrêté, l'intéressé disposait, en vertu d'un arrêté du préfet de la Sarthe en date du 16 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans ce département le 19 avril suivant, d'une délégation de signature lui permettant de signer au nom du préfet les décisions telles que celles en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Pour refuser de délivrer le certificat de résidence algérien sollicité sur le fondement des stipulations l'article 6-7 de l'accord franco-algérien, le préfet de la Sarthe s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 8 novembre 2021 qui a estimé que, si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est notamment atteinte du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et d'un cancer du col de l'utérus pour lequel elle suit un traitement médical périodique. Toutefois, les pièces médicales produites sont relativement anciennes et n'apportent pas d'éléments suffisamment précis et actuels indiquant à quels soins ou à quels médicaments elle n'aurait pas effectivement accès dans son pays d'origine. En outre, le certificat médical produit par la requérante, établi le 6 janvier 2020 par le Dr C, indique que " dans son pays d'origine, l'accès au traitement semble impossible " ne suffit pas, compte tenu des autres éléments versés au dossier, à infirmer l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Mme D, qui est entrée en France en 2019, se prévaut de la présence sur le territoire de son époux et de ses trois enfants mineurs. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, son époux était en situation irrégulière et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. De plus, si Mme D se prévaut de son état de santé, ainsi qu'il a été dit précédemment, il n'est pas démontré que l'intéressée ne pourrait bénéficier, dans son pays d'origine, d'un traitement approprié compte tenu des pathologies dont elle est atteinte et de l'offre de soins dans ce pays. Par ailleurs, si Mme D se prévaut de l'état de santé de deux de ses enfants, à savoir ses fils E B, qui souffre d'obésité morbide sévère pour laquelle il est suivi quotidiennement à l'hôpital, et Mosaabe B, qui est atteint de trisomie 21 et bénéficie d'un suivi médical hebdomadaire par plusieurs spécialiste, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, qui n'a pas sollicité une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant d'enfant malade, ne démontre pas que ses enfants ne pourraient pas bénéficier d'un traitement approprié à leurs pathologies en Algérie. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans ce pays, où les enfants de l'intéressée pourront poursuivre leur scolarité. Enfin, la requérante ne justifie pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de son existence. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Dès lors, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet de la Sarthe a refusé d'admettre Mme D au séjour en lui délivrant une carte de résident algérien portant la mention " vie privée et familiale ".

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Si Mme D fait valoir que des documents officiels algériens mentionnent une rupture importante en approvisionnement de plusieurs produits pharmaceutiques, ainsi qu'il a été dit précédemment, elle ne démontre pas que ses enfants ne pourraient pas personnellement bénéficier d'un traitement approprié à leurs pathologies en Algérie. En tout état de cause, la décision en litige, portant refus d'admission au séjour, n'a pas pour effet de séparer l'intéressée de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut être accueilli.

11. En dernier lieu, Mme D ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits à leurs ressortissants. Est également inopérant le moyen tiré de la violation des dispositions qui figuraient à l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'objet de la décision attaquée.

Sur la légalité des autres décisions contestées :

12. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour pour contester la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays de renvoi prises à son encontre.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Bengono et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

C. CANTIÉ L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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