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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214321

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214321

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantNGUIYAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Nguiyan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours formé contre la décision du consulat de France à Yaoundé (Cameroun) qui a refusé de lui délivrer un visa de long séjour pour études ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la commission est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle n'est pas motivée malgré sa demande ;

- la décision de la commission est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance de l'instruction du 4 juillet 2019 et viole la directive UE 2006/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 puisque le refus ne se fonde sur aucun des motifs visés par l'instruction précitée ;

- la décision de la commission est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son projet d'études est cohérent et sérieux.

Par ordonnance du 31 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 avril 2023 à 17h00.

Un mémoire en défense du ministre de l'intérieur et des outre-mer a été enregistré le 8 juin 2023 et non communiqué.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la directive UE 2006/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2008-1176 du 13 novembre 2008 ;

- l'instruction INTV1915014J du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rosier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.M. B A, ressortissant camerounais, a sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Yaoundé, la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant qui lui a été refusée. Saisie d'un recours contre cette décision, réceptionné le 22 août 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejette implicitement son recours et confirme le refus de visa. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, compte tenu des mentions indiquées sur l'accusé de réception transmis par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France au requérant, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont la décision se substitue à celle des autorités consulaires, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par ces autorités tirés, d'une part, de ce qu'il n'apporte pas la preuve qu'il dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de toute nature pendant son séjour en France et, d'autre part, qu'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. La décision vise également les articles L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5 et L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 et comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par ce mécanisme d'appropriation, la commission doit être regardée comme ayant spontanément communiqué les motifs de sa décision implicite. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, selon l'article 5 de la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair, l'admission d'un ressortissant d'un pays tiers à des fins d'études est soumise à des conditions générales, fixées par l'article 7, comme l'existence de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de subsistance durant son séjour ainsi que ses frais de retour et à des conditions particulières, fixées par l'article 11, telles que l'admission dans un établissement d'enseignement supérieur ainsi que le paiement des droits d'inscription. L'article 20 de la même directive, qui définit précisément les motifs de rejet d'une demande d'admission, prévoit qu'un Etat membre rejette une demande d'admission si ces conditions ne sont pas remplies ou encore, peut rejeter la demande, selon le f) du 2, " s'il possède des preuves ou des motifs sérieux et objectifs pour établir que l'auteur de la demande souhaite séjourner sur son territoire à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande son admission ".

4. En l'absence de dispositions spécifiques figurant au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une demande présentée pour l'octroi d'un visa de long séjour d'entrée en France pour y effectuer des études est notamment soumise aux instructions générales établies par le ministre chargé de l'immigration prévues par le décret du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas, en particulier son article 3, pris sur le fondement de l'article L. 311-1 de ce code. L'instruction applicable est, s'agissant des demandes de visas de long séjour en qualité d'étudiant mentionnés à l'article L. 312-2 de ce même code, l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, laquelle participe de la transposition de cette même directive.

5. Le point 2.1 de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études ", indique notamment : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France. ". Cette même instruction, en son point 2.2 intitulé " L'étranger doit justifier qu'il disposera de ressources suffisantes pour couvrir ses frais d'études ", indique : " L'étranger doit apporter la preuve qu'il dispose de moyens d'existence suffisants pour la durée de validité du visa de long séjour pour études. Ces ressources doivent être équivalentes, pour l'ensemble de la période concernée, au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français, soit 615 euros en 2019. ". En outre, il est indiqué au point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ".

6. Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé ou l'intéressée sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

7.Il ressort des pièces du dossier que M. A a validé, en 2018, un baccalauréat de l'enseignement secondaire série C " Mathématiques et sciences physiques " avec mention " passable " et soutient, sans l'établir par les pièces versées au dossier, être étudiant en troisième année du parcours d'ingénieur en génie civil à l'institut universitaire des sciences, des technologies et de l'éthique au Cameroun. Il fait valoir une lettre d'admission en 1ère année cycle ingénieur à l'université catholique de Lille - JUNIA pour l'année universitaire 2022-2023 sur le campus de Lille et dont la rentrée était initialement prévue le 1er septembre 2022, et au plus tard le 26 septembre 2022, et justifie d'un accord préalable d'inscription de Campus France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le requérant soutient que cette démarche s'inscrit dans la logique de son projet d'études pour se spécialiser en quatrième année en bâtiment et travaux publics afin d'obtenir en cinquième année son diplôme d'ingénieur, il ne justifie pas en quoi cette formation ne serait pas redondante avec celle qu'il suit actuellement alors qu'au surplus il n'établit pas avoir obtenu le diplôme qu'il prépare au Cameroun ou validé son année universitaire en cours. En tout état de cause, cette absence de justificatifs ne lui permet pas d'être admis à l'université catholique de Lille selon les termes même de la lettre du 19 avril 2022 relative à son admission en 1ère année cycle ingénieur. En outre, il ressort des termes même de la lettre du 19 avril 2022 qu'il n'a réglé qu'un acompte de 1 500 euros des frais de scolarité d'un montant total de 10 500 euros. En se bornant à justifier d'un virement irrévocable de 615 euros par mois correspondant " à ses frais de subsistance ", il n'établit pas disposer des ressources suffisantes pour régler le restant dû des frais de scolarité Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de droit. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce second motif.

8.Il résulte de ce qui précède de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

Le rapporteur,

P. ROSIER

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LEGOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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