vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2214326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | VERITE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, Mme D I, représentée par Me Vérité, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours formé contre la décision de l'ambassade de France en république démocratique du Congo qui a refusé de délivrer à ses enfants C, A, G E des visas de long séjour en qualité de membres de la famille d'une bénéficiaire de la protection subsidiaire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à ses trois enfants les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au profit de Me Vérité, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de la commission est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les actes d'état civil établissent l'identité des enfants et que leur filiation avec la requérante est établie par ses déclarations constantes et les éléments de possession d'état ;
- la décision de la commission viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'elle est séparée de ses trois enfants.
Mme I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 1er juin 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rosier, rapporteur ;
- et les observations de Me Vérité, avocate de la requérante.
Considérant ce qui suit :
1.Mme D I, ressortissante congolaise, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par décision du 2 novembre 2017 de la cour nationale du droit d'asile. Elle se déclare mère de trois enfants, les jeunes C, A, G E, ressortissants congolais, qui ont sollicité un visa de long séjour en qualité de membres de la famille d'une bénéficiaire de la protection subsidiaire auprès de l'ambassade de France en République démocratique du Congo qui a rejeté leurs demandes. Saisie d'un recours réceptionné, le 18 juillet 2022, contre cette décision, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a par une décision implicite rejeté le recours contre cette décision. Par la présente requête, Mme I demande au tribunal d'annuler la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2.En premier lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". Enfin, l'article L. 561-5 de ce code dispose que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".
3.Lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'une personne reconnue refugiée, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état-civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne réfugiée.
4.L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5.En cas de décision implicite et en l'absence de mémoire en défense de l'administration exposant devant le tribunal les motifs de cette décision, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont la décision se substitue à celle des autorités consulaires, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par ces autorités sur le fondement d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale soit, en l'espèce, que les déclarations de la requérante conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir des visas pour ses enfants allégués au titre de la réunification familiale.
6.Pour justifier de leur identité et de leur lien familial avec la requérante, Mme I a produit à l'appui des demandes de visa, pour Grace E née le 1er janvier 2005, un jugement supplétif d'acte de naissance rendu sur requête de M. E H par le tribunal pour enfants de F/B le 27 avril 2021 sous le n° RC 12.004/I, un certificat de non appel n° 1799/2021 et un acte de naissance n° 474 dressé le 1er juin 2021 par l'officier d'état civil de la commune de Ngiri-Ngiri pris en transcription de ce jugement et une copie intégrale d'acte de naissance certifiée conforme le 3 juin 2021, pour A E né le 2 août 2007, un jugement supplétif d'acte de naissance rendu sur requête de M. E H par le tribunal pour enfants de F/B le 27 avril 2021 sous le n° RC 12.005/I, un certificat de non appel n° 1800/2021 et un acte de naissance n° 473 dressé le 1er juin 2021 par l'officier d'état civil de la commune de Ngiri-Ngiri pris en transcription de ce jugement et une copie intégrale d'acte de naissance certifiée conforme le 3 juin 2021, et pour G E née le 5 mai 2010 un jugement supplétif d'acte de naissance rendu sur requête de M. E H par le tribunal pour enfants de F/B le 27 avril 2021 sous le n° RC 12.006/I, un certificat de non appel n° 1801/2021 et un acte de naissance n° 475 dressé le 1er juin 2021 par l'officier d'état civil de la commune de Ngiri-Ngiri pris en transcription de ce jugement et une copie intégrale d'acte de naissance certifiée conforme le 7 juin 2021. En l'absence de mémoire en défense, l'authenticité et la régularité de ces jugements et des actes produits ne sont pas sérieusement remis en cause. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que Mme I a de manière constante évoqué l'existence de ses enfants nés de son union libre avec M. E H lors de sa demande d'asile. Enfin, il est produit un jugement de délégation d'autorité parentale des trois enfants au profit de Mme I rendu sur requête de M. E H par le tribunal pour enfants de F/B le 2 juin 2021 sous le n° RC 12.103/I et une autorisation de sortie du territoire signée du père des enfants.
7.Au surplus, la requérante a versé aux débats des éléments de possession d'état nombreux, divers et probants, à savoir des photographies, des justificatifs de transferts d'argent, ainsi que des échanges par messagerie électronique. Alors que les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile disposent que les " éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire () ", l'administration ne propose aucune analyse de ceux-ci dans sa décision.
8.Dans ces conditions, l'identité des jeunes C, A, G E, ainsi que leur lien de filiation avec Mme I, doivent être tenus pour établis. Par suite, et alors qu'aucun élément ne permet de considérer qu'une intention frauduleuse aurait présidé à la production des documents examinés, la requérante est fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'erreur d'appréciation.
9.Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme I est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10.Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités aux jeunes C E, A E et G E dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
11.Mme I a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, Me Vérité peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Vérité renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vérité de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer aux jeunes C E, A E et G E les visas de long séjour au titre de la réunification familiale dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Vérité la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D I et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LEGOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026