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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214389

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214389

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 31 octobre 2022, le 10 mai 2023 et le 31 juillet 2023, M. E C et M. B E C, représentés par Me Bourgeois, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 6 avril 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française en Ethiopie refusant de délivrer à M. B E C un visa de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la décision à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que l'âge limite pour bénéficier de la réunification familiale est 19 ans et non 18 ans ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que l'âge de l'enfant du réfugié doit s'apprécier à la date de la demande d'asile du réunifiant, ainsi que la Cour de justice de l'Union Européenne l'a précisé dans une décision rendue en interprétation de la directive 2003/86, et qu'à la date de la demande d'asile de M. E C, M. B E C était âgé de seize ans ;

- l'identité et la filiation du demandeur de visa sont établies par les éléments produits à l'appui de la demande de visa ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par décision du 31 août 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. E C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Thullier, substituant Me Bourgeois, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant érythréen né en 1974, réfugié en France, est le père de M. B E C, né le 16 avril 2002. Par leur requête, M. E C et M. B E C demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 6 avril 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française en Ethiopie refusant de délivrer à M. B E C un visa de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa litigieuse comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité diplomatique française en Ethiopie, à savoir le moyen tiré de ce que le demandeur était âgé de plus de dix-huit ans le jour du dépôt de sa demande de visa.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de visa a été présentée auprès de l'autorité diplomatique française en Ethiopie le 10 septembre 2021, soit postérieurement au dix-neuvième anniversaire de M. B E C. Il ressort de ces mêmes pièces que M. E C est le père de M. B E C et des enfants F et D nés en 2005 et 2006 issus d'une première union. Il soutient avoir divorcé en 2008 de la mère de ces enfants et indique que celle-ci a continué de s'occuper des enfants B et D en Erythrée. M. E C est également le père de l'enfant A, issu de son mariage, conclu en 2015, avec Mme G. M. C soutient que Mme G et l'ensemble de ses enfants se sont rendus en Ethiopie en 2019, avec l'accord de la mère, restée en Erythrée, des enfants issus de sa première union, et que M. B E C a vécu avec sa belle-mère, sa sœur et son demi-frère à partir de l'année 2019. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision d'une juridiction éthiopienne du mois de juin 2021, Mme G a obtenu le droit d'exercer une tutelle sur ses beaux-enfants. Enfin les enfants F, D, A, ainsi que Mme G, ont tous obtenu des visas d'entrée et de long séjour en France au mois de juillet 2022 afin de rejoindre M. C. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la situation de M. B E C, ressortissant érythréen âgé de vingt ans à la date de la décision attaquée, exilé en Ethiopie, et à la présence en France de son père, de sa belle-mère, de son frère, de sa sœur et de son demi-frère avec lesquels il a vécu avant que ces derniers obtiennent des visas pour la France, les requérants sont bien fondés à soutenir que la décision litigieuse a porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B E C au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours contre la décision de refus de délivrance d'un visa de long séjour à M. B E C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. B E C le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme demandée au titre des frais exposés.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant implicitement le recours formé contre la décision de refus de visa opposée à M. B E C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. B E C le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLe greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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