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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214398

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214398

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 31 octobre 2022, le 4 avril 2023 et le 19 juin 2023, Mme A C, représentée par Me Boy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 31 août 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui délivrer un visa de long séjour ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'auteur de la décision ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est à la charge de ses enfants, ne pourra pas vivre en France sans leur aide et que ces derniers disposent des ressources suffisantes;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 juin 2023 :

- le rapport de Mme Roncière, rapporteure,

- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public,

- et les observations de Me Fraysse, substituant Me Boy, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine, née en 1944 à Ouijane (Maroc) a sollicité auprès du consul général de France à Casablanca (Maroc) la délivrance d'un visa de long séjour. Les autorités consulaires lui ont opposé un refus par une décision en date du 24 janvier 2022. Saisie d'un recours contre ce refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision du 7 juillet 2022, décidé de recommander au ministre de l'intérieur d'accorder le visa sollicité. Toutefois, par une décision du 31 août 2022, le ministre de l'intérieur a refusé de délivrer ledit visa. La requérante demande au tribunal l'annulation de cette décision ministérielle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 30 mai 2022, régulièrement publiée au journal officiel du 1er juin suivant, le directeur de l'immigration du ministère de l'intérieur, agissant en application du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005, a accordé à M. B, attaché principal d'administration de l'État, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ". Aux termes de l'article L. 426-20 du même code : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ".

4. Lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour au bénéfice d'un ressortissant étranger qui fait état de sa qualité d'ascendant de ressortissant français, et dans l'hypothèse où le motif de la demande d'un visa de long séjour est de s'installer durablement en France, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé ni comme visiteur, dès lors qu'il ne justifie pas de moyens d'existence suffisants pour faire face personnellement aux frais de toute nature qu'entraîne un long séjour en France, ni comme étant à la charge de son descendant de nationalité française, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

5. Il ressort des pièces du formulaire de demande de visa signé par Mme C que celle-ci a présenté une demande de visa de long séjour pour " établissement familial ", en se prévalant de ce qu'elle est à la charge de ses trois fils de nationalité française, afin de s'établir en France auprès des membres de sa famille. Le motif de la décision du ministre de l'intérieur est fondé sur le fait que " les revenus de la demandeuse de visa, qui a sollicité un visa en tant qu'ascendant non à charge, d'un montant de 286 euros par mois sont manifestement insuffisants pour lui permettre de couvrir l'ensemble de ses besoins pendant son séjour en France ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme C perçoit une pension de réversion d'un montant de 286 euros au Maroc, équivalant, selon les écritures du ministre de l'intérieur, au salaire local moyen, et dispose de trois comptes bancaires présentant un montant total de 78 892 dirhams soit 7 286 euros. Dans ces conditions, Mme C, qui perçoit des ressources propres lui permettant de subvenir à ses besoins au Maroc, ne peut, en dépit de la contribution complémentaire de ses trois fils de nationalité française depuis 2021, être regardée comme ayant la qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français.

7. D'autre part, les ressources propres de Mme C, telles que décrites au point précédent, sont insuffisantes pour le financement d'un séjour de longue durée en France. Si la requérante indique qu'elle sera prise en charge par ses trois fils et son petit-fils de nationalité française les attestations de ces derniers s'engageant sur l'honneur à effectuer des virements bancaires mensuels afin de participer aux frais de séjour de leur mère et grand-mère en France, même assortis de justificatifs de revenus, ne permettent pas, en tout état de cause, de tenir pour acquis que ces engagements seront suivis d'effet au bénéfice de la requérante pour le financement d'un séjour de longue durée en France, au regard, notamment, des revenus insuffisants et des charges connues de plusieurs d'entre eux. Dans ces conditions, en estimant que la requérante ne justifiait pas de ressources propres suffisantes pour subvenir à ses besoins, dans le cadre d'un séjour de longue durée et pour demander un titre de séjour en France, le ministre n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En troisième et dernier lieu, il est constant que Mme C a obtenu la délivrance de plusieurs de visas de court séjour. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les membres de sa famille qui résident en France seraient dans l'impossibilité de venir lui rendre visite au Maroc. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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