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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214406

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214406

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2022, Mme F B, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

- il n'est pas établi que l'arrêté a été signé par une autorité compétente ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées de plusieurs vices de procédure relatifs aux conditions dans lesquelles a été émis l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) : il n'est pas établi que cet avis a été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ni que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII, la privant ainsi d'une garantie de nature à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thierry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 24 novembre 1989, déclare être entrée irrégulièrement en France en juillet 2010. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision 19 juillet 2011 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par un arrêt du 22 juin 2012 de la Cour nationale du droit d'asile. L'intéressée a fait l'objet, par arrêté du 17 juillet 2014, d'une décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par jugement n° 1407910 de ce tribunal du 4 décembre 2014, lui-même confirmé par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Nantes en date du 18 mai 2015. S'étant maintenue irrégulièrement sur le territoire français depuis lors, Mme C B a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 27 juillet 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme C B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 21 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce qu'elle soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté du 27 juillet 2022 a été signé par Mme D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 6 juillet 2022 publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, pris au visa notamment des articles L. 425-9 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par la requérante. Cet arrêté relève en outre les circonstances propres à la situation personnelle et familiale de Mme C B. Dès lors, la décision portant refus de titre, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est motivée comme, en conséquence des dispositions de L. 613-1 de ce code, l'obligation de quitter le territoire français dont elle a été assortie. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de ces deux décisions doivent être écartés comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été précédées d'un examen sérieux et complet de la situation particulière de la requérante.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". De plus, aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée par Mme C B a fait l'objet d'un rapport médical daté du 6 avril 2022 et d'un avis d'un collège de trois médecins du service médical de l'OFII du 11 mai 2022, émis en particulier au vu de ce rapport, transmis à ce collège le 26 avril 2022 et établi par un médecin ne faisant pas partie de ce collège. Cet avis comporte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, qui n'est pas rapportée, du caractère collégial de celui-ci. Le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été prises à l'issue d'une procédure irrégulière doit donc être écarté en toutes ses branches.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

9. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

10. En l'espèce, pour refuser à la requérante la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet a, faisant sienne la teneur de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 11 mai 2022, estimé que si cet état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

11. Il ressort des pièces du dossier que la requérante souffre d'un diabète de type 2, découvert en 2022, d'hypertension et d'un syndrome dépressif pour lequel elle est suivie mensuellement par une psychologue clinicienne depuis le mois de janvier 2020. Pour remettre en cause l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII, Mme C B fait valoir que son état de santé, à la fois aux plans physique et psychologique, nécessite son maintien sur le territoire français dans la mesure où, d'une part, le traitement médicamenteux composé de metformine, d'amoldipine, de lansoprazole, d'atarax et de venlafaxine dont elle bénéficie en France n'est pas disponible en République démocratique du Congo et, d'autre part, elle sera privée du suivi psychologique régulier dont elle bénéficie en France ce qui risquerait d'aggraver irrémédiablement son état de santé, notamment eu égard au décès brutal de ses deux filles mineures survenu en août 2022 des suites d'un accident de voiture. A l'appui de ses allégations, Mme C B produit une attestation de son médecin généraliste datée du 11 août 2022 indiquant qu'elle nécessite " une prise en charge médicale et psychologique ", une attestation de la psychologue en charge de son suivi depuis 2020 datée du 27 septembre 2022 qui précise qu'il est " nécessaire pour Mme C [qu'elle] puisse continuer à bénéficier des soins et notamment de sa prise en charge psychologique engagée avec [elle] afin d'éviter tout risque d'aggravation de son état psychologique très peu stable " ainsi qu'une ordonnance médicale datée du 29 août 2022 faisant état du traitement médicamenteux évoqué ci-dessus. Toutefois, en produisant de tels documents, au demeurant tous postérieurs à la décision attaquée, Mme C B ne contredit pas sérieusement l'avis du collège des médecins de l'OFII et ne conteste pas, en particulier, la disponibilité des soins en cause dans son pays d'origine, alors que le préfet de la Loire-Atlantique établit que la metformine, l'amlodipine sont disponibles en République démocratique du Congo, que l'oméprazole, également disponible, peut se substituer au lanzoprazole qui lui a été prescrit et, enfin, que des anti dépresseurs, dont il n'est pas allégué qu'ils ne seraient pas substituables au traitement actuel de la requérante composé d'atarax et de venlafaxine, sont disponibles dans ce pays. Enfin, si la requérante fait valoir que son état de santé s'est brutalement dégradé à la suite du décès de ses filles mineures, ayant entraîné son hospitalisation au cours du mois d'août 2022, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette hospitalisation, au demeurant postérieure à la décision attaquée et donc sans incidence sur sa légalité, résulte d'une demande de la patiente et de son médecin traitant et a consisté en divers bilans et consultations, notamment avec une diététicienne, dans le cadre de la prise en charge du diabète de type 2, diagnostiqué récemment, dont elle souffre. Dans ces conditions, Mme C B, qui ne contredit pas de façon déterminante l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII, en dépit des nombreuses pièces qu'elle a produites, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En deuxième lieu, Mme C B soutient que le préfet de la Loire-Atlantique a entaché la décision attaquée d'une erreur de fait en relevant que celle-ci était mère de " deux enfants résidant au Congo " alors que ses deux enfants sont récemment décédées dans un accident de voiture. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, les filles mineures de la requérante, dont il n'est pas contesté qu'elles résidaient au Congo séparées de leur mère, étaient en vie, les permis d'inhumation produits faisant état de décès survenus le 5 août 2022 pour l'enfant Kumba-Gracia et le 9 août suivant pour l'enfant Kumba-Elysée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

13. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

14. Il ressort des pièces du dossier que si la requérante est présente sur le territoire français depuis dix ans à la date de la décision attaquée, la durée de ce séjour est principalement due à son maintien irrégulier sur le territoire national en dépit d'une obligation de quitter le territoire prise à son encontre en 2014 et dont la légalité a été confirmée tant par le tribunal administratif que la cour administrative d'appel de Nantes. Elle ne justifie d'aucune attache personnelle, notamment familiale, sur le territoire français, alors qu'il est constant qu'à la date de la décision attaquée, ses deux enfants mineures vivaient en République démocratique du Congo, pays dans lequel elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans. Si elle fait état de sa relation amicale avec Mme C E, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 3 mai 2023, chez qui elle est actuellement hébergée et qui représente pour elle un véritable soutien psychologique, cette seule circonstance ne saurait suffire à établir que l'intéressée aurait tissé des liens anciens, intenses et stables en France. En outre, la requérante ne fait état d'aucun élément d'insertion socio-professionnelle alors même qu'elle séjourne sur le territoire national depuis dix ans à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions du séjour en France de la requérante, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de Mme C B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme C B invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C B ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

La rapporteure,

S. THIERRYLe président,

Y. LIVENAISLa greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au le préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

cm

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