vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2214416 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 novembre 2022, M. E K B, représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 29 juillet 2022, contre les deux décisions de l'autorité diplomatique française en Centrafrique refusant de délivrer aux enfants F B et D B des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que les demandes de visas ne présentent aucun caractère frauduleux, que l'identité et la filiation des enfants sont établies par les documents d'état civil produits, par le mécanisme de la possession d'état et qu'une délégation d'autorité parentale de la mère des enfants a été établie par une autorité judiciaire locale ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît les stipulations des articles 3-1, 9 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision méconnaît la recommandation B de l'acte final de la conférence de plénipotentiaires des Nations unies sur le statut des réfugiés et apatrides de la Convention de Genève.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les décisions de refus de visas se justifient par l'absence de caractère probant du document de délégation d'autorité parentale ;
- la décision attaquée ne méconnaît par les stipulations des engagements internationaux invoqués par le requérant.
Vu :
- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes n° 20NT00767 du 6 juillet 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E K B, ressortissant centrafricain né en 1990, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 novembre 2015. Il soutient être le père des enfants F et D B, jumeaux nés en 2008, issus d'une précédente union. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 29 juillet 2022, contre les deux décisions de l'autorité diplomatique française en Centrafrique refusant de délivrer aux enfants F B et D B des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.
Sur les conclusions principales :
2. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa litigieuse comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité diplomatique française en Centrafrique, à savoir, pour chaque décision, le motif tiré de ce que les déclarations des demandeurs conduisent à conclure à une tentative frauduleuse d'obtention d'un visa au titre de la réunification familiale
3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code prévoit que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "
4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
6. Le requérant nie le caractère frauduleux de ses déclarations dans le cadre des demandes de visa et joint à ses écritures deux jugements supplétifs d'acte de naissance centrafricains du 25 mars 2016, deux ordonnances de rectification d'erreur matérielle du 15 juillet 2016 et deux actes de naissance dressés en transcription des jugements supplétifs. Il ressort de la lecture des deux jugements supplétifs que les enfants " F B " et " D B " sont reconnus comme la fille et le fils de " M. H B ". Si les ordonnances rectificatives d'erreur matérielle ordonnent la correction des actes de naissance afin que ceux-ci indiquent que les enfants " F B " et " D B " sont les enfants de " J B ", elles apparaissent comme ayant été prises sur requêtes des enfants mineurs, et n'ordonnent pas, en tout état de cause, la correction des jugements supplétifs d'acte de naissance qui restent ainsi revêtus de mentions différant substantiellement des informations déclarées par M. B. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission s'est fondée sur le caractère frauduleux des demandes de visas pour rejeter le recours formé contre les deux décisions de refus de visa.
7. Si le requérant produit la copie d'un jugement de délégation d'autorité parentale d'une juridiction centrafricaine rendu le 12 juillet 2021, lui délégant l'autorité parentale sur les enfants F et D B, ainsi qu'il a été dit au point précédent, les jugements supplétifs d'acte de naissance des deux enfants, rendus par le tribunal de grande instance de Bangui le 25 mars 2016, ont désigné une tierce personne comme étant le père des jeunes D et F. Par ailleurs, les attestations versées au dossier d'un frère et d'un oncle de M. B, faisant état du lien de paternité du requérant avec F et D, se bornent à témoigner, de façon non circonstanciée, de " l'engagement quotidien de M. B, et surtout de l'amour qu'il porte à ses enfants ", et de ce que le requérant " s'occupe de leur scolarité, leur alimentation ". Si M. B a déclaré à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides les jeunes D et F comme étant ses enfants lors de sa demande d'asile en 2014 puis dans sa fiche familiale de référence en 2015, il a également indiqué qu'il était alors marié religieusement à Mme C G, dont il affirme avoir eu quatre enfants nés en juin 2007, février 2009, novembre 2011 et avril 2015, tandis que les jeunes D et F nés le 30 mars 2008 ont pour mère Mme I A. Ainsi, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. B aurait vécu avec les jeunes D et F entre 2008 et 2012, ni qu'il les aurait alors traités comme ses enfants. Par la suite, M. B a vécu en Arabie Saoudite entre mars 2012 et le 30 septembre 2014, date de son arrivée en France. Il ne justifie pas du maintien de liens avec les jeunes D et F restés en République centrafricaine. Dans ces conditions, alors même qu'il justifie avoir effectué des transferts d'argent au bénéfice de Mme A à partir de l'année 2016, M. B ne peut être regardé comme démontrant l'existence d'un lien de filiation entre lui-même et les enfants F et D par le mécanisme de la possession d'état.
8. Le requérant ne démontrant pas son lien de paternité vis-à-vis des enfants F et D B, les moyens de la requête tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales protégeant le droit au respect de la vie privée et familiale, et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, s'agissant de l'intérêt supérieur de l'enfant, doivent être écartés. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations des articles 9 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que de la recommandation B de l'acte final de la conférence de plénipotentiaires des Nations Unies sur le statut des réfugiés et apatrides du 25 juillet 1951, qui ne créent d'obligations qu'entre les Etats sans ouvrir de droits aux intéressés.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur le bien-fondé du nouveau motif invoqué par le ministre en défense, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les deux décisions de refus de visas opposées aux enfants F B et D B.
Sur les conclusions accessoires :
10. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E K B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026