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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214482

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214482

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2022, Mme B C, représentée par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thierry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante marocaine née le 20 août 2003, déclare être entrée régulièrement en France le 4 août 2018 sous couvert d'un visa C à entrées multiples d'une durée de quatre-vingt-dix jours délivré par les autorités françaises au Maroc. Le 7 décembre 2021, elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à titre principal et des dispositions de l'article L. 422-1 de ce code à titre subsidiaire. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 28 juillet 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, prise au visa, notamment, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 et des articles L. 412-1, L. 422-1, L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique les stipulations conventionnelles ainsi que les dispositions légales sur lesquelles s'est fondé le préfet pour refuser à Mme A C la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les considérations de fait relatives à la situation de l'intéressée justifiant cette mesure. Elle est, ainsi, suffisamment motivée, le préfet n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressée mais uniquement de celles qui fondent la décision attaquée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont peuvent se prévaloir, au titre de la vie privée et familiale, les ressortissants marocains : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Mme A C se prévaut de sa présence en France depuis quatre ans à la date de la décision attaquée ainsi que de celle de sa belle-mère, qui l'héberge et la prend en charge financièrement, et de ses deux demies-sœurs en bas âge et, enfin, de son parcours scolaire. Si elle justifie d'une bonne intégration en France, comme en attestent l'obtention par l'intéressée, en juin 2019, d'un certificat de formation générale et du diplôme d'études en langue française niveau A1 et, en juillet 2021, d'un certificat d'aptitude professionnelle " employé de vente spécialisé option B produits d'équipement courant ", elle ne démontre toutefois pas être dépourvue de tous liens familiaux au Maroc où elle a vécu jusqu'à l'âge de quinze ans et où elle dispose nécessairement d'attaches culturelles, sociales et familiales dans la mesure où il n'est pas contesté qu'y réside son père et que sa mère et son frère jumeau, qui séjournent irrégulièrement en France, ont vocation à y retourner. En outre, la requérante n'établit pas la particulière intensité et stabilité de ses attaches familiales présentes en France, notamment au regard de la teneur de l'attestation rédigée par sa belle-mère produite à l'appui de la présente requête. Au vu de l'ensemble de ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ni que cette autorité aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire droit, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Pour les mêmes motifs, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts et motifs en vue desquels le refus de séjour litigieux a été pris.

5. En troisième lieu, Mme A C ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque l'obligation de quitter le territoire français est fondée, comme c'est le cas en l'espèce, sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 de ce même code, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Compte tenu de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement, le refus de séjour opposé à Mme A C est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme A C invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au droit de Mme A C au respect de sa vie privée et familiale et serait, de ce fait, entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

9. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, les moyens tirés par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme A C invoque à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ne peuvent qu'être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A C ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C, à Me Smati et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

La rapporteure,

S. THIERRYLe président,

Y. LIVENAISLa greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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