vendredi 1 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2214545 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELMI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 novembre 2022, le 12 mai 2023, le 16 juin 2023 et le 20 juin 2023, M. F C, M. E H A et Mme G A, représentés par Me Selmi, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 8 août 2022, contre les deux décisions de l'autorité diplomatique française à Téhéran refusant de délivrer à M. et Mme A des visas de court séjour pour visite familiale ;
2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer à M. et Mme A les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de leurs demandes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les motifs de la décision sont entachés d'erreur d'appréciation dès lors, d'une part, qu'ils justifient de ressources suffisantes à travers les ressources de leur fils qui s'est engagé à les accueillir et qu'ils ont l'intention de retourner en Afghanistan à l'issue de leur séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens des requérants sont dépourvus de fondement.
Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 11 janvier 2024, postérieurement à la clôture automatique d'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, et n'a pas été communiqué.
Par décision du 12 juin 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E H A, requérant à l'instance et désormais décédé, Mme G A et M. C demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 8 août 2022, contre les deux décisions de l'autorité diplomatique française à Téhéran refusant de délivrer aux époux A des visas de court séjour pour visite familiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la motivation de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article 32 du règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas, qui régit intégralement les conditions de délivrance des visas d'entrée et de court séjour au sein de l'espace Schengen : " () 2. La décision de refus et ses motivations sont communiquées au demandeur au moyen du formulaire type figurant à l'annexe VI. / 3. Les demandeurs qui ont fait l'objet d'une décision de refus de visa peuvent former un recours contre cette décision. Ces recours sont intentés contre l'État membre qui a pris la décision finale sur la demande, conformément à la législation nationale de cet État membre. Les États membres fournissent aux demandeurs les informations relatives aux voies de recours, comme indiqué à l'annexe VI. () ". Il résulte de ces dispositions que l'obligation de motivation de certaines décisions administratives résultant de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas aux décisions consulaires et diplomatiques refusant un visa d'entrée et de court séjour en France. Par suite, lorsque la décision de l'autorité consulaire, qui est obligatoirement notifiée au moyen du formulaire figurant à l'annexe VI du règlement, est fondée en fait sur l'un des motifs limitativement énumérés par cette annexe, elle doit être regardée comme étant régulièrement motivée au sens de l'article 32 du règlement (CE) n° 810/2009, qui renvoie explicitement à cette annexe.
3. La décision prise par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre d'une décision de refus de visa de court séjour, en application de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est soumise à la même obligation de motivation que la décision consulaire ou diplomatique. Dès lors l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas davantage aux décisions prises par cette commission en matière de visa d'entrée et de court séjour en France.
4. Par ailleurs, si l'accusé de réception adressé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France au demandeur comporte la mention selon laquelle, en l'absence de réponse expresse à son recours administratif préalable obligatoire dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, ledit recours est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision consulaire contestée, la commission de recours, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs de droit et de fait retenus par cette autorité.
5. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa litigieuse comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité diplomatique française à Téhéran, à savoir, pour chaque décision de refus de visa, d'une part le motif tiré de ce que les demandeurs n'ont pas fourni la preuve qu'ils disposaient de moyens de subsistance suffisants pour la durée du séjour envisagé ou de moyens pour le retour dans leur pays d'origine ou de résidence, ou pour le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou qu'ils n'étaient pas en mesure d'acquérir légalement ces moyens, et d'autre part le motif tiré de l'existence de doutes raisonnables quant à leur volonté de quitter le territoire français avant l'expiration des visas sollicités. Ces deux motifs figurant parmi la liste de motifs prévue à l'annexe VI du règlement précité du Parlement européen et du Conseil, les décisions de refus de visa opposées aux époux A, et par suite la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, sont régulièrement motivées au sens du règlement (CE) n° 810/2009.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article 14 du règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas : " 1. Lorsqu'il introduit une demande de visa uniforme, le demandeur présente les documents suivants : () d) des informations permettant d'apprécier sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. ". L'article 21 du même règlement prévoit que : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, le respect par le demandeur des conditions d'entrée énoncées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c), d) et e), du code frontières Schengen est vérifié et une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale ou du risque pour la sécurité des États membres que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. (.) ". L'article 32 du même règlement dispose : " 1. Sans préjudice de l'article 25, paragraphe 1, le visa est refusé : () b) s'il existe des doutes raisonnables sur l'authenticité des documents justificatifs présentés par le demandeur ou sur la véracité de leur contenu, sur la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ".
7. Les requérants soutiennent vouloir rendre visite à leur fils établi en France, qu'ils indiquent n'avoir pas vu depuis six ans, et faire la connaissance de leurs petits-enfants. Ils soutiennent être propriétaires de biens immobiliers, dont certains génèrent des revenus locatifs, ainsi que d'un magasin de vente de pièces détachées de véhicules, et indiquent avoir chacun plusieurs frères et sœurs en Afghanistan. Les pièces jointes aux écritures des requérants ne permettent pas cependant d'établir de manière suffisamment probante la réalité des attaches matérielles et personnelles des deux demandeurs en Afghanistan. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la commission a estimé qu'il existait des doutes raisonnables quant à la volonté des demandeurs de quitter le territoire français avant l'expiration des visas sollicités.
8. Il résulte de l'instruction que le motif tiré de l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa suffisait, à lui-seul, à fonder la décision de la commission.
9. Il ressort des pièces du dossier que le fils B et Mme A, M. F C, également de nationalité afghane, est bénéficiaire de la protection subsidiaire, accordée à toute personne courant un risque réel de subir dans son pays une atteinte grave. S'il est soutenu que M. C ne peut rendre visite à ses parents en Afghanistan, les requérants ne justifient pas de l'impossibilité pour eux de maintenir des liens familiaux par d'autres moyens. Il y a donc lieu d'écarter le moyen de la requête tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision.
Sur les conclusions accessoires :
11. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête des époux A et B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A, aux ayants-droit B E H A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2024.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026