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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214612

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214612

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDROUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2022, Mme C B A, représentée par Me Drouet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente du jugement au fond, le tout dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée en cas de refus de renouvèlement de son titre de séjour, ce qui est le cas en l'espèce puisqu'elle bénéficiait d'une carte pluriannuelle en sa qualité d'étudiante, l'autorisant à travailler ; la condition d'urgence est, de surcroît, caractérisée compte tenu de sa situation puisqu'elle se retrouve sans ressources financières, dans l'impossibilité de poursuivre son projet professionnel et finaliser sa formation et que la décision contestée l'empêche de bénéficier d'une couverture sociale alors qu'elle souffre de difficultés de santé, ayant nécessité son hospitalisation à deux reprises en 2021 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* l'autorité signataire était incompétente ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas contesté qu'elle dispose de ressources suffisantes et qu'elle exerce une activité professionnelle en tant qu'agent de service auprès de la société SERENET depuis le mois de novembre 2019 ; elle est inscrite dans un cursus de formation en licence " sciences de la vie année 2 " au sein de l'Université de Nantes ; elle démontre le caractère sérieux de ses études au regard de la circulaire du 7 octobre 2008 relative aux étudiants étrangers alors qu'elle a connu des difficultés d'intégration et de logement, n'a eu d'autre choix que de cumuler une activité professionnelle en plus de ses études et a souffert durant l'année 2021 de difficultés de santé qui ont eu un impact négatif sur ses résultats scolaires ; elle a fait preuve d'une progression lente mais régulière dans ses études puisque, d'une moyenne de 5.55 en 2017/2018, elle est parvenue à valider sa 1ère année en 2018/2019, qu'elle a obtenu une moyenne de 8.92/20 en 2019/2020, en validant son second semestre, puis de 9.75/20 en 2020/2021, en validant également son second semestre, et, enfin, a validé son premier semestre de l'année 2021/2022 avec 10.36/20 de moyenne ; ses difficultés scolaires sont liées à son parcours personnel et ses problèmes médicaux ;

* elle est entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son statut de célibataire sans enfants ne saurait démontrer à lui seul une absence d'intégration sur le territoire français alors qu'elle justifie par ailleurs d'une insertion professionnelle, qu'elle démontre son sérieux et son investissement dans ses études et justifie avoir le centre de ses attaches personnelles et familiales en France, où elle réside depuis cinq années.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : la requérante n'établit pas qu'elle se trouverait en situation de précarité suite à la décision attaquée, alors, de plus, qu'elle justifie d'une prise en charge financière par la CAF ; cette décision ne l'empêche pas de poursuivre ses études puisque l'inscription d'un étranger dans un établissement d'enseignement n'est pas subordonnée à la production d'un titre de séjour ; elle ne démontre pas disposer d'un contrat de travail ou d'apprentissage et a, en tout état de cause, attendu onze mois pour déposer sa requête en référé ; la crainte hypothétique d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser une urgence ; elle peut toujours bénéficier de l'aide médicale d'Etat (AME) et disposer d'un régime de complémentaire santé solidaire et n'est ainsi pas exposée à un risque d'interruption des soins que son état nécessiterait ;

- aucun des moyens soulevés par Mme B A n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* l'auteur de l'acte était compétent ;

* elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'intéressée ne présente aucune garantie d'évolution dans ses études et qu'elle ne présente aucun élément probant pour expliquer le manque de progression dans ses études, privant son parcours d'un caractère réel et sérieux ; il n'est pas davantage possible de considérer que son emploi aurait eu un réel impact dans l'avancement de ses études, dès lors qu'elle n'est autorisée, en tant qu'étudiante, qu'à exercer une activité salariée à titre accessoire, dans la limite de 60% de la durée de travail annuelle ; il n'est pas démontré que ses difficultés de santé auraient eu un impact négatif sur ses études et notamment sur les années précédant la découverte de sa pathologie ; la simple obtention de son premier semestre de sa deuxième année de licence avec une note de 10.36/20, postérieure à l'édiction de la décision attaquée, ne remet pas en cause l'analyse du manque de sérieux des études et il n'est pas démontré qu'elle ait pu, in fine, avoir son année ; elle ne peut utilement invoquer les dispositions de la circulaire du 7 octobre 2008 relative aux étudiants étrangers, laquelle n'a pas de caractère impératif ;

* elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : ce moyen est inopérant ; de plus, l'intéressée était, au jour de la décision litigieuse, présente sur le sol français depuis moins de cinq années ; elle est célibataire et sans enfants et ne fait état d'aucune attache ni intégration sur le territoire national ; elle ne peut se prévaloir de son insertion professionnelle puisqu'elle ne pouvait travailler que sous couvert de son titre de séjour " étudiant " et elle n'apporte pas la preuve que cette insertion serait pérenne et liée à ses études ; elle n'établit pas ne plus avoir de liens avoir son pays d'origine.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2022.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 avril 2022 sous le numéro 2205145 par laquelle Mme B A, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022 à 10 heures :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- et les observations de Me Drouet, avocate de Mme B A, en sa présence. Me Drouet invoque le risque d'expulsion de son logement auquel est exposée la requérante et se prévaut de la validation par celle-ci de sa licence 2, dont elle attendait les résultats pour saisir le tribunal.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante congolaise née le 12 novembre 1997, est entrée en France le 28 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant " puis a obtenu un titre de séjour en cette qualité, régulièrement renouvelé jusqu'au 30 septembre 2021. Elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour auprès du préfet de la Loire-Atlantique, lequel lui a été refusé, par une décision du 10 janvier 2022, dont l'intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4. Il est constant que la décision contestée porte refus de renouvellement du titre de séjour de Mme B A, laquelle séjourne régulièrement en France, en tant qu'étudiante, depuis le 28 septembre 2017. Le préfet, en se bornant à invoquer la tardiveté de la présente requête et à contester les incidences de sa décision sur la situation de la requérante, ne fait pas état de circonstances particulières de nature à dénuer la demande de suspension de caractère urgent. De plus, le refus de renouvellement du titre de séjour litigieux préjudicie nécessairement à la poursuite des études de la requérante, dès lors qu'elle la place en situation irrégulière, et fait obstacle à ce que celle-ci puisse travailler, de manière accessoire, pour subvenir à ses besoins. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. Le moyen invoqué par Mme B A à l'appui de sa demande de suspension et tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation du caractère sérieux de ses études au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à Mme B A un titre de séjour, en tant qu'étudiante.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de Mme B A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et dans cette attente de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Mme B A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Drouet d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à Mme B A un titre de séjour est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de Mme B A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et dans cette attente de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Drouet, avocate de Mme B A, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Drouet.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 9 décembre 2022.

La juge des référés,

O. Robert-Nutte

La greffière,

M-C. MinardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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