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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214643

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214643

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLEUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 novembre 2022 et le 28 juin 2023, M. D C, Mme G K agissant en leur nom et pour le compte de leurs enfants mineurs, L C E et M C H et Mme B C A, représentés par Me Leudet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours administratif préalable contre la décision des autorités consulaires françaises à Kinshasa (République démocratique du Congo) qui ont refusé de délivrer à Mme G K, à leurs enfants mineurs L C E et M C H, et à Mme B C A, des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la régularité de la composition de la commission n'est pas justifiée ;

- la décision de la commission est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est produit des actes de naissance pris en transcription de jugements supplétifs pour les enfants mineurs et pour Mme C A qui établissent leur identité et leur lien de filiation avec M. C sans qu'il soit besoin de compléter cette preuve par des éléments de possession d'état ;

- la décision de la commission méconnait les dispositions des articles L. 561-2, L. 434 - 3 et L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la demande de jugement de délégation d'autorité parentale est inutile puisque la mère adoptive des enfants demande également un visa ;

- la décision de la commission méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que si Mme K ne peut établir sa qualité de concubine, la décision contestée tendrait à provoquer une nouvelle séparation pour les enfants et les empêcherait de mener une vie familiale normale.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rosier, rapporteur ;

- et les observations de Me Leudet, avocate des requérants.

Une note en délibéré, enregistrée le 7 juillet 2023, a été produite pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1.M. D C, ressortissant congolais (République démocratique du Congo), s'est vu reconnaître en France la qualité de réfugié en 2019. Il se déclare père de trois enfants, Mme B C A née de son union avec Mme J, et les jeunes L C E et M C H, nés de son union avec Mme F I. Mme K, conjointe de M. C, ressortissante congolaise, Mme C A et les jeunes L C E et M C H ont sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Kinshasa la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en vue de rejoindre M. C qui leur a été refusée. Par une décision du 28 septembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre ce refus dont les requérants demandent au tribunal l'annulation.

2.Aux termes de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Un premier et un second vice-présidents ainsi que, pour chacun des membres de la commission mentionnés aux quatre alinéas précédents, un premier et un second suppléants, sont nommés dans les mêmes conditions. / L'un ou l'autre des vice-présidents peut siéger à la commission en lieu et place du président, sur désignation de celui-ci. En cas d'absence ou d'empêchement du président, ses fonctions sont assurées par le premier vice-président et, en cas d'indisponibilité de ce dernier, par le second vice-président. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission () délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. ".

3. En l'espèce, les requérants soutiennent qu'aucun élément ne permet de démontrer que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est effectivement réunie lors de sa séance du 28 septembre 2022 pour examiner le recours en étant composée conformément aux dispositions citées. Le ministre de l'intérieur ne justifie pas que le recours des requérants, qui a été explicitement rejeté par la commission, a néanmoins été examiné par elle au cours d'une de ses réunions en étant régulièrement composée. Ce vice de procédure est susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision prise et a privé les requérants d'une garantie. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de réunion de la commission dans une composition régulière doit être accueilli.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

5. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique uniquement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire procéder au réexamen par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France les demandes de visa présentées pour Mme G K, les enfants mineurs L C E et M C H, et Mme B C A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement aux requérants d'une somme globale de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 28 septembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire procéder au réexamen de la demande de visas de Mme G K, Mme B C A et L C E et M C H dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera aux requérants la somme globale de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme G K, à Mme B C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.

Le rapporteur,

P. ROSIER

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LEGOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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