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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214734

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214734

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214734
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2022, M. D B, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside en France depuis plus de trois ans ; il a initié des démarches d'insertion et intégré une formation pour obtenir le diplôme du CACES ; il justifie d'une promesse d'embauche ; il a une relation avec une ressortissante française depuis la fin de l'année 2019 et avec laquelle il a une vie commune dès le mois de juillet 2020 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- il entend reprendre les moyens développés au soutien de la demande d'annulation de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour, avec la même motivation et les mêmes conséquences.

Une mise en demeure a été adressée le 1er mars 2023 au préfet de la Loire-Atlantique.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant congolais né en 1989, est entré irrégulièrement en France le 19 février 2019. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 8 juillet 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signée, pour le préfet et par délégation, par Mme A C, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 6 juillet 2022, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, lequel est librement accessible au public par voie électronique, le préfet lui a consenti une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de la directrice des migrations et de l'intégration, de son adjoint et de la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement. Il n'est, en outre, pas établi que la directrice des migrations, son adjoint et la cheffe du bureau du contentieux n'étaient pas empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

4. Le refus de séjour opposé le 8 juillet 2022 comporte, contrairement à ce que soutient le requérant, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté. Il suit de là et en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français du 8 juillet 2022 doit donc être écarté par voie de conséquence. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la décision, contenue dans le même arrêté, fixant le pays à destination duquel M. B pourrait être éloigné comporte également l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Il suit de là que les moyens tirés des insuffisantes motivations de ces trois décisions manquent en fait et doivent être écartés.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B se prévaut de sa durée de présence en France depuis près de trois ans et demi à la date de la décision attaquée, ainsi que de la relation qu'il a nouée sur le territoire français depuis la fin de l'année 2019 avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu, le 26 août 2020, un pacte civil de solidarité (PACS). Il produit à cet égard plusieurs documents, en particulier des attestations de contrat, factures et courriers de la société EDF, des avis d'impôt sur le revenu, diverses factures d'achat de biens ou de paiement de prestations de services, sur lesquels figurent leurs deux noms à une adresse commune, ainsi que des documents justifiant des démarches entreprises par le couple auprès d'un assureur, d'un organisme de complémentaire santé, et de la caisse d'allocation familiale de la Loire-Atlantique en vue de déclarer M. B comme membre du foyer de sa compagne. Toutefois, même en admettant que sa relation avec sa compagne ait débuté à la fin de l'année 2019, il ressort des pièces du dossier que la conclusion du PACS conclu en août 2020 ainsi que la communauté de vie, qui aurait débuté en juillet 2020, ne dataient que d'un peu moins de deux ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, M. B, qui n'est présent en France que depuis moins de trois ans et demi à la date de la décision attaquée, n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles au Congo, où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où résident ses parents ainsi que ses deux frères et ses deux sœurs. Enfin, M. B fait valoir qu'il a initié des démarches en vue de s'insérer professionnellement en France, et produit à cet égard une attestation justifiant du suivi d'une formation CACES en date du mois de novembre 2020, et soutient, sans toutefois apporter d'élément à l'appui de ces allégations, d'une part, s'être vu proposer à plusieurs reprises des missions d'intérim qu'il n'aurait pu honorer en raison de l'absence d'autorisation de travail, et, d'autre part, disposer d'une promesse d'embauche en tant que distributeur de presse. Toutefois, il est constant que M. B n'a jamais travaillé en France, et les éléments qu'il invoque, à les supposer établis, sont insuffisants pour démontrer une insertion sociale et professionnelle significative en France. Par suite, compte tenu de ces circonstances, en particulier du caractère encore récent de la vie commune du couple à la date de la décision attaquée, et en dépit de sa volonté de s'insérer professionnellement en France, le préfet de la Loire-Atlantique, n'a, en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

8. Eu égard à ce qui a été dit précédemment au point 6, les éléments relatifs à la situation personnelle et à la durée de séjour en France, dont se prévaut M. B, ne permettent pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

9. M. B se borne à reprendre les moyens développés au soutien de la demande d'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour avec la même motivation et les mêmes conséquences. Par suite, il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs que précédemment, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les autres moyens soulevés à l'encontre du refus de titre de séjour étant inopérants à l'égard de la décision portant éloignement du requérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Rodigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

cnd

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