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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214819

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214819

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPRELAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 novembre 2022 et le 23 juillet 2023, Mme F et M. B E, représentés par Me Prelaud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours préalables formés contre la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran rejetant la demande de visa d'entrée et de séjour présentée pour visite familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire de réexaminer leur situation, dans le délai de cinq jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas prouvé qu'elles ont été prises à la suite d'une procédure régulière ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les requérants ont transmis des informations fiables et un dossier complet ;

- c'est à tort que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire pour irrecevabilité dès lors qu'ils ont régularisé leur recours préalable dans le délai d'un mois suivant la réception de l'invitation à régulariser de la commission et que le signataire de ce second recours a intérêt à agir contre la décision attaquée.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable du fait de l'irrecevabilité du recours administratif préalable obligatoire de Mme D et de M. E ;

- les moyens soulevés par Mme D et M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er septembre 2023 :

- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,

- et les observations de Me Prelaud, représentant Mme D et M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D et M. E, ressortissants iraniens, nés respectivement le 21 septembre 1984 et le 21 mars 1977, résidant à Unit, ont sollicité la délivrance d'un visa de court séjour pour visite familiale. Par une décision du 7 juillet 2022, l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) leur a refusé le visa sollicité. Par une décision implicite la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés à l'encontre des décisions de refus de l'autorité consulaire. Les requérants demandent au tribunal l'annulation des deux décisions implicites de rejet.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer :

2. Il ressort des termes du mémoire en défense que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a estimé le recours administratif préalable irrecevable.

3. Le ministre de l'intérieur soutient que le recours administratif préalable des requérants n'était pas conforme aux prescriptions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. D'une part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Aux termes de l'article D. 312-4 du même code, dans sa version applicable au litige : " Les recours devant la commission mentionnée à l'article D. 312-3 doivent être formés dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de refus de visa. Ils doivent être motivés et rédigés en langue française. Ils sont seuls de nature à conserver le délai de recours contentieux jusqu'à l'intervention des décisions prévues à l'article D. 312-7.

La commission ne peut être régulièrement saisie que par une personne justifiant d'un intérêt lui donnant qualité pour contester la décision de refus de visa ou par un mandataire dûment habilité.".

5. D'autre part, aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient. ". En application de ces dispositions, la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France est tenue d'inviter les demandeurs à régulariser les recours qui seraient entachés d'un vice de forme tel que l'absence de production du mandat prévu par l'article R. 312-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il ressort des pièces du dossier que les décisions de refus de délivrance des visas de l'autorité consulaire française à Téhéran sont datées du 7 juillet 2022 et mentionnaient les voies et délais de recours. Elles ne comportaient toutefois aucune date de notification. Les requérants qui ont formé contre ces décisions des recours administratifs préalables datés du 21 juillet 2022 doivent être regardés comme ayant eu connaissance acquise du refus de visa pris par l'autorité consulaire au plus tard à cette date.

7. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a enregistré ces recours rédigés en anglais et non traduits le 27 juillet 2022. Par courrier du 28 juillet 2022, le président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a invité les requérants à régulariser leur recours rédigé en langue étrangère, dans un délai d'un mois, soit jusqu'au 28 août 2022. Pour justifier de l'accomplissement de cette exigence procédurale, les requérants font valoir que Mme A a par son courrier du 30 août 2022 introduit un recours administratif préalable obligatoire rédigé en français. Si le ministre soutient que ce second recours est arrivé au-delà du délai d'un mois indiqué dans le courrier du 28 juillet 2022, il ressort des pièces du dossier que ce second recours a été adressé dans les deux mois suivant la date à laquelle les requérants ont eu connaissance acquise de la décision de l'autorité consulaire et n'était donc pas tardif, sans que l'administration puisse, en l'espèce, utilement opposer le non-respect du délai d'un mois indiqué par le président de la commission pour régulariser le premier recours. Par suite, il y a lieu de considérer que le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A n'est pas tardif. Si le ministre soutient également que ce second recours était irrecevable dès lors Mme A ne disposait d'aucun mandat des requérants pour former un recours devant cette commission, il n'est ni établi ni même allégué que cette dernière l'aurait, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration, invité à justifier de l'habilitation prévue au second alinéa de l'article R. 312-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur et des outres mer doit être écartée ;

Sur les conclusions à fin d'annulation :

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que M. D et Mme E sont fondés à soutenir que l'irrecevabilité de leur recours préalable obligatoire ne saurait leur être opposée.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D et M. E sont fondés à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de visas de Mme D et M. E soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. D et Mme E et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours préalables formés contre la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran du 7 juillet 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de M. D et Mme E, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D et Mme E une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à M. B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

A. FESSARD

La présidente,

H. DOUET

La greffière,

A-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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