mercredi 12 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2214822 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | OQTF 6 semaines - M. CHUPIN |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 9 novembre et 21 décembre 2022 et 1er mars 2023, Mme B F C représentée par Me Roulleau et Me Renard, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022, notifié le 28 octobre 2022, par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et ne repose sur aucun fondement ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de la reconduite :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen circonstancié de sa situation personnelle ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de décision fixant le pays de sa reconduite ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative).
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
- la décision par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Chupin, président honoraire de tribunal administratif, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Chupin, magistrat désigné,
- et les observations de Me Lejosne, substituant Me Renard, représentant Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante russe d'origine tchétchène, née le 15 février 1999, est entrée irrégulièrement en France le 16 avril 2013. Elle a déposé une première demande d'asile le 7 décembre 2016. Par deux décisions, en date respectivement du 20 septembre 2017 et du 1er octobre 2018, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté cette demande. Par un arrêté du 11 décembre 2018, le préfet de Maine-et-Loire a alors pris à l'encontre de l'intéressée une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de sa reconduite. Celle-ci n'a pas déféré à l'exécution de cette première mesure d'éloignement. Le 6 août 2019, Mme C a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour ; par un arrêté du 3 février 2020, le préfet de Maine-et-Loire, considérant qu'aucune circonstance exceptionnelle ou humanitaire justifiait cette demande l'a rejetée et a pris à l'encontre de la requérante une nouvelle obligation de quitter le territoire français et une décision fixant le pays de sa reconduite. Mme C a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif de Nantes qui, par jugement du 16 novembre 2021, a rejeté ce recours et confirmé la légalité de l'arrêté litigieux. Mme C n'a pas déféré à l'exécution de la deuxième mesure d'éloignement dont elle faisait l'objet et a continué de se maintenir irrégulièrement sur le territoire national. Le 18 mars 2022, elle a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du 8 juin 2022, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande comme irrecevable. Par un arrêté du 5 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a pris à l'encontre de l'intéressée un troisième arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Par sa requête, Mme C demande au Tribunal d'annuler cet arrêté et d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation.
Sur les conclusions principales à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. ( ) et aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision ().Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office."
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Si lesdites stipulations garantissent le respect de la vie privée et familiale, elles ne garantissent toutefois pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale.
4. En l'occurrence, il ressort des pièces du dossier que Mme C, est entrée sur le territoire français en 2013 à l'âge de 14 ans, où elle y a rejoint son oncle et ses grands-parents et y a été scolarisée à compter de l'année 2015 jusqu'en 2018. A la date de l'arrêté attaqué, l'intéressée pouvait ainsi se prévaloir d'une durée de séjour de neuf ans sur le territoire national où elle a passé une grande partie de son enfance. S'il est constant que la durée de cette présence n'a été rendue possible qu'au moyen des divers recours qu'elle a introduits, alors qu'elle a fait l'objet, ainsi qu'il a été dit, de deux mesures d'éloignement en 2018 et en 2020 qu'elle n'a pas exécutées, Mme C a néanmoins développé sa vie privée et familiale en France et justifie d'efforts d'insertion en produisant deux attestations de diplômes d'apprentissage de la langue française. Par ailleurs, Mme C entretient une relation de concubinage avec, M. A E, ressortissant russe d'origine tchétchène. Celui-ci, présent en France depuis décembre 2012 et bien intégré dans la société française, est le père de ses deux enfants, D, né le 25 mai 2020, et Myriam, née le 17 septembre 2021. Enfin, l'intéressée expose qu'à son arrivée en France, elle a été prise en charge par son oncle et sa tante paternels. Dans ce contexte très spécifique - eu égard notamment à la durée significative de la présence en France de l'intéressée durant son enfance, à ses efforts d'insertion et à la réalité d'une vie familiale développée sur le territoire national avec un compatriote particulièrement bien intégré - le préfet de Maine-et-Loire, doit être regardé comme ayant méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français litigieuse doit être annulée.
5. L'annulation de la décision portant obligation pour Mme C de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de sa reconduite.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif de l'annulation, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la situation de Mme C dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, en munissant l'intéressée dans un délai de huit jours suivant cette notification d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans l'attente de ce réexamen, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Renard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci la somme de 700 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être reconduite d'office est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de munir l'intéressée, dans un délai de huit jours suivant cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans l'attente de ce réexamen.
Article 3 : Sous réserve que Me Renard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, celui-ci lui versera la somme de sept cents euros (700 euros) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F C, à Me Renard et au préfet de Maine-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.
Le magistrat désigné,
P. CHUPIN
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026