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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214861

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214861

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2022, M. C, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas examiné les conséquences de sa décision sur sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle eu égard au risque encouru en cas de retour dans son pays d'origine en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Guilbaud, représentant M. A, en présence de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né en juin 2004, déclare être entré irrégulièrement en France au mois de juin 2020. Par une ordonnance de placement provisoire puis par une ordonnance de mise sous tutelle du 21 décembre 2020, M. A a été confié à l'aide sociale à l'enfance du département de Loire-Atlantique. Le 19 mars 2022, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 6 octobre 2022, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 6 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

4. Il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A le titre de séjour prévu par les dispositions précitées au motif que, d'une part, les moyennes générales obtenues par M. A tant au premier qu'au second semestre de sa première année de formation de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " cuisine " sont fragiles, et d'autre part, que les appréciations des enseignants indiquent que l'intéressé ne maîtrise pas la langue française et qu'il manque de motivation pour le métier de la cuisine, et qu'ainsi, M. A ne peut prétendre à une scolarité réelle et sérieuse. Toutefois, si les résultats obtenus par M. A lors de sa première année de CAP " cuisine " effectuée en 2021-2022, à savoir une moyenne générale de 7,40 au premier semestre et de 8,63 au second semestre, sont relativement faibles, il ressort des pièces du dossier, et notamment des bulletins de note produits, que les difficultés scolaires que rencontre M. A, dont la présence en France est très récente, sont à corréler avec sa maîtrise de la langue française. En outre, le corps enseignant, hormis un seul et unique professeur, s'accorde à dire que M. A fournit des efforts, montre de l'intérêt et de la curiosité, qu'il participe, qu'il est sérieux et qu'il fait des progrès, et l'encourage à poursuivre ses efforts, notamment dans l'apprentissage de la langue française, pour pouvoir progresser dans chacune des matières. Par ailleurs, les différentes attestations de tiers, ainsi que l'avis de la structure, produits à l'instance par le requérant, témoignent notamment de ses efforts dans l'apprentissage de la langue française et de sa volonté de s'améliorer. Dans ces conditions, eu égard aux appréciations majoritairement positives et encourageantes du corps enseignant à l'égard de M. A, le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité au motif que l'intéressé ne justifierait pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation qualifiante. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. A a obtenu son CAP " cuisine " au mois de juillet 2023 avec une moyenne générale de 11,17, une telle circonstance, certes postérieure aux décisions contestées, révélant néanmoins une assiduité dans le suivi des études.

5. Il suit de là que M. A est fondé à demander, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'annulation du refus de séjour qui lui a été opposé le 6 octobre 2022. L'annulation du refus de séjour du 6 octobre 2022 entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions, du même jour, portant à l'encontre de M. A obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à défaut de se conformer à cette obligation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement, compte tenu du motif d'annulation retenu, implique qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A un titre de séjour dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du jugement, en lui délivrant dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Guilbaud de la somme de 1 000 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 6 octobre 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en lui délivrant dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Guilbaud la somme de 1000 euros (mille euros) dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guilbaud.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

cnd

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