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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2214865

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2214865

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2214865
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - M. LESIGNE
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2022, M. A N'famory B, représenté par Me Lietavova, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, ensemble l'arrêté du 8 novembre 2022 portant assignation à résidence pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans les 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 € par jour de retard, à défaut, enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation dans les deux mois suivant la notification du Jugement à intervenir sous astreinte de 50 € par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- L'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur de fait ;

- Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- La décision portant refus d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur de fait, d'erreur d'appréciation et de méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- La décision fixant le pays de renvoi est illégale par la voie de l'exception ;

- La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par la voie de l'exception ;

- La mesure d'assignation à résidence est illégale par la voie de l'exception.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2022, le préfet de la Sarthe a conclu au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. B par une décision du 10 janvier 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, magistrat honoraire, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 14 mars 2023 à 14H30 ainsi que les observations de Me Lietavova, représentant M. B, qui déclare qu'elle s'en réfère à ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ".

2. M. A N'famory B, ressortissant guinéen, né le 1er janvier 1995 à Boké, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 3 avril 2017. Il a demandé le statut de demandeur d'asile, qui lui a été refusé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision de son directeur en date du 31 juillet 2019, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile en date du 4 novembre 2019. Il s'est toutefois maintenu en France de manière irrégulière et a fait l'objet de deux précédentes décisions portant obligation de quitter le territoire français, en date des 17 février et 21 octobre 2020. Suite à son interpellation en date du 8 novembre 2022, le préfet de la Sarthe a pris à son encontre le même jour, sur le fondement du 1° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence pour une durée de six mois.

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par arrêté du 5 avril 2022 régulièrement publié, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et assignant le requérant à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

4. En deuxième lieu, si le requérant fait valoir que la date de son entrée sur le territoire français est entachée d'erreur de fait, il s'agit en l'espèce d'une erreur de plume, la date étant le 3 avril 2017 et non 2019, qui n'a pu avoir d'influence sur le sens de la décision attaquée, eu égard au fait en particulier que l'intéressé s'est vu délivrer deux décisions d'éloignement en début et fin d'année 2020. Le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, les liens familiaux que le requérant fait valoir, à savoir la présence en France de cousins et de son oncle maternel, eu égard à l'âge de l'intéressé en particulier, ne permettent pas de considérer que la décision d'éloignement attaquée porterait une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

Sur le refus d'un délai de départ volontaire :

6. La circonstance que M. B s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 17 février et 21 octobre 2020 suffisait à le faire regarder comme présentant un risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement attaquée, au sens de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. Le moyen tiré de l'illégalité de cette décision par la voie de l'exception doit être également écarté eu égard à ce qui a été dit aux points 3 à 5.

Sur les autres décisions :

8. Le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions par la voie de l'exception doit être écarté eu égard à ce qui vient d'être dit aux points 3 à 5.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A N'famory B et au préfet de la Sarthe et à Me Lietavova.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le magistrat désigné,

F. C La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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