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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215001

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215001

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 novembre 2022, le 3 mai 2023 et le 25 mai 2023, M. E D I et Mme C G, représentés par Me Poulard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 27 mai 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo refusant de délivrer à Mme G et aux enfants H D, B D, F D et A D des visas de long séjour en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial ;

2°) d'annuler la décision de l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo refusant de délivrer les visas sollicités ;

3°) d'enjoindre à l'ambassade de France en République démocratique du Congo de délivrer un visa de long séjour à Mme G et aux enfants H D, B D, F D et A D dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils ont présenté des documents d'état civil authentiques ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que le recours administratif devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été introduit tardivement et que la requête devant le tribunal est tardive.

Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 6 juillet 2023, postérieurement à la clôture automatique d'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, et n'a pas été communiqué.

Par décision du 12 septembre 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. D I.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D I, ressortissant de République démocratique du Congo séjournant régulièrement en France, soutient être marié à Mme G et être le père de leurs enfants H D, B D, F D et A D. Par leur requête, M. D I et Mme G demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 27 mai 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo refusant de délivrer à Mme G et aux enfants H D, B D, F D et A D des visas de long séjour en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. " Aux termes de l'article D. 312-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Les recours devant la commission mentionnée à l'article D. 312-3 doivent être formés dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de refus de visa. Ils doivent être motivés et rédigés en langue française. Ils sont seuls de nature à conserver le délai de recours contentieux jusqu'à l'intervention des décisions prévues à l'article D. 312-7. / La commission ne peut être régulièrement saisie que par une personne justifiant d'un intérêt lui donnant qualité pour contester la décision de refus de visa ou par un mandataire dûment habilité. "

3. Il ressort de la lecture de la décision de l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo qu'elle a été notifiée le 21 février 2022. La mention figurant dans la décision consulaire s'agissant de l'existence d'un recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne comporte toutefois aucune indication du caractère obligatoire de ce recours administratif préalablement à l'exercice d'un recours contentieux. En l'absence de cette mention, la notification de la décision consulaire à son destinataire ne permet pas de faire courir le délai de deux mois prévu à l'article D. 312-4 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le recours enregistré par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le 27 mai 2022 était bien recevable.

4. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; () ". Le premier alinéa de l'article 69 de ce décret fixe un délai de quinze jours pour contester les décisions des bureaux d'aide juridictionnelle.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. D I a été enregistrée le 30 août 2022, soit avant l'expiration du délai de recours contentieux ouvert contre la décision née du silence gardé par la commission sur le recours de M. D I. Par une décision du 12 septembre 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a rejeté la demande d'aide juridictionnelle. En l'absence de preuve de la date de réception de cette décision, le délai de recours de deux mois n'a pas recommencé à courir. La requête enregistrée le 14 novembre 2022 au greffe du tribunal a donc été présentée dans le respect du délai de recours contentieux.

6. Il résulte des points qui précèdent qu'il y a lieu d'écarter les fins de non-recevoir opposées en défense par le ministre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission s'est substituée à la décision de l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo. Les conclusions de la requête doivent donc être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de recours.

8. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa litigieuse comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité diplomatique française à en République démocratique du Congo, à savoir le motif tiré de ce que les déclarations des demandeurs conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre du regroupement familial.

9. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le sous-préfet de Saint-Nazaire a délivré à M. D I le 8 avril 2019 une autorisation de regroupement familial afin de lui permettre d'être rejoint en France par son épouse et ses quatre enfants. Si la décision consulaire, dont la commission s'est approprié le motif, relève que les déclarations des demandeurs révèlent le caractère frauduleux des demandes de visa présentées au titre du regroupement familial, les requérants nient toute fraude et celle-ci n'est pas établie par le ministre dans son mémoire en défense. Les requérants produisent en outre le jugement supplétif d'acte de naissance de Mme G rendu le 4 mars 2021 par une juridiction congolaise, la copie intégrale d'acte de naissance dressée en transcription du jugement au mois de mai 2021, ainsi que deux jugements du tribunal de grande instance de Kinshasa Matete dont il ressort que les enfants H D, B D, F D et A D, nés entre 2007 à 2014, sont issus de l'union de M. D I et Mme G. Dans ces conditions, les requérants sont bien fondés à soutenir que le motif de la décision attaquée est entaché d'erreur d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions de refus de visa opposées aux demandeurs.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme G et aux enfants H D, B D, F D et A D les visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur faire délivrer ces visas dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros à verser aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions de refus de visa opposées à Mme G et aux enfants H D, B D, F D et A D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire procéder à la délivrance des visas sollicités à Mme G et aux enfants H D, B D, F D et A D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera aux requérants une somme globale de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D I et à Mme C G et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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