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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215210

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215210

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer le certificat de résidence sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette même date ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de certificat de résidence :

- elle est entachée de vices de procédure dès lors que le préfet ne justifie pas de la régularité de l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII ; il n'est pas certain que le médecin rapporteur n'ait pas participé à la délibération du collège, ni que l'avis ait été signé lisiblement par les trois médecins membres du collège ;

- elle méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le préfet aurait dû tenir compte des circonstances humanitaires particulières dont il justifiait, tenant à son handicap et à l'assistance dont il bénéficie de la part de son frère en France ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du certificat de résidence sollicité ;

- elle méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité et obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 août 2023.

Postérieurement à cette clôture, le 6 septembre 2023, M. A a produit un mémoire qui n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cordrie a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 16 juin 1985, est entré en France le 23 février 2018 et a sollicité le 12 avril 2022 la délivrance d'un certificat de résidence en raison de son état de santé sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 17 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de certificat de résidence :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ". En vertu des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux demandes de certificats de résidence formées par les ressortissants algériens sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet délivre le titre de séjour au vu d'un avis émis par un collège à compétence nationale composé de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Cet avis est émis au vu d'un rapport médical établi par un autre médecin de l'OFII, qui ne peut pas siéger au sein du collège. Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. "

3. Il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 17 juillet 2022, ainsi que du bordereau de transmission de cet avis au préfet, versés au dossier par ce dernier, que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège, composé de trois autres médecins. Par ailleurs, cet avis est revêtu de la signature de chacun des trois médecins composant le collège. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été rendu au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

4. En second lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi auquel il pourrait avoir effectivement accès.

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour. Il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un certificat de résidence dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Par un avis rendu le 19 juillet 2022, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut n'était pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'intéressé pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine.

7. Pour contester le motif tiré de ce que le défaut d'une prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, M. A fait valoir que la qualité de travailleur handicapé lui a été reconnue par décision de commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du 4 octobre 2022 en raison de sa surdité, qu'il est titulaire d'une carte mobilité inclusive et que son handicap rend nécessaires un suivi auprès d'un médecin otorhinolaryngologue et un accompagnement social. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature, à elles seules, à remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'OFII ni celle du préfet selon laquelle un défaut de prise en charge médicale ne serait pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Au demeurant, le requérant ne verse aucune pièce au dossier permettant d'attester du suivi médical et de l'accompagnement social dont il fait état. Par ailleurs, dès lors que M. A n'apporte pas d'élément susceptible de démontrer qu'un défaut de prise en charge entrainerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne peut utilement se prévaloir qu'en cas de retour en Algérie, il bénéficierait d'une prise en charge de moins bonne qualité qu'en France et serait privé de l'assistance de son frère chez qui il est hébergé. Dès lors, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas fait une inexacte application du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en refusant d'accorder à M. A un certificat de résidence sur ce fondement.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, dès lors que le présent jugement rejette les conclusions dirigés contre la décision portant refus de certificat de résidence, le moyen tiré de ce que l'annulation de cette décision devrait entrainer, par voie de conséquence, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. M. A fait valoir que la décision attaquée aura pour effet de l'éloigner de son frère, qui séjourne en France au titre d'un certificat de résidence de dix ans, chez qui il est hébergé et qui l'assiste depuis plusieurs années. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ses parents ainsi que ses quatre autres frères et sœurs résident en Algérie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Il est par ailleurs célibataire et sans enfant. Dès lors, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

12. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que l'annulation de cette décision devrait entrainer, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Seguin.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

A. CORDRIE

La présidente,

V. GOURMELON La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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