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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215265

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215265

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSI HASSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2022, M. C A et M. B A, représentés par Me Si Hassen, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 février 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) a refusé la délivrance d'un visa de court séjour à M. C A et la décision du 20 avril 2022 par laquelle le président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil dès lors qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission de recours n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que la demande ne rentre pas dans les cas de refus de délivrance de visa prévues à l'article 32 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas (code des visas) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 5 mai 1989, a déposé une demande de visa d'entrée et de court séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Alger, en vue de rendre visite à son père. Par une décision du 28 février 2022, cette autorité a refusé de lui délivrer ce visa. Par une décision du 20 avril 2022, dont M. C A et M. B A demandent l'annulation, le président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision consulaire :

2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision du président de cette commission s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire française en Algérie. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision consulaire doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du président la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version à la date des décisions contestées, " une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". L'article D. 312-7 alinea 2 de ce code précise que " le président de la commission peut rejeter, sans réunir la commission, les recours manifestement irrecevables ou mal fondés ".

4. Par la décision attaquée, le président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté, sur le fondement de l'article D. 312-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le recours administratif prévu à l'article D. 312-3, en raison de son caractère manifestement mal fondé, au motif que ce recours, qui n'est pas motivé, n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause la décision consulaire du 28 février 2022. Une telle motivation, qui comporte, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement, satisfait aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen soulevé tenant à l'absence de motivation de la décision attaquée sera écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée n'excédant pas trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de court séjour, dans les conditions prévues à l'article 6 du règlement 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016. / Les demandes de visa de court séjour sont déposées et instruites dans les conditions prévues par les chapitres II et III du titre III du règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas ". L'article 32 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas précise par ailleurs que : " 1. Sans préjudice de l'article 25, paragraphe 1, le visa est refusé : / a) si le demandeur : () ii) ne fournit pas de justification quant à l'objet et aux conditions du séjour envisagé () vii) n'apporte pas la preuve qu'il dispose d'une assurance maladie en voyage adéquate et valide ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C A a été informé le 21 février 2022 du caractère incomplet de son dossier de demande de visa, en ce qu'il ne comportait pas la justification d'une assurance maladie adéquate et valide pour la durée de son séjour en France, ainsi que l'exigent les stipulations de l'article 32 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 précité. En l'absence d'une telle pièce probante de nature à établir avec certitude la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales, hospitalières et d'aide sociale que l'intéressé serait susceptible d'engager durant son séjour en France, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Compte-tenu de ce qui a été dit au point 6, et considérant tant la nature du visa sollicité que la courte durée du séjour envisagée (dix jours), le président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa n'a pas porté au droit des intéressés au respect de leur vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par la décision contestée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, la requête de M. C A et M. B A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A et M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à M. B A, à Me Si Hassen et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Dubus, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P.BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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