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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215291

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215291

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, M. E F, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans l'un et l'autre cas dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. F ne sont pas fondés.

M. F a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Livenais, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant marocain né en 1987, déclare être entré sur le territoire national au cours de l'année 2019. Ayant épousé le 24 avril 2021 Mme A G, ressortissante française, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 3 juin 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. F demande au tribunal d'annuler la décision portant refus de titre de séjour précitée.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 11 avril 2022 paru au recueil des actes administratifs de la préfecture le jour même, le préfet de la Loire-Atlantique a, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique, donné délégation à son adjoint, M. B, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le requérant ne contestant pas que Mme C était absente ou empêchée à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire manque, ainsi, en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux ressortissants marocains en vertu des stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. F et notamment les conditions de son entrée sur le territoire ainsi que son mariage avec une ressortissante française. Elle satisfait ainsi aux obligations mises à la charge de l'administration par l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait. En outre, il résulte de cette motivation suffisante de la décision attaquée que le préfet a procédé, avant de prononcer le refus de titre de séjour, à un examen réel et sérieux de la situation de M. F.

4. En troisième lieu, aux termes de L'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Pour refuser de délivrer au requérant le titre de séjour qu'il avait sollicité en qualité de conjoint de française, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne remplit pas la condition d'une entrée régulière en France, prescrite par les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

6. L'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. F, qui ne relève pas des exceptions prévues à l'article R. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne justifie ni être entré en France sous couvert d'un visa de long séjour et donc satisfaire à la condition posée par l'article L. 412-1 du même code, à laquelle est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 de ce code, ni être entré régulièrement sur le territoire sous couvert d'un visa de court séjour et avoir, à cette occasion, souscrit une déclaration d'entrée sur le territoire français alors que cette preuve d'entrée régulière conditionne la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du même code. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. F en qualité de conjoint de ressortissant français pour ce seul motif.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et de droits de l'homme : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le mariage de M. F et de Mme G ne présentait qu'une durée d'un an à la date de la décision attaquée, le requérant ne justifiant pas, par les pièces qu'il produit à l'instance, d'une vie commune antérieure au mariage. L'intéressé qui, à l'exception de son épouse, ne peut se prévaloir d'aucune attache familiale en France, alors même qu'il n'est pas dépourvu de telles attaches au Maroc, ne saurait par ailleurs utilement se prévaloir de la naissance de l'enfant mineure D F, premier enfant du requérant et de Mme G, cette circonstance étant postérieure à la décision attaquée. Dans ces conditions, compte tenu du caractère récent de l'établissement en France des liens familiaux de M. F, le préfet de Loire-Atlantique ne peut être regardé comme ayant méconnu, en l'espèce, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs de fait, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. D'une part, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. F invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. D'autre part, et à les supposer invoqués contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens de légalité externe et interne invoqués par M. F contre la décision portant refus de titre de séjour doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux rappelés aux points précédents.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAIS

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERG

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2215291

hm/ell

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