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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215293

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215293

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 novembre 2022 et 25 mai 2023, M. B A, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles L. 435-3 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que le préfet a méconnu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité des décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Livenais, président-rapporteur,

- et les observations de Me Desfrançois, substituant Me Guilbaud, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né en 2003, déclare être entré irrégulièrement en France au cours du mois d'août 2020. Par une ordonnance du 26 janvier 2021 du tribunal judiciaire de Nantes, il a été confié au conseil départemental de la Loire-Atlantique au titre de l'aide sociale à l'enfance. M. A a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 435-3 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 15 juin 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui le fondent, en particulier les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles du code des relations entre le public et l'administration ainsi que les articles L. 423-23, L. 435-1, L. 435-3, L. 611-1-3, L. 611-3, L. 612-1, L. 612-5, L. 612-12, L. 613-3, L. 721-3, L. 722-1 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué est suffisamment motivé en droit. En outre, l'arrêté attaqué mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, sur lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé pour prendre les décisions attaquées. D'une part, l'arrêté mentionne la date supposée de l'entrée en France de l'intéressé de manière irrégulière, son placement provisoire par le tribunal judiciaire de Nantes et sa mise sous tutelle, les détails de l'avis défavorable de la police aux frontières du 16 mai 2022 quant à l'authenticité des justificatifs d'état civil produits par le requérant et notamment, l'extrait du registre d'état civil produit ne respectant pas les articles 24 et 42 du code civil ivoirien, l'armoirie superposant le mot " état civil ", l'absence d'alignement de la partie supérieure de l'acte ainsi que la présence d'une légalisation non avenue au verso de l'acte. D'autre part, l'arrêté mentionne les éléments de biographie relatifs à M. A, notamment sa situation de célibataire sans enfant, son absence de liens familiaux sur le territoire et son isolement, son parcours scolaire, son impossibilité de justifier de ses ressources, et l'absence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. Ainsi, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé tant en droit qu'en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté. Enfin, pour les mêmes motifs qui viennent d'être exposés, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas précédé l'édiction de l'acte attaqué de l'examen de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Enfin, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'un acte d'état civil étranger, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit, en conséquence, se fonder sur l'ensemble des éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. Pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a retenu que l'intéressé ne justifie pas de son état civil ni, par suite et au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et celui de dix-huit ans.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A a produit un extrait d'acte de naissance du 30 décembre 2003 et dressé le 22 septembre 2020 par un officier d'état civil, le sous-préfet de Tiassale, ainsi que les copies de sa carte consulaire et de son passeport, délivrés respectivement les 23 juillet et 17 août 2021 par le consulat de Côte d'Ivoire. Pour remettre en cause le caractère authentique de l'extrait d'acte de naissance ainsi produit, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé notamment sur les constatations tirées de l'avis défavorable rendu par les services spécialisés de la police aux frontières, daté du 16 mai 2022, qui a été au demeurant communiqué au requérant. Au regard de ces constatations, le préfet a regardé l'extrait de l'acte de naissance produit par M. A comme apocryphe au motif, notamment, que ce document n'est pas conforme aux dispositions des articles 24 et 42 du code civil ivoirien.

8. Il est constant qu'il ressort des dispositions, d'une part de l'article 42 du code civil ivoirien qui sont relatives aux règles propres aux actes de naissance que ces derniers doivent supporter les mentions tenant à l'année, le mois, le jour, l'heure, le lieu de naissance, le sexe de l'enfant et les prénoms qui lui sont donnés ainsi que les prénoms, noms, âges, nationalités, professions et domiciles des père et mère et s'il y a lieu ceux du déclarant et que, d'autre part, il ressort des dispositions de l'article 24 du même code, relatives aux règles communes à tous les actes de l'état civil, que ces derniers doivent comporter de façon obligatoire les mentions tenant à l'année, le mois, le jour et l'heure de réception des actes de l'état civil, des prénoms, noms, professions, domiciles et si possible des dates et lieux de naissance de tous ceux qui y sont dénommés. Toutefois, l'extrait du registre de l'état civil produit par le requérant ne fait pas état de l'heure de naissance et du sexe de l'intéressé, de la nationalité, de la profession et du domicile des père et mère. Au regard de ce manquement aux obligations prévues par la loi ivoirienne en matière d'actes d'état-civil, le préfet, qui n'était pas tenu de faire procéder à une levée d'acte, a exactement apprécié les faits de l'espèce en estimant que la minorité de M. A, lors de son entrée en France et de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, n'était pas établie, faute pour lui de n'avoir pas produit à l'instance son acte de naissance, et sans qu'il soit besoin pour le préfet d'avoir à s'interroger sur la qualité et le sérieux de la formation professionnelle suivie par l'intéressé. Dans ces conditions, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 435-3 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. En troisième lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L.423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans enfant, déclare être entré en France au mois d'août 2020, sans toutefois pouvoir en justifier, et qu'il entend se prévaloir de la durée de son séjour sur le territoire. A la supposer établie à compter du mois d'août 2020, cette durée de présence sur le territoire français était, en tout état de cause, de moins de deux ans à la date de la décision attaquée. L'intéressé se prévaut en outre de ce que le centre de ses intérêts se situe désormais en France, de ce qu'il poursuit son projet professionnel de façon très sérieuse, et de ce qu'en disposant d'un réseau d'amis il justifie de liens sociaux forts sur le territoire. Toutefois, si le caractère sérieux de la poursuite de son projet professionnel n'est pas contesté par le préfet de la Loire-Atlantique, celui-ci ne saurait justifier à lui seul d'une intégration professionnelle particulière de l'intéressé sur le territoire national. M. A n'apporte par ailleurs aucun élément concernant la réalité, la stabilité et l'intensité des relations amicales qu'il entretiendrait, ni aucun autre élément complémentaire de nature à établir son intégration sociale sur le territoire national. Il ne justifie pas davantage qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de la Loire-Atlantique au regard de ces dispositions et stipulations, doivent être écartés.

11. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

12. Eu égard aux motifs exposés au point 10 du présent jugement et en dépit de l'expérience professionnelle acquise par M. A dans le cadre de sa formation, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait, dans l'exercice du large pouvoir qu'il tient de ces dispositions, commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission de l'intéressé au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie par des motifs exceptionnels. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, eu égard aux motifs exposés précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

15. En troisième et dernier lieu, et pour les mêmes motifs de fait que ceux précédemment exposés, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Puis, aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

17. Eu égard aux motifs exposés au point 3 ci-dessus, la décision attaquée est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

19. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué, selon lesquelles M. A n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y est exposé à des peines et traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où, depuis son arrivée sur le territoire français, il n'a pas effectué de démarches pour solliciter le statut de réfugié et ne fait pas état de risques en cas de retour dans son pays d'origine, que le préfet de la Loire-Atlantique a bien procédé, avant de fixer le pays de destination, à un examen des risques encourus par le requérant en cas de retour en Côte d'Ivoire. Au surplus, M. A ne précise pas en quoi la désignation de la Côte-d'Ivoire comme pays de renvoi serait contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces articles ne peut qu'être écarté.

20. En troisième et dernier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision portant fixant le pays de destination.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Louise Guilbaud.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAIS

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERGLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

gf/ell

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