vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2215414 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CESSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 novembre et 8 décembre 2022, Mme B C, représentée par Me Cesse, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet n'a pas régulièrement et suffisamment examiné sa situation, au moins sur le plan de la vie privée et familiale ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-10 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un vice d'incompétence, d'un défaut de motivation, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante ivoirienne née le 6 août 1978, est entrée en France le 27 septembre 2019, munie d'un visa de court séjour, accompagnée de ses deux enfants mineurs nés respectivement en 2007 et 2013. Hébergée par une compatriote au Mans, elle a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant qu'accompagnante d'un enfant malade, et sur celui de l'article L. 435-1 du même code, relatif à l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 19 octobre 2022, le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Il ressort des pièces du dossier que M. Zabouraeff a reçu, par un arrêté du préfet de la Sarthe du 19 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, énonce les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Il vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 425-10 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il retrace le parcours de Mme C depuis son entrée sur le territoire français, notamment son arrivée en 2019 avec ses enfants sous couvert d'un visa court séjour, l'état de santé de sa fille mineure et précise de façon suffisamment détaillée les raisons pour lesquelles le préfet a estimé que l'intéressée ne remplissait pas les conditions énoncées par l'article L. 425-10 et l'article L. 435-1 mentionnés ci-dessus. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de titre de séjour attaqué doit être écarté. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen précis et approfondi de la situation personnelle de la requérante, préalablement au rejet de sa demande de titre de séjour.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".
6. Mme C fait valoir que l'état de santé de sa fille, prénommée D, née le 13 septembre 2013, nécessite des soins et un suivi médical régulier par un ophtalmologue qui doit être assuré en France. Toutefois, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), consulté sur la demande de titre de séjour de la requérante, a estimé, dans son avis émis le 26 août 2022, que si l'état de santé de l'enfant D nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces des dossiers que la jeune D, qui souffrait d'une forte myopie avec astigmatisme, a été opérée pour une cataracte bilatérale à l'hôpital Necker en 2020. Grâce aux implants oculaires et à la capsulotomie au laser dont elle a bénéficié respectivement en 2020 et en 2022 dans cet hôpital, sa vision a été améliorée. Elle était d'ailleurs décrite comme une bonne élève " sachant lire en y mettant le ton " alors qu'elle était en classe de CE2. Aucune des pièces versées au dossier n'est de nature à remettre en cause l'avis émis par le collège médical de l'OFII, que le préfet de la Sarthe s'est approprié. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Sarthe aurait inexactement appliqué l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
8. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité caractérisée par des difficultés de recrutement et figurant sur la liste établie au plan national par l'autorité administrative, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
9. Si l'intéressée fait valoir qu'elle remplit les conditions d'une admission au séjour sur le fondement de considérations humanitaires, eu égard à la circonstance qu'elle a été victime d'excision dans son pays d'origine et qu'elle cherche à protéger sa fille du même sort, la décision portant refus de séjour n'a, en tout état de cause, ni pour effet, ni pour objet de l'éloigner du territoire français. La requérante justifie s'être investie dans le centre social des quartiers Sud du Mans et en tant que parente d'élève. Elle fait valoir qu'une fois sa situation administrative régularisée, elle trouvera rapidement un emploi dans le commerce, secteur dans lequel elle a travaillé en Côte d'Ivoire. Elle n'étaye toutefois cette allégation d'aucune justification d'un projet précis d'insertion professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme C, né en 2007, entré en France avec sa mère, est reparti en Côte d'Ivoire puis est ensuite revenu en France, a été scolarisé en classe de première durant l'année 2022-2023 puis en classe de terminale durant l'année suivante et a bénéficié d'une bourse du rectorat. La jeune D, scolarisée depuis son entrée en France, se trouvait quant à elle en classe de CM1 à la date de la décision attaquée. L'ensemble de ces éléments, s'ils attestent d'une bonne insertion sociale de la requérante et de ses deux enfants, ne suffisent pas à établir que l'intéressée, qui ne résidait en France que depuis trois ans à cette dernière date et dont l'état de santé de sa fille s'était significativement amélioré, puisse être regardée comme justifiant d'un motif d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, non plus que de considérations humanitaires. Comme il a été dit, elle ne fait état d'aucun projet professionnel étayé. Il en résulte que, dans l'exercice du pouvoir d'appréciation qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas respecté l'ordre d'examen de la situation de Mme C tel qu'énoncé au point 8, n'a pas commis d'erreur manifeste en refusant à cette dernière le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
11. Il ressort des pièces du dossier, que Mme C, entrée sur le territoire français à l'âge de quarante et un ans, n'y était présente que depuis trois ans à la date de la décision attaquée. Séparée du père de ses deux enfants, elle ne fait état d'aucun lien familial, autre que celui qui la lie à ses enfants, sur le territoire français. Elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses frères et son père, et pourra y reconstituer sa cellule familiale avec ses deux enfants mineurs, en l'absence de circonstances particulières qui s'opposeraient à ce qu'ils poursuivent leur scolarité hors de France. Ainsi et pour les raisons exposées au point 9, l'ensemble de ces éléments ne permettent pas de considérer qu'en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. Mme C soutient que la décision attaquée méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en ce qu'elle fait porter, sur sa fille, un risque d'excision en cas de retour en Côte d'Ivoire. Toutefois, comme il a été dit, le refus de titre de séjour opposé, qui n'a pas pour effet de séparer l'enfant de sa mère, n'emporte pas en lui-même mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
15. Le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision qui, par elle-même, n'implique pas le retour de Mme C dans son pays d'origine.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
17. Il est constant que Mme C s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, le préfet de la Sarthe a pu fonder l'obligation de quitter le territoire français attaqué sur le 3° précité de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans commettre ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Comme il vient d'être rappelé, le 3° de l'article L. 611-1 est relatif à l'hypothèse où, comme en l'espèce, l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
19. En troisième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
20. Mme C a présenté une demande de titre de séjour. A cette occasion, elle a eu la possibilité de faire valoir tous éléments justifiant qu'elle soit autorisée à séjourner en France et ne soit pas contrainte de quitter ce pays et de retourner, en particulier, en Côte d'Ivoire. Elle n'allègue pas avoir vainement demandé un entretien pour faire valoir des observations orales. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français attaquée a été prise à l'issue d'une procédure entachée d'une méconnaissance du droit d'être entendu.
21. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 11, le préfet de la Sarthe n'a pas, en faisant obligation à la requérante de quitter le territoire français, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.
22. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
23. Le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision qui, par elle-même, n'implique pas le retour de Mme C dans son pays d'origine.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
24. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à Mme C ayant été écartés, l'intéressée n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
25. En second lieu, les moyens soulevés par Mme C, tirés de ce que la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut de motivation, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés comme n'étant pas assortis de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
26. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, combinées avec celle de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de la Sarthe et à Me François Cesse.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSE
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026