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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215516

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215516

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 novembre et 8 décembre 2022, Mme A C B, représentée par Me Ifrah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Sarthe de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens communs :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

- les décisions qu'il comporte sont insuffisamment motivées.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- sa situation et sa demande n'ont pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle pouvait bénéficier d'un titre de séjour étudiant au regard de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- son droit d'être entendu n'a pas été respecté et aucune procédure contradictoire n'a été mise en œuvre ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 7, 4° de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 en ce que le préfet de la Sarthe a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 19 décembre 1993, déclarant être entrée irrégulièrement en France le 1er septembre 2022, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 19 octobre 2022, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. Zabouraef, secrétaire général de la préfecture, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous actes et décisions relatifs aux attributions de l'Etat dans le département à certaines exceptions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français ou fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte litigieux manque, dès lors, en fait.

3. En second lieu, l'arrêté contesté fait mention des motifs utiles de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'une ou l'autre de ces mesures serait insuffisamment motivée.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des motifs de l'arrêté en litige que le préfet de la Sarthe a procédé, à l'issue de l'instruction de sa demande de titre de séjour, à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B, avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen invoqué à ce titre manque donc en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'alinéa 2 de l'article 9 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7bis al 4 et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ". Aux termes du titre III du protocole annexé au premier avenant de ce même accord : " les ressortissants algériens qui () font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourse ou autres ressources) reçoivent, sur présentation d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, () un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention étudiant ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas justifié être en possession d'un visa de long séjour à l'appui de sa demande de certificat de résidence portant la mention " étudiant ", comme l'exigent les stipulations de l'accord franco-algérien précitées. Dès lors, le préfet a pu refuser, sans entacher sa décision d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, de délivrer à l'intéressée le titre de séjour qu'elle sollicitait en qualité d'étudiante.

7. En troisième lieu, eu égard à son entrée très récente en France, à la date de la décision en litige, Mme B, qui est au demeurant célibataire et sans charge de famille et n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, n'est pas fondée à soutenir que le refus de lui délivrer un titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels a été prise cette décision. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, eu égard à l'objet de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en vertu duquel nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par l'arrêté contesté, pris par une autorité d'un État membre, est inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En l'espèce, la requérante ne fait état d'aucune circonstance qui, si elle avait été portée à la connaissance du préfet, aurait pu amener celui-ci à ne pas décider son éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de la requérante à être entendue ne saurait être accueilli.

10. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables en matière de droit au séjour des étrangers, cette matière étant entièrement régie par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". En l'espèce, c'est à bon droit que le préfet de la Sarthe a assorti le refus d'admission au séjour de Mme B d'une obligation de quitter le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se soit cru tenu de prendre une telle mesure à l'encontre de l'intéressée, en sorte que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

12. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 est inopérant dans le cadre de la contestation de l'obligation de quitter le territoire français en litige.

13. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7.

14. En dernier lieu, eu égard à l'objet de la décision contestée, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de Mme B doit être écarté.

16. En second lieu, la requérante ne fait état d'aucun élément permettant d'établir que sa vie ou sa liberté serait menacée en Algérie ou qu'elle y serait exposée à la torture ou à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Sarthe aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, à Me Ifrah et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

C. CANTIÉ

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

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