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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215616

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215616

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGOUACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Gouache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 du préfet de la Loire-Atlantique portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et, ce, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1800 euros à verser à Me Gouache en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation des deux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 29 juin et 2 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de Me Soreau, substituant Me Gouache, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant turc né le 15 octobre 1979, est entré en France muni d'un visa de court séjour le 16 mai 2019, et s'est maintenu irrégulièrement par la suite. Il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 7 juin 2021 sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 juin 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté attaqué du 3 juin 2022 a été signé par M. E B, directeur adjoint des migrations et de l'intégration à la préfecture de Loire-Atlantique qui a reçu délégation du préfet de la Loire-Atlantique par arrêté du 11 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, " tous arrêtés, décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration " à l'exception de quelques décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, la directrice des migrations et de l'intégration n'aurait pas été absente ou empêchée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 3 juin 2022 doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, vise l'ensemble des textes qui lui ont servi de fondement, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 421-1 et L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il retrace le parcours de M. C depuis son entrée sur le territoire français, et recense les différentes considérations de fait qui ont justifié que lui soit refusée la délivrance du titre de séjour sollicité, notamment son absence d'attaches familiales stables et durables en France, ainsi que la présence de son épouse et de ses trois enfants dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" () ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité caractérisée par des difficultés de recrutement et figurant sur la liste établie au plan national par l'autorité administrative, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. M. C soutient que la décision attaquée révèle un défaut d'examen particulier de sa situation, une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'il aurait produit à l'appui de sa demande de titre, une promesse d'embauche qui satisferait aux conditions exigées par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur, pour obtenir l'admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié. Pour autant, il ressort de la motivation de la décision portant refus de séjour, que le préfet a procédé à un examen précis de la situation personnelle du requérant avant de rejeter sa demande de régularisation pour justifier d'une admission exceptionnelle au séjour.

8. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français à l'âge de quarante ans, sans sa femme et ses enfants qui résident encore dans son pays d'origine. S'il atteste être hébergé chez ses parents qui résident régulièrement sur le territoire français, M. C n'apporte aucun élément qui établirait la réalité de son intégration dans la société française. Par ailleurs, si le requérant produit une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée, datée du 20 avril 2021, auprès de la société Keskin Construction qui soutient avoir fait les démarches en vue d'obtenir une autorisation d'embaucher l'intéressé, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande aurait été satisfaite. Si l'intéressé soutient avoir acquis en Turquie une expérience professionnelle dans le domaine de la maçonnerie et que le métier de maçon est en tension en Loire-Atlantique, il ne fait pas état, ce faisant, de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels qui justifieraient la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Loire-Atlantique a pu refuser de l'admettre exceptionnellement au séjour en qualité de salarié.

9. En troisième lieu, un refus de séjour ne peut être légalement opposé s'il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale d'un ressortissant étranger et s'il méconnait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, au regard de la situation familiale de M. C dont l'épouse réside dans son pays d'origine ainsi que ses enfants, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant refus de séjour, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, et compte tenu des motifs énoncés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En l'absence d'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de destination.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 3 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

15. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Gouache.

Délibéré après l'audience du 30 aout 2023 à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

La rapporteure,

J-K. D

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

N°221616

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