jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2215902 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2022, M. B A, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour l'autorisant à travailler, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il réside habituellement en France depuis le mois d'avril 2011 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien de mars 1988 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il vit en France depuis onze ans ; ses trois frères et sœurs vivent en France ; il a une relation avec une ressortissante française depuis 2019 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation ; le préfet n'apporte aucune preuve quant à l'usage d'une fausse carte d'identité ; le préfet ne précise pas dans quel cadre il a été procédé aux vérifications concernant la fausse carte d'identité italienne ; il n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale ; l'usage d'un faux document ne suffit pas à caractériser une menace à l'ordre public ; le non respect des principes républicains et l'absence d'intégration dans la société française ne constituent pas des critères pris en compte par l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas sa situation au regard de l'admission exceptionnelle au séjour ; le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour sur ce fondement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le motif tiré de l'utilisation d'une fausse carte d'identité faisant obstacle à la délivrance d'une carte de séjour en application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peut être neutralisé, le refus de séjour étant fondé sur d'autres motifs ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par ordonnance du 11 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 juin 2023.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2023.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie modifié en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- l'accord cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne signé à Tunis le 28 avril 2008 et publié par le décret n° 2009-905 du 24 juillet 2009 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Thullier substituant Me Bourgeois, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né en septembre 1990, est entré en France le 1er avril 2011, sous couvert d'un visa de court séjour de trente jours. Une demande d'admission exceptionnelle au séjour a été rejetée par une décision du 25 septembre 2014 portant en outre obligation de quitter le territoire français. Son recours contre ces décisions du 25 septembre 2014 a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes, et son appel par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes. Par un courrier du 6 septembre 2021, M. A a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en faisant valoir la durée de son séjour en France. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 13 octobre 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B A demande au tribunal d'annuler les décisions du 13 octobre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France en avril 2011, à l'âge de vingt ans. Il produit de nombreuses pièces de nature variée et probante au titre des années 2011 à 2022 établissant sa présence en France, notamment à raison de plusieurs documents pour chaque année, tels que des ordonnances ou devis établis par des médecins généralistes, des médecins ophtalmologues ou des médecins dentistes ou la réalisation d'analyses médicales (2011, 2012, 2013, 2014, 2016, 2018, 2019, 2020, 2021), des relevés de sécurité sociale démontrant la consultation régulière de médecins en France ou la dispensation de médicaments par des pharmacies (2016, 2017, 2018, 2020), des documents démontrant des passages aux urgences ou d'autres services du centre hospitalier universitaire ou d'une clinique privée (2012, 2016, 2017, 2018) ainsi que des dons du sang opérés auprès de l'Etablissement français du sang (2019, 2020). Pour les années les plus récentes (2020, 2021 et 2022), il produit des bulletins de salaire très réguliers, démontrant ainsi avoir travaillé sur le territoire français. Au titre des années 2013, 2014 et 2015, il produit également les tickets mensuels de transports en commun de l'agglomération nantaise, qui s'ils ne comportent pas son nom, comportent la mention du numéro de sa carte de transport " moins de 26 ans " à laquelle ils sont associés. M. A produit également au titre des années 2014 et 2015 sa licence de boxe auprès d'un club de sport nantais. Il produit enfin également d'autres documents de nature à établir sa présence en France tels que des documents signés auprès d'une agence bancaire de Loire-Atlantique (décembre 2013, janvier 2017, juillet 2017, juillet 2019, août 2019), ou des démarches auprès des autorités consulaires tunisiennes à Paris ou en région parisienne (juillet 2011, janvier 2021).
4. Par ailleurs, et alors que plusieurs membres de la fratrie de l'intéressé résident régulièrement en France, il ressort des pièces du dossier que M. A a une relation stable avec une compagne de nationalité française, avec laquelle il justifie d'une vie commune depuis l'année 2020. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé justifie avoir travaillé ponctuellement en juin, juillet et décembre 2019, en janvier, février, avril et juillet 2020 puis de manière presque continue depuis septembre 2020 et avoir suivi une formation en octobre 2020. Enfin, si le préfet a relevé que l'intéressé aurait utilisé une fausse carte d'identité italienne, le seul rapport de police produit ne permet pas, en tout état de cause, d'établir la véracité de cette allégation, le préfet demandant en outre au tribunal de neutraliser ce motif. Dans ces conditions, compte tenu de la durée de la présence en France de M. A, de ses attaches privées et familiales, et de son intégration professionnelle, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et méconnu tant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que M. A est fondé à demander l'annulation du refus de séjour qui lui a été opposé le 13 octobre 2022. L'annulation de cette décision entraine par voie de conséquence l'annulation des autres décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par conséquent, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à cette délivrance dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bourgeois de la somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 13 octobre 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bourgeois la somme de 1 200 euros dans les conditions prévues à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Bourgeois.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
R. HANNOYER
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026