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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215941

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215941

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 3ème chambre
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 décembre 2022 et le 14 mars 2023, M. D A, représenté par Me Perrot, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022, par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré et l'a obligé à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay le Comte pour y indiquer les diligences accomplies en vue de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de procéder au réexamen de sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- cette décision a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet a méconnu les engagements pris par les autorités françaises de ne pas éloigner les ressortissants afghans vers l'Afghanistan ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de la reconduite :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen circonstancié de sa situation personnelle notamment au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de présentation :

- Cette décision est entachée d'incompétence ;

- Elle est illégale du fait de de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Degommier, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Degommier, magistrat désigné,

- et les observations de Me Perrot, avocate de M. A, assisté de M. C B, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant afghan, né le 5 mai 1993, est entré irrégulièrement en France le 20 octobre 2021. Il a déposé une demande d'asile le 20 octobre 2021. Sa demande a été rejetée par une décision du 5 avril 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par une décision du 17 octobre 2022, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet. Par arrêté du 14 novembre 2022, le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en application du 4° de l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et l'a obligé à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay le Comte pour y indiquer les diligences accomplies en vue de son départ. M. A demande au Tribunal d'annuler cet arrêté du 14 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. ().

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée. Par arrêté du 8 avril 2022, régulièrement publié le 11 avril 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet de la Vendée lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi des étrangers en situation irrégulière. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué manque en fait.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. L'arrêté mentionne, par ailleurs, des éléments de la biographie de l'intéressé et de son parcours migratoire, notamment le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et par la Cour nationale du droit d'asile, sa situation familiale, l'absence de lien personnel ou familial en France. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé, tant en droit qu'en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, relatif au droit à une bonne administration : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Et aux termes de l'article 51 de la même charte, relatif à son champ d'application : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que le rappelle la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 5 novembre 2014, Mukarabega, aff. C-166-13, ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

6. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant que celle-ci n'intervienne.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, que M. A a présenté une demande d'asile ; il a ainsi été en mesure, tout au long de l'instruction de sa demande de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur les mesures envisagées en cas de rejet de sa demande avant que celles-ci n'interviennent. En outre, il n'ignorait pas, à la suite de la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile, qu'il ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire national, en l'absence de tout autre demande de sa part tendant à se voir délivrer un titre de séjour sur un autre fondement. Il est constant que, postérieurement à cette date, l'intéressé n'a signalé au préfet de la Vendée aucun changement relatif à sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. A, notamment au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, avant de lui faire obligation de quitter le territoire français. La circonstance alléguée que les autorités françaises auraient manifesté leur intention de ne pas éloigner des ressortissants afghans vers l'Afghanistan est à cet égard sans incidence. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. A ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ainsi qu'il a été dit, est entré en France le 20 octobre 2021, que sa présence en France est ainsi récente et liée pour l'essentiel à l'instruction de sa demande d'asile, définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 octobre 2022, alors qu'il est constant que le requérant a vécu jusqu'à ses 28 ans en Afghanistan, pays où il n'établit pas être dépourvu de ses attaches familiales et culturelles. M. A, célibataire et sans enfant, ne justifie pas de relations anciennes, intenses et stables en France. Dans ces conditions, le préfet de la Vendée, dont aucune pièce n'établit qu'il s'est cru lié par les décisions des instances asilaires, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de la reconduite :

13. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. A, notamment au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ", et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. M. A soutient avoir des craintes actuelles et graves pour sa vie et son intégrité physique en cas de renvoi en Afghanistan, notamment dans le district de Charikhar faisant partie de la province de Parwan, dont il est originaire, en raison de la situation sécuritaire dans ce pays. Toutefois, il se borne à évoquer la situation générale en Afghanistan ainsi que son occidentalisation, sans apporter aucune précision utile sur ce dernier point. Or, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. En particulier, la cour nationale du droit d'asile a considéré que M. A n'a invoqué aucun élément probant propre à son parcours ou à son profil, de nature à établir qu'il risquerait, d'être regardé, en cas de retour en Afghanistan, en raison d'une occidentalisation, effective ou imputée, comme défavorable aux nouvelles autorités ou à l'idéologie prônée par certains groupes armés présents dans le pays, et d'être persécuté à ce titre, qu'il n'a apporté aucun élément permettant d'établir que son profil présenterait une vulnérabilité particulière susceptible de l'exposer personnellement à un risque d'atteinte grave. La cour a également précisé qu'il résulte des sources d'informations publiques disponibles et pertinentes sur l'Afghanistan, notamment, des rapports de l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (AUEA), sur la situation sécuritaire en Afghanistan publiés en septembre 2021 et en janvier 2022, que, depuis le 15 août 2021, la victoire militaire des forces talibanes, conjuguée à la désagrégation des autorités gouvernementales et de l'armée nationale afghane et au retrait des forces armées étrangères, a, pour l'essentiel, mis fin au conflit armé qu'a connu le pays depuis de nombreuses années et que la situation prévalant dans ce pays ne peut plus être regardée comme une situation de conflit armé caractérisée par une violence aveugle. M. A reprend pour l'essentiel, devant le tribunal, les éléments qu'il a fait valoir devant la cour. Il produit également le rapport de l'agence de l'union européenne pour l'asile d'août 2022 qui fait état d'incidents de sécurité notamment dans la province de Parwan, toutefois, ce document ne suffit pas, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, à établir qu'il serait exposé personnellement à des risques de traitements inhumains et dégradants. En tout état de cause, il appartiendra au préfet de la Vendée d'apprécier l'incidence des éléments d'actualité les plus récents relatifs à la situation prévalant dans le pays d'origine du requérant sur l'exécution de sa décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de présentation :

17. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant M. A à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte afin d'indiquer ses diligences dans la préparation de son départ, doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. En vertu des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le juge ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Perrot et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le magistrat désigné,

S. DEGOMMIER

Le greffier,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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