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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215964

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215964

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215964
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMOREAU TALBOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, M. F D, représenté par Me Moreau Talbot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ainsi que l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le même préfet l'a assigné à résidence pour une durée de six mois avec l'obligation de se présenter chaque semaine le lundi à la gendarmerie de Bouguenais ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de délivrer une autorisation de séjour provisoire, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable car présentée dans les délais ;

S'agissant de l'ensemble des décisions ;

- il n'est pas établi que l'arrêté a été signé par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du principe général du droit de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant à son identité et quant au fait qu'il aurait fait usage de trois identités différentes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise sans que le préfet de la Loire-Atlantique n'ait examiné sa situation personnelle ; il n'a pas pu faire valoir ses droits avant la décision ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant à son identité et quant au fait qu'il aurait fait usage de trois identités différentes ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision de signalement aux fins de non admission dans le système Schengen :

- il n'a pas fait l'objet d'une mesure d'interdiction de retour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision l'assignant à résidence :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du principe général du droit de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inapplicable ;

- elle est entachée d'une erreur de fait puisque la décision l'assigne à une adresse différente de la sienne ; elle comporte également une erreur concernant son nom et le fait qu'il aurait fait usage de plusieurs identités ;

- elle est injustifiée et disproportionnée du fait de sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par ordonnance du 1er mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 mars 2023.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 août 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant algérien né en juillet 1998, déclare être entré irrégulièrement en France vers novembre 2019. Il a été placé en garde à vue le 29 novembre 2022 par les services de police. Par deux arrêtés du 30 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique lui a successivement fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois avec l'obligation de se présenter chaque semaine le lundi à la gendarmerie de Bouguenais. M. D demande au tribunal d'annuler les décisions du 30 novembre 2022.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Les arrêtés attaqués ont été signés pour le préfet de la Loire-Atlantique par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 5 septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français assortie ou non d'une décision portant sur le délai de départ volontaire et d'une décision d'interdiction de retour, les décisions fixant le pays de renvoi et les arrêtés portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des deux arrêtés attaqués manque en fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a visé les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la décision fait application, ainsi que les articles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les décisions sont également fondées sur des éléments de faits issus de l'analyse de la situation personnelle de M. D. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire prise le 30 novembre 2022 comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 30 novembre 2022, qui présente un caractère suffisant tel qu'indiqué au point précédent, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. D avant de l'obliger à quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

8. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui a été entendu au cours de la garde à vue dont il a fait l'objet le 29 novembre 2022 à la suite d'une interpellation, à propos de la régularité de son séjour et a également été expressément interrogé sur la possibilité de se voir opposer une mesure d'éloignement, une assignation à résidence, une interdiction de retour sur le territoire français ou un placement en centre de rétention et a été ainsi mis à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur sa situation au regard du séjour, de l'éloignement et des mesures d'assignation ou de rétention. M. D n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni avoir été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la décision attaquée lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la violation par l'arrêté attaqué du droit d'être entendu doit être écarté.

10. En quatrième lieu, la circonstance que l'arrêté le mentionne comme M. E alors que son nom est M. D n'est qu'une erreur matérielle sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par ailleurs, il est constant que M. D, au demeurant au cours de sa garde à vue du 29 novembre 2022, a déclaré un autre nom et une autre nationalité (marocaine). Dans ces conditions, la circonstance que l'arrêté mentionne deux autres identités déclarées quand bien même il n'y aurait qu'un seul alias de l'intéressé n'est pas de nature à entacher d'illégalité l'obligation de quitter le territoire français contestée.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire, a un enfant reconnu né le 25 novembre 2022, n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour et déclare vivre sans ressources légales. S'il soutient qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, il n'apporte aucune preuve de la réalité de cette relation, alors qu'il ressort des pièces produites par le préfet que sa compagne alléguée d'une part a indiqué en août 2018 ne pas vivre avec le requérant, après avoir dans un premier temps quelques jours auparavant déclaré une vie commune, et d'autre part que la compagne alléguée de M. D n'a déclaré la même adresse que l'intéressé auprès de la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique qu'en novembre 2022. En outre, M. D a fait l'objet le 29 novembre 2022 d'une interpellation dans le cadre d'un trafic de stupéfiants. Il a vécu de manière habituelle pendant vingt-et-un ans dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et ses frères et sœurs. Par ailleurs, il ne produit, dans le cadre de l'instance, aucun justificatif qui permettrait d'établir qu'il contribue effectivement à l'entretien et l'éducation de sa fille depuis sa naissance, ni d'ailleurs aucune autre pièce démontrant qu'il participerait d'une quelconque manière à l'entretien du foyer, alors qu'il a déclaré, au cours de sa garde-à-vue, avoir un premier enfant avec sa compagne mais ne pas avoir reconnu ce premier enfant. Dans ces conditions, en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris cette mesure de police. Il en résulte qu'il n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. D.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet () ".

15. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Il explicite par ailleurs les circonstances ayant conduit l'autorité administrative à ne pas accorder à M. D un délai de départ volontaire, à savoir, l'absence de justification par l'intéressé d'une entrée régulière et d'une demande de délivrance d'un titre de séjour, de garanties de représentation suffisante à défaut de présentation de documents d'identité et de voyage en cours de validité et le fait qu'il a donné des renseignements inexacts concernant son identité, et son intention, explicitement déclarée, de ne pas se conformer à une mesure d'éloignement. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit donc être écarté.

16. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 30 novembre 2022, qui présente un caractère suffisant tel qu'indiqué au point précédent, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. D avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

17. En troisième lieu, le moyen tiré des erreurs de fait qui entacheraient la décision contestée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du jugement.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. D.

Sur la décision fixant le pays de destination :

19. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il a la nationalité. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché d'erreur manifeste d'appréciation sa décision fixant le pays de destination.

Sur la décision de signalement aux fins de non admission dans le système Schengen :

20. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".

21. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Néanmoins, en l'espèce, il est constant que l'arrêté du 30 novembre 2022 ne prononce à l'encontre de M. D aucune interdiction de retour sur le territoire français. Il suit de là que comme le soutient le requérant, le préfet ne pouvait le signaler aux fins de non admission dans le système Schengen. Il suit de là que l'article 4 de l'arrêté du 30 novembre 2022 doit être annulé.

Sur la décision portant assignation à résidence :

22. L'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

23. En premier lieu, la décision du 30 novembre 2022 assignant M. D à résidence comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation manque donc en fait et dès lors être écarté.

24. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu découlant de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 9 du jugement.

25. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet le 30 novembre 2022 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Par suite, contrairement à ce qu'il soutient, il entre dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen soulevé selon lequel l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit doit être écarté.

26. En quatrième lieu, si le requérant soulève d'une part le fait que l'arrêté litigieux l'assignant à résidence mentionne l'adresse du 13 rue de l'Ouche à Bouguenais tout en le domiciliant au 14 de la même rue, d'autre part que l'arrêté se réfère à lui en tant que M. E et non M. D alors même qu'il soutient avoir demandé la rectification et, enfin, que l'arrêté mentionne une durée d'interdiction de retour alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une telle décision, ces erreurs doivent être regardées comme procédant d'erreurs matérielles, sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Le moyen tiré des erreurs de fait qui entacheraient la décision d'assignation à résidence contestée doit donc être écarté.

27. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire ".

28. Il ressort des pièces du dossier que l'assignation à résidence prononcée à l'encontre du requérant sur le fondement du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'excède pas la durée prévue par les dispositions précitées. Dès lors, alors que l'éloignement du requérant demeurait une perspective raisonnable au sens et pour l'application des dispositions précitées, la durée de l'assignation n'apparaît pas en l'espèce disproportionnée.

29. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est uniquement fondé à demander l'annulation de l'article 4 de l'arrêté du 30 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français. L'annulation de ce seul article n'implique aucunement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique ni de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour ni de réexaminer sa situation. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. D tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 4 de l'arrêté du 30 novembre 2022 informant M. D qu'il " fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de l'interdiction de retour " est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Moreau Talbot.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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