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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215970

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215970

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : M. ECHASSERIAU - R.222-13
Avocat requérantCRESTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, et des pièces enregistrées le 1er février 2023, Mme B A, représentée par Me Crestin, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, en application de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, de lui attribuer un logement ou de prendre toute mesure nécessaire pour l'accueillir dans une structure d'hébergement, un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre, dans l'attente de l'attribution d'un logement, si par impossible cette attribution ne peut intervenir immédiatement, au préfet de la Loire-Atlantique de pourvoir à son accueil temporaire dans une structure d'hébergement, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable en ce que les dispositions des articles R. 778-1 et suivants du code de justice administrative ne lui sont pas opposables dès lors que les voies et délais de recours ne lui ont pas été correctement notifiés dans les courriers de la commission de médiation, que ce soit par le courrier du 6 janvier 2021, celui du 15 avril 2021 ou celui du 2 juillet 2021 qui n'a visé que les dispositions du II de l'article L. 441-2-3-1 du code de l'action sociale et des familles et alors qu'une proposition de logement lui a été faite postérieurement ou par le courrier du 7 octobre 2022, auquel cas il faudrait reporter le début à sa date de notification par courriel à son conseil le 14 octobre 2022 lequel a immédiatement accepté en son nom le relogement sans que le commission de médiation ne réagisse depuis lors ;

- le délai de recours doit être décompté à partir de la date de la dernière proposition de logement sinon cette situation serait contraire aux stipulations de l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sa demande est recevable et fondée en ce qu'aucune décision de la commission de médiation lui faisant perdre le bénéfice de son inscription sur liste prioritaire ne lui a été notifiée, en ce qu'elle n'a refusé qu'une seule proposition de logement pour un motif légitime de sécurité mais n'a jamais reçu notification d'une seconde proposition en ce qu'elle était injoignable sur son téléphone portable et ne disposait d'aucune adresse électronique pour recevoir un courriel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car les voies et délais de recours étaient clairement mentionnés sur le courrier du 2 juillet 2021 et la requérante n'a refusé la première offre qu'au cours du mois de mars 2022 soit postérieurement à l'expiration du délai de recours prévu par l'article R. 778-2 du code de justice administrative et le dépôt de sa demande d'aide juridictionnelle déposée en octobre 2022 n'a pas pu suspendre les délais précités ;

- l'inconventionnalité de l'ensemble des dispositions de procédure s'appliquant au droit au logement opposable, lesquelles sont dérogatoires du droit commun en ce qu'elles sont plus favorables à la requérante, doit être écartée ;

- une offre en intermédiation locative a été faite à l'intéressée en septembre 2022 après son refus de logement en pension de famille en raison de sa vie de couple en mars 2022, et son refus opposé ne repose sur aucun motif impérieux alors qu'il appartenait à la requérante de signaler avant et non au moment de la proposition, son changement de situation, l'accès à un logement de type 3 n'étant au demeurant pas justifié pour un couple.

Par une décision du 6 avril 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, en application de l'article R. 778-3 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 778-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2023 à 11h30 :

- le rapport de M. Echasserieau, magistrat désigné,

- les observations de Me Crestin, représentant Mme A en sa présence.

En application des dispositions de l'article R. 778-5 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3-1 du même code : " Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et qui n'a pas été accueilli, dans un délai fixé par décret, dans l'une de ces structures peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. / () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du gouvernement. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue prioritaire par la commission de médiation et que n'a pas été proposée au demandeur une place dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ordonne l'accueil dans l'une de ces structures et peut assortir son injonction d'une astreinte. (). ". Aux termes de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans les départements d'outre-mer et dans les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

2. D'autre part, l'article R. 778-2 du code de justice administrative dispose que le recours à fin d'injonction prévu à l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation doit être formé " dans un délai de quatre mois à compter de l'expiration des délais prévus aux articles R. 441-16-1, R. 441-17 et R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation. Ce délai n'est toutefois opposable au requérant que s'il a été informé, dans la notification de la décision de la commission de médiation ou dans l'accusé de réception de la demande adressée au préfet en l'absence de commission de médiation, d'une part, de celui des délais mentionnés aux articles R. 441-16-1, R. 441-17 et R. 441-18 de ce code qui était applicable à sa demande et, d'autre part, du délai prévu par le présent article pour saisir le tribunal administratif ".

3. Il résulte de ces dispositions que le point de départ du délai imparti au préfet pour faire une offre de logement au demandeur déclaré prioritaire par la commission de médiation est la date de la décision de cette commission et que le délai de quatre mois imparti au demandeur pour saisir le tribunal administratif en l'absence de proposition de logement court à compter de l'expiration du délai imparti au préfet. Toutefois, dans le cas où la décision de la commission lui serait notifiée après l'expiration du délai imparti au préfet, il y aurait lieu, afin de conserver un caractère effectif à la voie de droit ouverte par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, de reconnaître au demandeur la possibilité de saisir le tribunal administratif dans un délai de quatre mois courant à compter de cette notification.

4. En application des dispositions précitées de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation, le préfet de la Loire-Atlantique disposait à compter du 22 juin 2021, date de la décision de la commission de médiation, d'un délai de six mois pour faire une offre de logement à Mme A soit jusqu'au 22 décembre 2021. Eu égard au caractère franc du délai de quatre mois imparti à l'intéressée pour saisir le tribunal administratif, sa requête devait parvenir au greffe du tribunal au plus tard le 22 avril 2022. Toutefois la décision de la commission de médiation du 22 juin 2021, dont la requérante reconnaît avoir reçu notification, mentionnait que " si vous n'avez pas reçu d'offre de logement () le 22 septembre 2021, vous pourrez, jusqu'au 24 janvier 2022, faire devant le tribunal administratif un recours tendant à ce qu'il soit ordonné au préfet de vous reloger ". Si cette mention s'avère erronée au regard à ce qui précède, ladite mention, qui ne revêtirait un caractère opposable que si elle avait conduit à indiquer un délai plus long que celui qui résulte des dispositions normalement applicables, a néanmoins mis l'intéressée en mesure de comprendre qu'elle ne serait plus recevable à saisir le tribunal administratif après la date indiquée.

5. En l'espèce la requête de Mme A a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nantes le 2 décembre 2022 ainsi qu'à cette même occasion sa demande d'aide juridictionnelle. Si la requérante soutient que son droit au recours a été prolongé en ce que le préfet lui aurait présenté des solutions de relogement en mars 2022, qu'elle a pu refuser pour un motif légitime, ainsi que le 7 septembre 2022 dont elle n'aurait toutefois eu connaissance que par courriel du 14 octobre 2022, ces circonstances, qui n'ont pas permis de regarder le préfet de la Loire-Atlantique comme étant délié de l'obligation de résultat qui pesait sur lui avant le 22 avril 2022 n'ont pas permis de prolonger, au-delà de cette date, le délai du recours dont elle disposait en injonction de relogement sur le fondement des dispositions ci-dessus rappelées au point 1. En outre, l'absence de mention des voies et délais de recours dans les courriers du 6 janvier 2021 et du 15 avril 2021, n'a pu avoir pour effet de prolonger le délai de recours en ce qu'ils étaient antérieurs à la décision du 22 juin 2021 qui, ainsi qu'il a été rappelé ci-dessus comportait quant à elle lesdites mentions. Enfin l'absence de mention des voies et délais de recours sur le courrier du 7 octobre 2022, soit postérieurement à l'expiration des délais est, en tout état de cause, demeuré sans incidence sur la recevabilité du présent recours. Dès lors, la requête de Mme A est tardive et, par suite, irrecevable.

Sur l'exception d'inconventionnalité de l'article R. 778-2 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ".

7. Le juge administratif est compétent pour connaître du moyen tiré de l'exception d'inconventionnalité de l'article R. 778-2 du code de justice administrative, qui revêt une portée réglementaire. Toutefois, il ressort des dispositions précitées de l'article R. 778-2 du code de justice administrative, qu'elles ont été édictées en accordant à la personne bénéficiaire d'une décision de la commission de médiation reconnaissant le caractère prioritaire de sa demande de relogement, d'un délai supérieur au droit commun de la procédure contentieuse administrative de nature à garantir les intérêts de la requérante. Par ailleurs, il est loisible au bénéficiaire d'une décision de la commission de médiation de contester, par la voie du recours ordinaire en excès de pouvoir, la décision lui accordant un logement dont il estimerait qu'elle n'est pas adaptée à sa situation. Par suite, le mécanisme ainsi prévu par l'article R. 778-2 du code de justice administrative ne méconnaît ni le droit d'accès à un Tribunal, ni le droit à un recours effectif tels qu'ils découlent des stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Crestin.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le magistrat désigné,

B. ECHASSERIEAU La greffière,

Y. BOUBEKEUR La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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