lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216437 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | DANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 décembre 2022 et les 27 mars et 22 septembre 2023, M. G E M, Mme H J, agissant en leurs noms et en tant que représentants légaux de K A B, O E A, N E E et L E D, et M. C E F, représentés par Me Danet, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 5 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre les décisions de l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo) refusant de délivrer à Mme H J, à K A B, à O E A, à N E E, à L E D et à C E F des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, de leur délivrer ces visas dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer les demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive versée par l'Etat.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'ensemble des documents d'état civil et les éléments de possession d'état qu'ils ont produits permettent d'établir l'existence du lien marital qui les unit, ainsi que la réalité des liens familiaux et l'identité des demandeurs de visas ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. E M a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25%, par une décision du 26 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme André,
- et les observations de Me Danet, avocate des requérants, en présence de M. I.
Considérant ce qui suit :
1. M. E M, ressortissant congolais, né le 5 février 1977, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par décision de la Cour nationale de droit d'asile du 24 avril 2019. Mme J, de même nationalité qu'il présente comme son épouse, et K A B, O E A, N E E, L E D et C E F, de nationalité congolaise également, qu'il présente comme ses enfants, ont sollicité un visa de long séjour en qualité de membres de famille de réfugié auprès de l'autorité consulaire à Kinshasa (République démocratique du Congo). Ces demandes ont été implicitement rejetées. Par une décision implicite née le 5 novembre 2022, qui s'est substituée aux décisions de l'autorité consulaire, et dont M. E M, Mme J et M. C E F demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des écritures du mémoire en défense du ministre de l'intérieur et des outre-mer que, pour rejeter les demandes de visas de long séjour présentées par les requérants, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, les actes d'état civil présentés n'ont pas de valeur probante et ont été dressés frauduleusement, ce qui ne permet pas d'établir l'identité et le lien de filiation entre les requérants, et d'autre part, le lien matrimonial entre Mme J et M. E M n'est pas établi.
3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien matrimonial entre les époux ou du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
7. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
En ce qui concerne Mme J :
8. A l'appui de sa demande de visa, Mme J a produit une copie certifiée conforme d'un certificat de mariage établi par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 février 2020, sur le fondement de l'article L. 121- 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce certificat fait état de ce que M. G E M, né le 5 février 1977, et Mme H J, née le 26 décembre 1978, se sont mariés le 28 octobre 2010 à Kinshasa (République démocratique du Congo). Aucune procédure d'inscription de faux n'a été engagée à l'encontre de ce certificat de mariage, de sorte que les énonciations qu'il comporte font foi.
9. Par ailleurs, les requérants produisent une copie intégrale d'un acte de naissance n°1951/2020, établie le 20 août 2020 par le bourgmestre de la commune de Kalamu, pris en transcription d'un jugement supplétif n° RC 5341/G rendu le 15 mai 2020 par le tribunal de paix de Kinshasa/Pont-Kasa-Vubu, qui indique que Mme H J est née le 26 décembre 1978. Ils versent également au dossier son passeport, qui comporte les mêmes mentions. Le ministre fait valoir que la requérante disposerait de deux actes de naissance, eu égard aux mentions figurant sur son acte de mariage selon lesquelles elle aurait produit lors de la célébration un extrait d'acte de naissance, qui serait donc antérieur au jugement supplétif sollicité. Toutefois, il ressort des explications apportées par Mme J qu'elle était en possession, lors de son mariage, d'une simple attestation de naissance, établie par l'officier d'état civil de la commune de Ngaliena, qu'elle verse au dossier, qui ne pouvait être considérée comme un document d'état civil ayant valeur probante, nécessitant en conséquence d'obtenir un jugement supplétif d'acte de naissance. Si le ministre conteste également l'authenticité des documents d'état civil produits, en affirmant que le code-barres figurant sur l'acte de naissance conduirait vers un site internet frauduleux, il ressort de l'attestation dressée par le bourgmestre de la commune de Kalamu que, d'une part, les actes d'état civil concernant Mme J ont bien été transcrits dans le registre de déclaration de naissance de la commune, et que, d'autre part, le prestataire de service gérant le serveur auquel donnait accès ce code-barres a fait faillite. Le ministre fait valoir enfin que l'acte de naissance de l'intéressée a été dressé le 19 juin 2020, soit antérieurement à la date de présentation du certificat de non appel du 6 août 2020, cité dans cet acte. Cette circonstance, qui peut s'expliquer par une erreur matérielle lors de l'établissement de la copie conforme de l'acte de naissance datée du 20 août 2020, ne permet pas d'établir à elle seule que les déclarations de l'intéressée seraient frauduleuses et ne saurait suffire à ôter à l'acte en litige toute valeur probante. Par suite, l'administration, qui n'a pas estimé utile de solliciter une levée d'acte auprès des autorités congolaises et qui ne conteste pas le jugement supplétif d'acte de naissance de Mme J, n'établit pas que les documents d'état civil qui en sont issus seraient entachés de fraude ni que les jugements supplétifs seraient frauduleux. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. E M a constamment déclaré l'existence de Mme J et leur lien matrimonial au cours de sa procédure de demande d'asile introduite en 2017 et a procédé à des transferts de sommes d'argent réguliers entre les années 2018 et 2022. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour les motifs énoncés au point 2.
En ce qui concerne K A B, O E A, N E E, L E D et C E F :
10. Pour justifier de l'identité des enfants K A B, O E A, N E E, L E D et C E F et de leur lien de filiation avec M. E M, les requérants ont produit leurs actes de naissance, établis par l'officier d'état civil de la commune de Kalamu, pris en transcription de jugements supplétifs n°RC3428 à 3432/II, rendus le 12 mai 2020. Comme précédemment, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir que les actes de naissance comportent un code-barres qui ne donne accès à aucun site officiel d'état civil, ce qui démontreraient qu'ils ont été dressés frauduleusement. Eu égard à ce qui a été évoqué au point 9, ces actes peuvent être considérés comme authentiques et démontrant le lien de filiation entre les intéressés et M. I. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. I a constamment déclaré l'existence de ses cinq enfants au cours de sa procédure de demande d'asile introduite en 2017. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour les motifs énoncés au point 2.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E M, Mme J et M. E F sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités dans un délai de deux mois suivant sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. M. I a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Danet, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 5 novembre 2022, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme J, à K A B, à O E A, à N E E, à L E D et à C E F des visas de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Danet la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 56 : Le présent jugement sera notifié à M. G E M, à Mme H J, à M. C E F, ainsi qu'à Me Danet et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvet, présidente,
Mme André, première conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.
La rapporteure,
M. ANDRE
La présidente,
C. CHAUVET
La greffière,
A. VOISIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026